PREFACE XI
le temple de l'éloquence et de la poésie, et, successeur de M. de Villayer, immortel fort inconnu de nos jours, il prononçait une harangue ne différant en rien de la banalité des discours entendus jusqu''alors. Cependant le récipiendaire déclarait que les liens de parenté qui l'unissaient au grand Corneille « avoient plus que ses propres mérites sollicité en sa faveur ». En quelques mots il fait l'oraison funèbre du défunt, et s'empresse d'aborder le panégyrique du roi.
Trouver du nouveau dans un terrain tant de fois remué déjà n'était pas chose facile ; aussi Fontenelle se garde-t-il de creuser bien profondément^ il se contente de quelques traits saillcuits et vient à Kichelieu. Alors, par une prosopopée en forme indirecte, il ne fait pas difficulté d'avouer que, si le grand ministre, rappelé du tombeau, était rendu spectateur de tant de merveilles, « surpris de tant de gloire, il pardonnerait à cette conipagnic, si elle ne remplit pas sous ce règne le devoir qu'il lui avoit imposé de célébrer dignement les héros que la France produirait x. — « Une admiration muette, dit-il en terminant , est le seul parti qui reste à l'éloquence. » Et tout cela débité en six petites pages : Fontenelle avait-il consulté son ami l'abbé de Saint-Pierre qui, quatre ans plus tