‹ Œuvres choisies de Eugène SueChapitre 45 sur 68 · LE PAVILLON · texte numérisé non relu

LE PAVILLON

Le pavillon dans lequel je devais rencontrer Hélène était situé au fond du parc; pour y arriver, il fallait traverser de longues et tristes allées semées do feuilles mortes. Le brouillard ilu malin tombait si lourd et si épais qu'à peine on voyait à dix pas, bien qu'il fût neuf heures. Les réflexions de la nuit m'avaient encore aflermi dans mon doute et dans ma décision ; une fois cet odieux point do départ admis, qu'Hélène était guidée par une arrière-pensée cupide, il ne mo devenait malheureusement ([ue trop facile d'interpréter misérablement toutes Sf'S démarches; ainsi cette sorte d'aveu, presque involontaire, qu'elle m'avait fait, ce chaste cri d'amour sorti d'un cœur depuis longtemps épris peut-être, ne fut plus à mes yeux qu'une avance honteusement calculée.

Oue dirai-je! en me rendant h ce pavillon, mes idées étaient un affreux mélange d'égoisme, d'amour-propre Iroissé, de résolution crui'lle, et aussi de regrets déchirans d'avoir déjà perdu cette illusion si chère, de n'avoir pas même, un jour, pour me consoler et rasséréner ma pensée... le souvenir d'un premier amour pur et désintéressé...

Une chose à la fois horrible et ridicule à avouer, c'est qu'il ne me vint pas une minute à la pensée 'que je pouvais me tromper grossièrement : qu'en admettant même la possibilité des apparences du mal, il fallait aussi admettre la possibilité du bien; qu'après tout, à part même le caractère et la noblesse des sentimens que j'avais reconnus à Hélène, mille circonstances, mille particularités pouvaient faire que son amour fût candide et vrai; et puis

enfin, ma fortune étant inhérente à moi, Hélène n'étailellc pas obligée de m'aimer riche, puisque je me trouvais riche?

Mais non, cette idée fixe, et d'une brutalité presque ftv roce, me dominait tellement que je no songeais pas à chercher une seule excuse en faveur de celle dont je doutais si cruellement.

De longues années se sont passées depuis, et aujourd'hui que j'examine ma conduite d'alors avec désintéressement, j'ai du moins la tristi; consolation de m'assurer que je ne tâchais pas à m'auloriser de cette foi aveugle au mal que je supposais, afin d'éluder l'accomplissement d'un devoir; car bien que les bruils que j'ai dits fussent de tous points calomnieux, aux yeux du monde ils avaient l(\s dehors absolus de la réalité, et la dangereuse imfirudence de ma conduite les avaient malheureusement nccrédit('S : je devais donc à Hélène la réparation que mon premier mouvement m'avait porté à lui oflrir; elle était ma parente, elle avait été une seconde lille pour mon père, jr lui avais reconnu les plus excellentes qualités, et j'avais eu la conviction de devenir le plus heureux des hommes en l'épousant. Mais, je le répète, ma conduite cruelle envers elle ne fut pas dictée par un de ces instincts sordides qu'on ne s'avoue pas mais qui vous font agir presque à votre insu... Plus tard, peut-être, je me fusse ainsi trompé moi-même à dessein; mais alors j'étais pour cela tro[) ji'une, trop confiant dans mon incrédulité... et je me rappelle parfaitement que ce qui me causait l'angoisse la plus cuisante, même avant le dépit de me croire dupe, était le regret déspspérant de n'avoir pu inspirer à Hélène un amour véritable.

Enfin, j'arrivai dans le pavillon. Lorsque j'y entrai, Hélène m'attendait, assise près do la port»-; elle était enveloppée dans un manteau noir et tremblait de froid. Quand elle me vit, elle se leva et s'écria avec un indicible accent de douleur, en me tendant les mains :

— Enfin, vous voilai Ali! que nous avons soufl^ert d(v puis deux jours! — Puis, sans doute frappée de l'expression dure et sèche de mes traits, elle ajouta : — Mon Uieu ! qu'a\ez-vous, Arthur? vous m'effrayez !

Alors, avec cette cruauté sotte et railleuse qui est le fait des cnfans ou des gens heureux et égoïstes qui n'ont jamais souffert, prenant un air insouciant et léger, et lui baisant la main, je répondis :

— Comment, je' vous effraye! Ce n'est pourtant pas là l'impression que je comptais vous faire éprouver dans un aussi charmant rendez-vous!

L'air ironique avec lequel je prononçai ces mots était si éloigné do mes façons habituelles qu'Hélène, ouvrant ses grands yeux étonnés, ne me comprit pas ; aussi, après un moment de silence, elle ajouta en soupirant :

— Arthur, ma mère m'a tout dit.

— Eh bien! — lui répondis-je avec indifférence... Puis, fermant le collet de son manteau, j'ajoutai : — Prenez garde, le brouillard est humide et pénétrant... vous pourriez avoir froid.

La pauvre enfant croyait rêver.

— Comment! Eh bien! — reprit-elle en joignant les mains avec stupéfaction, — vous ne trouvez pas cela horrible, infâme?

— Qu'importe? puisque cela est faux, — repris-jo sans sourciller.

— Qu'importe!... Comment! il n'importe pas que celle qui portera votre nom soit déshonorée avant d'être votm femme?

A ces mots d'Hélène, qui me parurent le comble de l'effronterie et la preuve flagrante de la vérité de mes soupçons, un incroyable besoin de vengeance me souleva le cœur, tous mes scrupules disparurent, et aujourd bui je bénis le hasard qui a retenu sur mes lèvres les horribles mots qui me vinrent à l'esprit. Heureusement pour moi, je voulus être ironique, et je me contins.

— Hélène, — lui dis-je, — notre conversation doit être grave et sérieuse : veuillez m'écouter. Vous qui êtes la

se

candeur, la franchise et le désintéressement personnifiés,— ajoutai-je avec un accent de misérable insolence qui ne put la frapper, tant sa conscience la mettait au-dessus de tout soupçon, — répondez-moi, je vous prie, avec une entière loyauté, notre avenir à tous deux en dépend.

Selon cet instinct du cœur qui trompe rarement, Hélène pressentit quelque perfidie, car elle s'écria avec angoisse :

— Tenez, Arthur, il se passe en vous quelque chose d'extraordinaire; je ne vous ai jamais vu cet aspect glacial et dur; vous me faites peur. Au nom du ciel! que vous ai-je fait?

— Vous ne m'avez rien fait; mais puisque vous porterez mon nom, puisque vous serez ma femme, et je vous sais un gré infini de cette confiance dans l'avenir qui nous fait honneur à tous deux, — continuai-je avec un sourire qui l'eflrayait, — il faut que vous répondiez à mes demandes.

— De quel air, mon Dieu 1 vous me dites cela, Arthur. Je ne comprends pas... Qu'est-ce que cela signifie?... à quoi faut-il que je réponde?

— Hélène, lorsque la première fois ma présence ou mon avenir vous a impressionnée, lorsqu'enfin vous m'avez aimé, quel a été votre but?

— Mon but!... quel but? encore une fois je ne vous comprends pas, — dit-elle en secouant la tête ; puis elle ajouta, confondue d'étonnement : — Tenez, Arthur, vous me torturez à coups d'épingles; au nom de votre mère, expliquez-

\ vous franchement; que voulez-vous de moi? que signifient toutes ces questions?

— Eh bien! tenez, je vais vous égaler en franchise, en grandeur et en pureté de vues ; je vais, comme vous, me laisser aller à toute la soudaineté de mes impressions, sans la moindre arrière-pensée, sans le moindre calcul; et comme il est hors de doute que vous serez ma femme, et qu'à cette heure charmante nous pouvons, nous devons tout nous confier, je vous dirai comment et pourquoi je vous ai aimée, mais avant j'exige de vous la même confidence... Cela va être un mutuel échange d'aveux généreux et tendres dont mon pau^TC cœur se fait une joie extrême, ne trouvez-vous pas? — dis-je avec cet air ironique, froid et cruel qui faisait un mal horrible à la malheureuse enfant, bien qu'elle ne pflt deviner les misérables allusions dont je flétrissais son pur et noble amour.

Maintenant que je réfléchis de sang-froid à cette scène, j'ai peur de songer à ce que devait souffrir Hélène en m'enlendant ainsi lui parler pour la première fois. Je lu vois encore pâle, tremblante de froid et d'inquiétude au milieu de ce pavillon meublé de bois rustique dont les fenêtres ouvertes laissaient voir un brouillard épais; je rougis de honte en songeant que c'était pour ainsi dire devant un ennemi prévenu, défiant et décidé à tout interpréter méchamment qu'elle allait, au milieu des larmes, me dévoiler ses tendres et chastes pensées qui précèdent l'aveu , ces trésors ignorés de l'amant qui lui révèlent des joies, des terreurs, des angoisses qu'il ne soupçonne pas, et qu'il a pourtant causées.

Enfin, Hélène, surmontant son agitation, me dit :

— Arthur, je ne conçois rien à ce qui se passe en vous; vous voulez que je vous dise comment je vous aimé, — ajouta-t-elle les yeux baignés de larmes... — cela est bien simple... Mon Dieu ! étant enfant, j'entendais ma mère sans cesse parler de vous, de la solitude dans laquelle votre père vous faisait vivre, loin des distractions de votre âge, sans amis, presque tous les jours occupé d'études sérieuses, et presque privé des distractions et des plaisirs de votre âge. La première impression que j'éprouvai, en songeant à vous, fut donc de vous croire malheureux et de vous plaindre... car je jugeais de ce qui devait vous manquer par ce que je possédais : j'avais des compagnes que j'aimais; ma mère, toujours bonne et tendre, allait au-devant de mes joies enfantines. Enfin, sans savoir pourquoi, j'avais quelquefois hontei de me trouver si heureuse tandis que vous meniez une vie qui me paraissait si malheureuse et s» isolée; c'est de là, je crois, que naquit chez moi une

espèce d'éloignement pour les jeux de mon enfance; je me les reprochais, parce que je vous en savais privé; en un mot,je vous le répète, Arthur, c'est parce que vousmesembliez très à plaindrequ' enfant je m'intéressais autant à vous. Plus lard, quand vous partîtes pour vos premiers voyages, ce furent vos dangers, que je m'exagérais sans doute, qui, me faisant trembler pour vous, redoublèrent mon affection... Ce fut alors, comme Sophie vous l'a dit, qu'au couvent j'avais l'enfantillage de fêter votre fête, et que chaque jour je priais Dieu pour votre sûreté... Plus tard encore, lorsque votre pauvre mère mourut... il me sembla que les derniers liens qui restassent à serrer entre nous le fussent par cette horrible perte ; car de ce moment vous me parûtes entièrement isolé, malheureux et privé de la seule personne en qui vous eussiez jamais eu confiance... Ce futà cette époque quenous vînmes ici... habiter avec votre père. Ma mère me disait souvent « que, bien que très bon pour vous... votre père était froid et sévère... » En efl'et, il me paraissait si grave, si triste, vous me sembliez toujours si craintif en sa présence et si chagrin, si sombre après les conversations que vous aviez avec lui le matin, que je vous plaignais plus amèrement encore, et que mon amour pour vous s'augmentait de toutes les amères souffrances que je vous supposais. Pourtant, tout en redoutant beaucoup votre père, je ne pouvais m'empêcher de l'aimer ; il souffrait tant!... et puis, en me montrant toujours attentive et prévenante pour lui, je pensais encore vous prouver mon amour... Enfin, Arthur, quand vous avez eu la douleur de le perdre, vous voyant seul au monde, il m'a semblé que désormais mon sort était lié au vôtre, que le destin de toute ma vie avait été et devait être do vous aimer, de vous rendis heureux, que vous n'aviez plus d'asile que dans mon cœur. Vous ne m'aviez jamais dit que vous m'aimiez, mais il me semblait que cela devait être... que cela ne pouvait être autrement, que ma vocation était de vous consacrer ma vie; aussi... chaque jour, j'attendais confiante un aveu de votre part; et lorsque, désespérée de ne pas entendre cet aveu, je vous dis malgré moi : « Allez, vous n'aimez rien... vous ne serez jamais hetireux!... » c'est qu'il me semblait en effet que vous deviez être toujours malheureux... si vous ne m'aimiez pas... moi qui vous aimais tant! moi qui me croyais si utile à votre bonheur!... Depuis ce jour, vous m'avez avoué que vous m'aimiez; j'en ai été bien heureuse... bien profondément heureuse; mais cela ne m'a pas étonnée. Hier, ma mère m'a causé un violent chagrin en me disant toutes ces affreuses calomnies. Ne vous voyant pas, j'ai cru que vous partagiez ma peine à ce sujet... Voilà tout ce que j'avais à vous dire. Arthur, voilà comme je vous ai aimé, voilà comme je vous aime; mais, par pitié, ne me tourmentez pas ainsi, redevenez ce que vous étiez pour moi !... Pourquoi ce changement? Encore une fois, que vous ai-je fait?

Pendant qu'Hélène s'exprimait avec une simplicité si naïve, et sans doute si vraie, je ne l'avais pas quittée du regard ; au lieu d'être tendrement ému, je l'observais avec la méchante et attentive défiance d'un juge hostile et prévenu; pourtant, quand elle soulevait ses beaux yeux doux et limpides sous leurs longues paupières, elle les attachait sur les miens avec une assurance si candide et si sereine, qu'il me fallait être aussi aveuglé que je l'étais pour n'y À, pas lire l'amour le plus noble et le plus profond. ■

Mais, hélas! quand on est possédé par un doute opiniâ- * tre, tout ce qui tend à le détruire dans votre esprit vous irrite, comme dicté par la perfidie et la fausseté; vous persistez d'autant plus dans votre conviction que vous vous croiriez dupe en l'abandonnant : les plus incurables vérités vous semblent alors d'adroits mensonges, et les plus nobles et plus soudaines inspirations autant de pièges froidement tendus. J'agis ainsi, et continuai le triste rôle que je m'étais imposé.

— Cela est parfaitement et très adroitement calculé, — répondis-je; — les causes et les effets s'enchaînent et se déduisent à merveille... la fable est même fort vraisemblable... et un plus sot s'y laisserait prendre.

ABTIIUR.

— La fable I... quelle fable? — dit Hélène, qui ne pouvait concevoir mes soupçons.

Mais, sans lui répondre, je continuai :

— Puisque vous raisonnez si sagement, comment n'avezvous pas réfléchi qu'en nie pormeltaut do vous témoigner une préférence aussi assidue, vous vous compromettiez gravement?

— Je n'ai songé à rien, je n'ai réfléchi à rien , puisque je vous aimais; et pouvais-je d'ailleurs penser que ce que vous faisiez fût mal , puisque j'étais sûre de votre affection ?

— Ainsi, vous songiez dès lors à m'épouser? Hélène ne parut pas m'avoir entendu, et reprit :

— Que dites-vous, Arthur'?

— Ainsi , — repris-jo avec impatience, — vous vous croyiez alors assurée que je vous épouserais?

— Mais, — me répondit Hélène de plus en plus étonnée, — je ne conçois pas les questions que vous nie faites, Arthur... Réfléôliissez donc à te que vous me dites là... Dieu du ciel! après nos aveux, notre amour... ai-J3 donc pu douter de vous... de... '? — Puis, s'interrompant, elle s'écria : — Ahl ne vous calomniez pas ainsi!

Celte assurance en elle, ou plutôt celle confiance excessive dans ma loyauté, choqua tellement mon stupide orgueil (juo j'eus l'horrible courage d'ajouter, il est vrai lentenifut et av.ec une angoisse si douloureuse que mes lèvres devinrent sèches et amères en prononcjant ces mots :

— Et dans ces beaux projets d'union, qui ne seront probablement que des projets... vous n'aviez sans doute jamais songé à ma fortune?

Quand ces terribles paroles furent dites... j'aurais donné ma vie pour les élouft'er; car tant que je les avais seulement ;)e«see,«, elles n'avaient pas retenti à mon esprit dans toute leur ignoble signification ; mais lorsque je m'entendis répondn; ainsi tout haut à ces aveux si ingénus, si nobles et si touchons , qu'Hélène venait do me faire, elle qui, tout enfant, ne m avait aimé que parce qu'elle me croyait malheureux... mais lorsque je pensai à la profonde et incurable blessure que je renais de faire à cette âme généreuse, d'une fierté si farouche et si outrée, je fus saisi d'un épouvantable et vain remords.

Hélas! j'eus tout loisir de savourer l'amertume de mes regrets désespérés, car Hélène fut longtemps à me comprendre... et longtemps à revenir do sa stupeur quand elle m'eut compris.

Mais, lorsque je vis poindre sur ce beau visage l'expression de douleur, d'indignation et de mépris écrasant, qui le rendit d'un caractère majestueux et prestjuc menaçant, je retsenlis au cœur un choc si violent que, joignant les mains, je tombai aux genoux d'Hélène en lui criant :

— Pardon !

Mais elle, toujours assise, les joues empourprées, les

yeux étincclans, se pencha vers moi, puis, tenant mes deux

i mains qu'elle secoua presque avec violence, et attachant

; sur moi un regard dont je n'oublierai jamais l'implacable

dédain, elle répéta lentement :

— J'aurais songé à votre fortune moi I uoi Hélène ! I !

Il y eut dans ces deux mots : « moi Hélène ! » un accent de noblesse et de fierté si éclatant, qu'éperdu de honte je courbai la tête en sanglotant.

Alors elle , sans ajouter un mot , se leva brusquement et sortit du pavillon d'un pas ferme et sûr.

Je restai anéanti.

n me sembla que désormais ma destinée était irréparablement vouée au mal et au malheur.

Pourtant je résolus de revoir Hélène.

LE CONTBAT.

Pendant quatre jours qui suivirent la scène du pavillon, il me fut impossible do voir Hélène ou ma tante ; je sus seulement par leurs femmes qu'elles étaient toutes deux très-soufl'rantcs.

('.os jours furent affreux pour moi. Depuis ce fatal moment où j'avais si brutahmont et à jamais brisé la tendre et délicate aflection d'Hélène, mes yeux s'étaient ouverts; j'avais retenu presque mot pour mot ce naïf et candide récit dans lequel elh^ m'avait raconté sa vie, c'est-à-dire son amour pour moi; plus j'analysais chaque phrase, chaque expression, plus je demeurais convaincu de l'exquise pureté de ses sentimens , car mille occasions où son ombrageuse délicatesse s'était manifestée me revinrent à la pensée.

Puis , ainsi que cela arrive toujours quand tout espoir est à jamais ruiné, ses précieuses qualités m'apparaissaicnt plus complètes et plus éclatantes encore; je vis, j'appréciai amèrement une à une toutes les chances de bonheur que j'avais perdues. Où dovais-je jamais trouver tant de conditions de félicité réunies : beauté, tendresse, grAce, élégance? Que dirai-jel alors l'avenir sans Hélène m'épouvantait, je ne me sentais ni assez fort pour mener une vie solitaire et retirée, ni assez fort pour traverser peut-être sans faillir les mille aspérités d'une existence aventureu.se et sans but; je pressentais d'ardentes passions, j'avais tout pour m'y livrer avec excès, indépendance, fortune et jeunesse; et pourtant cet avenir, désirable pour d'autres, m'affligeait ; c'était un torrent que je voyais bondir, mais dont je ne prévoyais pas l'issue : devait-t-il s'abîmer dans un gouffre sans fond? ou plus tard, calmant l'impétuosité de ses eaux, se changer en un courant paisible?

Puis, défiant et dur comme je venais de l'être, presque malgré moi , avec Hélène, si noble et si douce, à quel amour désormais pourrais-je jamais croire? Ainsi, je ne jouirais pas même de ces rares momens de confiance et d'épanclicmens qui luisent parfois au milieu des orages des passions ! En un mot , je le répète, l'isolement m'épouvantait ; car il m'eût écrasé de son poids morne et glacé... et sans me rendre compte do cette terreur, la vie du monde m'effrayait... Comme un malheureux que lo vertige saisit, je contemplais l'abîme dans toute son horreur, et cependant une attraction fatale et irrésistible m'/ entraînait...

Pénétré de ces craintes, de ces pensées, je me décidai à tout tenler pour détruire dans le cœur d'Hélène l'aftïeuse i impression que j'avais dû y laisser. ;

Le cinquième jour après cette scène fatale, je pus me présenter chez ma tante ; je la trouvai très pâle, très changée. Dans notre longue conversation , je lui avouai tout , mes doutes afl'reux et ce qui les avait causés, ma dureté avec Hélène, son dédain effrayant quand mes sordides et malheureux soupçons s'étaient révélés. Mais je lui dis à quel influence de souvenir j'avais obéi en agissant si cruellement ; je lui rappelai les maximes désolantes de mon père , je cherchai une excuse dans l'impression inetfable qu'elles avaient dû laisser en moi ; je lui peignis la malheureuse position d'Hélène aux yeux du monde si elle s'opiniâtrait dans son éloignement pour moi. Car ces bruits étaient calomnieux .-^ans doute, mais enfin ils existaiciil, et maintenant c'était à genoux, au nom de l'avenir d'Hélèuo et du mien, que je suppliais sa mère d'intercéder pour moi.

Ma tante, bonne et généreuse, fut attendrie; car ma douleur était profonde et vraie : elle me promit de parler à sa

fille, de tâcher de détruire ses préventions, et de l'amener à accepter ma main.

Hélène continuait à refuser de me voir.

Enfin , deux jours après , ma tante vint m'apprendre qu'ayant longuement combattu les puissantes préventions d'Hélène contre moi , elle l'avait décidée à me recevoir, mais qu'elle ignorait encore sa résolution.

J'allai donc cliez elle avec sa mère , j'étais dans un état d'angoisse impossible à rendre. Quand j'entrai, je fus douloureusement frappé do la physionomie d'Hélène; elle paraissait avoir cruellement souflért; mais son aspect était froid, calme et digne.

— J'ai voulu vous voir, monsieur, — me dit-elle d'une voix ferme et pénétrante, — pour vous faire part d'une décision que j'ai prise, après y avoir longuement pensé; il m'est

pénible maintenant d'avoir à vous rappeler des aveux

qui ont été si cruellement accueillis, mais je me le dois et je le dois à ma mère... Je vous aimais.. , et me croyant sûre de la noblesse et de la vérité des sentimens que vous m'aviez témoignés, comptant sur l'élévation de votre caractère, beaucoup plus sans doute par instinct que par réflexion , j'avais mis dans l'habitude de mes relations avec vous une confiance aveugle qui a malheureusement passé aux yeux du monde pour la preuve d'une afTection coupable ; aussi , à cette heure, monsieur, ma réputation est-elle indignement attaquée...

— Croyez, Hélène ! ~ m'écriai-je, — que ma vie.... Mais me faisant un signe impératif, elle continua :

— Je n'ai plus au monde que ma mère pour me défendre... et d'ailleurs, si la calomnie la plus insensée laisse toujours des traces indélébiles... la calomnie basée sur de graves apparences tue et flétrit à jamais l'avenir... je me trouve donc, monsieur, placée entre le déshonneur, si je n'exige pas pas de vous la seule réparation qui puisse imposer à l'opinion publique, ou la vie la plus effroyable pour moi, si j'accepte de vous cette réparation ; car le doute que vous avez exprimé, les mots que vous avez prononcés retentiront à toute heure et à tout jamais dans ma pensée.

— Non, Hélène, — m'écriais-je ; — les paroles de la tendresse la plus vraie, du repentir le plus sincère les chasseront de votre pensée, ces mots affreux, si vous êtes assez généreuse pour suivre une inspiration qui vous vient du ciel;

Et je me jetai à ses genoux. Elle me fit relever, et continua avec un sang-froid glacial qui me navrait :

— Vous comprenez, monsieur, que profondément indifférente à l'opinion d'un homme que je n'estime plus, et forte de ma conscience, j'aime mieux encore passer à vos yeux pour cupide...

— Hélène 1 Hélène 1... par pitié I

— Que de passer aux yeux du monde pour infâme... — ajouta-t-elle. — Aussi cette réparation que vous m'avez offerte, je l'accepte...

— Hélène... mon enfant! — dit sa mère en se jetant dans ses bras ; — Arthur aussi est généreux et bon, il a été égaré ; aie donc pitié de lui...

— mène, — dis-je avec une exaltation radieuse, — je vous connais... vous auriez préféré le déshonneur... à cette vie de mépris pour moi... si votre instinct ne vous assurait pas que, malgré un moment d'affreuse erreur, j'étais toujours digne de vous !

Hélène secoua la tête et ajouta, rougissant encore d'un souvenir d'indignation.

— Ne croyez pas cela... Dans une circonstance aussi solennelle, je ne ne dois ni ne veux vous tromper... la blessure est incurable ; jamais... jamais je n'oubherai qu'un jour vous m'avez soupçonné d'être vile.

— Si 1 si I vous l'oublierez, Hél?he ! et, pour moi qui entends les prévisions de mon cœur, l'avenir me répond du passé.

— Jamais je n'oublierai, je vous le répète, — dit Hélène avec sa fermeté habituelle ; — ainsi songez-y bien, il en est temps... rien ne vous lie... que l'honneur... vous pouvez me refuser ce que je vous demande à cette heure ;

mais ne csoyez pas que je change jamais... Je vous le répète, pour l'éternité de cette vie... mon cœur sera séparé du vôtre par un abîme.

— Croyez-le... croyez-le, — dis-je, à Hélène ; car je me sentais rassuré par toutes les présomptions de ma tendresse. — Croyez cela! que m'importe ! mais votre main... mais le droit de vous faire oublier les chagrins que je vous ai causés, voilà ce que je veux, voilà ce que j'accepte, voilà ce que je vous demande à genoux...

— Vous le voulez ? — me dit Hélène en attachant sur moi un regard pénétrant, et semblant épaouver un moment d'indécision.

— Je l'implore de vous comme mon bonheur éternel, comme l'heureux destin de ma vie... Enfin, — lui dis-je les yeux baignés de larmes... —je l'implore de vous avec autant de religieuse ardeur que si je demandais à Dieu... la vie de ma mère.

— Ce sera donc ; je vous accorde ma main, — dit Hélène en détournant les yeux afin de cacher l'émotion qui la surprit pour la première fois depuis notre entretien.

J'étais le plus heureux des hommes... Je connaissais trop l'ombrageuse susceptibilité d'Hélène pour ne m'être pas attendu à ces reproches ; son cœur avait été si cruellement frappé, que la plaie devait être encore longtemps vive et saignante, je sentais qu'il fallait peut-être des jours, des années de soins tendres et délicats pour cicatriser cette blesssure ; mais je me sentais si certain de mon amour, si heureux de l'avenir, que je ne doutais pas de réussir.Noble et loyale comme je connaissais Hélène, sa promesse même me prouvait qu'elle ressentait sans doute encore de la colère, mais qu'elle m'estimait toujours ; qu'elle avait lu dans mon cœur, et qu'elle était persuadée, à son insu, qu'en exprimant l'afTreuse pensée qui l'avait si affreusement blessée, je n'avais été que l'écho involontaire des maximes désolantes de mon père

Nous partîmes bientôt pour la ville de '", où habitaient Hélène et sa mère

Notre mariage, annoncé avec une sorte de solennité, fut fixé pour une époque très rapprochée, car j'avais supplié Hélène de me permettre de hâter cet heureux moment, autant que le permettrait l'exigence des actes publics.

Mon cœur bondissait d'espoir et d'amour. Jamais Hélène ne me parut plus belle : son visage, ordinairement d'une expression douce et tendre, avait alors un air de fierté grave et mélancolique qui donnait à ses traits un caractère plein d'élévation ; je trouvais de la grandeur et une noble estime de soi dans cette détermination qui lui faisait alors braver, de toute la conscience de son inaltérable pureté, mes doutes ofîensans.si indignes d'ailleurs d'être un instant comptés par cette âme loyale. Ainsi je me laissais entraîner aux projets de bonheur les plus rians. Je me trouvais presque heureux de la froideur qu'Hélène continuait de me témoigner, car je voyais encore là les instincts des esprits généreux, qui souffrent d'autant plus vivement d'une injure, qu'ils sont d'une sensibilité plus exquise.

La cruelle indécision qui m'avait tant effrayé sur mon avenir s'.était changée en une sorte de certitude paisible et sereine ; tout à l'horizon me paraissait radieux : c'était cette vie intérieure que j'avais d'abord rêvée, et pour ainsi dire expérimentée à Serval : une existence calme et contente ; et puis, le dirai-je! chaque conquête que je devais faire sur les tristes ressentimens d'Hélène me ravissait : je pensais avec une ivresse indicible qu'il fallait pour ainsi dire recommencer à me faire aimer d'Hélène. Avec quelle . joie je pensais à fermer peu à peu cette plaie funeste 1 Je me sentais si riche ûa tendresse, de dévouement et d'amour, que j'étais sûr de ramener peu à peu sur cet adorable visage sa première expresssion de bonté confiante et ingénue, de fixer à jamais sur ces lèvres charmantes leur ineffable sourire d'autrefois, au lieu du sérieux mépris

AUiilDU.

ss

qui lus plissait encore... de voir ce regard dur el dédaignoux s'adoucir peu 5 pou... de mcprisint devenir sovèro, puis trislp, puis mélancolique... bienveillant... ten<ire...et de lire enfin dans son riant azur ce mut héni : Pardon!

Jusqu'aux moindres détails matériels des préparatifs de notre union, tout me ravissait; je m'en occupais avec une joie d'enfant; ne voulant pas (juittir Hélène, j'avais prié une amie de ma mère, finnnie d'un j;oOt parlait, de m'i'iivoyer de Paris tout ce qu'on peut imaginer d'élégant, de recherché, de magnifique, pour la corl)eillc d'Hélène.

Je me souviens que ce fut dans deux de mes voitures, que j'avais fait venir de Serval, que ces présens furent portés h Hélène et offerts par mon intendant ; j'avais mis un grand tasle dans cette sorte de cérémonie : les deux voitures, gens etc(>evaux, en grand équipage de gala, allèrent ainsi respectueusement an pas jusqu'à la demeure d'Hélène, à la grande admiration de la ville de'"

Lors(iuc ces merveilles de goflt et de somptuosité furent déposées dans le salon de ma tante et ((u'Hélène y parut, le cœur me liattait de joie et d'angoisse en épiant son premier regard à la vue de ces présens.

Ce regard fut indillerent, distrait et presque ironique.

Cela me Ht d'abord un mal horrible, une larme me vint aux yeux : j'avais mis, liclas 1 tant d'amour, tant de soins à ces préuaralifs!... Puis bienti'it je vinsà penser que rien n'était plusnaturel et plus conséquent au caraclèred'Hélène que sa froideur dédaigneuse pour ce luxe. Avec l'arrièrepensôc que je lui avais si indignement prêtée, pouvait-elle me savoir gré de ce faste éclatant?

Vint enfin le jour de signer le contrat. En province, c'est i ne solennité, et un assez grand nombre de personnes se rendirent chez ma tante pour assister à cet acte.

Hélène était à sa toilette, on l'allendit (pielquc temps dans lu salon de ma tante; pendant que je supportais l'ennui des plus sottes félicitations, le notaire vint me demander si rien n'était changé dans mes intentions au sujet du Contrat, tant sa rédaction semblait étrange au gardenotes ; je répondis assez impatiemment que non.

Dans cet acte, dont je m'étais réservé le secret, je reconnaissais à Hélène la totalité de ma fortune. Ce qui seulement me surprit, ce fut la facilité d'Hélène à m'accorder le droit de faire à ma guise ces dispositions; puis je l'attribuai, avec raison, à l'extrême répugnance qu'elle devait avoir à s'occuper de toute affaire d'intérêt.

I^nfin Hélène parut dans le salon : elle était un peu pâle, paraissait légèrement émue. Je la vois encore entrer, vêtue d'une robe blanche toute simple, avec une ceinture de soie bleue ; ses magnifiques cheveux, tombant de chaque côté de ses joues en grosses boucles blondes, étaient simplement tordus derrière sa tête. Rien de plus enchanteur, de plus frais, de plus charmant que celte apparition, qui sembla changer tout à coup l'aspect de ce salon.

Hélène s'assit à côté de sa mère, et je m'assis à côté d'Hélène.

Le notaire, placé près de nous, fit un geste pour recommander le silence, et commença la lecture du contrat.

Lorsqu'il en vint à l'article qui assurait et reconnaissait h Hélène tous mes biens, le cœur me battait horriblement, et confus, pres(|ue honteux, je baissai les yeux, craignant de rencontrer son regard.

Enfin cet article fut lu.

On connaissait la médiocrité de la fortune de ma tante, aussi mon désintéressement fut-il accueilli avec un murmure approbateur.

Alors je me hasardai de lever les yeux sur Hélène; je rencontrai son regard ; mais ce regard nie fit frissonner, tant il me parut froid... dédaigneux... presque méchant.

On acheva la lecture du contrat.

Au moment où le notaire se levait pour présenter la plume à Hélène afin de le signer, Hélène se leva droite et imposante, et d'une voix ferme dit ces mots :

— Maintenant, je dois déclarer que, pour une cause qui n'attaque en rien l'honneur de monsieur le comte Arthur,

OBt V. CHOISIES. — 11.

mon cousin, il m'est impossible de lui accorder ma main. — Puis, s'adressant à moi, elle me remit une lettre en me disant : — Cette lettre vous expliquera le motif de ma conduite, monsieur, car nous ne devons jamais nous revoir.

Et saluant avec une assurance modeste, elle se retira accompagnée de sa mère, qui partageait la stupéfaction générale.

'l'uut le monde sortit.

On pense l'éclat et le bruit que fit cette aventure dans la \ille et dans la province.

Je nie trouvai seul dans le salon... j'étais anéanti.

Cc! ne fut que quehiues momens après (juc je ini; décidai à lire la lettre d'Hélène.

Cette lettre, que j'ai toujours conservée depuis, la voici.

Huit ans se sont écoulés; j'ai passé par des émotions bien diverses et bien saisissantes; mais j'éprouve encore uu sentiment douloureux, une sorte d'ardeur vindicative, en lisant ces lignes, si empreintes d'un incurable et écrasant mépris :

« Après les bruits calomnieux qui avaient entaché ma » réputation, et que vous aviez provoqués par la légèreté » de votre conduite envers moi, il me fallait une répara- » tion publique, éclatante; je l'ai obtenue... je suis salis- » faite. En me voyant renoncer de mon propre gré à cette » union aussi avantageuse pour moi sous le rapport de la » FORTUNE, le monde croira sans peine que ce mariage » n'était pas nécessaire à ma réhabilitation, puisque je » l'ai hautement repoussé.

» Vous avez été bien aveugle, bien présomptueux ou » bien étranger aux généreux ressentimens, puisque vous » avez pu croire un instant que je ne vous ai pas à tout » jamais et profondément méprisé du moment oii vous » m'êtes apparu sous un jour aussi sordide, du moment -) oii vous m'avez dit, à moi... Hélène... qui vous avais » aimé dès l'enfance et qui venais de vous faire l'aveu le » plus confiant et le pins loyal : « Hélène, vous avez tout » calculé; voa aveux, votre tendresse, vos souvenirs, tout » cela est feint et menteur; c'est un infâme arlifire, car » vous ne songez jw'à »ia foutune. » Un pareil soupçon » tue l'afieclion la plus outrée. Je vous aurais tout par- » donné, perfidie, inconstance, abandon, parce que tel » coupable ou criminel que soit l'entraînement des pas- » sions, ce mot passion peut lui servir d'excuse; mais cette «défiance froide, hostile et hideusement égoïste, qui, » couvant des yeux son trésor, soupçonne les plus géné- » reui senlimens d y vouloir puiser, ne peut être causée » que par la cupidité la plus basse ou la personnalité la » plus honteuse. Vous blasphémez et vous mentez en in- » voquant le souvenir de votre père... Votre père était as- )) sez malheureux pour croire au mal, mais il était assez » généreux pour faire le bien. Ne me parlez pas de repen- » tir... chez vous l'instinct d'abord a parlé; votre première » impression a été infâme... le reste est venu par ré- » llexion, par honte de cett3 indignité ; cela no me paraît » que plus méprisable, car vous n'avez pas même l'éner- » gie persistante du mal ; vous en avez la honte , el non » pas le remords. »

Jamais... je ne pourrai rendre la confusion, la rage, la haine, le désespoir qui m'exaltèrent après avoir lu cette lettre, en me voyant joué si froidement et si injustement accusé; car, après tout, ce doute avait été dû à une influence suprême, et je ne me sentais aucunement cupide. Mon regret, ma résolution d'épouser Hélène malgré ses dédains, l'abandon que je lui avais fait de mes biens, me faisaient assez ressentir que j'avais aussi en moi de nobles et généreuses inspirations.

Néanmoins, en mo rappelant combien j'avais été lendre-

ment aimé, et me voyant alors si profondément méprisé, je compris tellement que tout espoir était perdu, que je sentis, ainsi que je l'avais déjà éprouvé, une sorte de vertige s'emparer de moi en voyant l'avenir de ma vie changer si soudainement; il me sembla que, de ce moment, je me vouais résolument à ma perte, et c'est avec un regret déchirant que je m'écriai : « Hélène ! vous m'avez été impitoyable ; vous aurez peut-être un jour à répondre d'un avenir bien fatal 1«

Le soir même je partis pour Paris, désirant y arriver au milieu de l'hiver, pour m'y trouver au cxBur de la saison, et chercher à m'étourdir par les distractions de cette vie ardente et agitée.

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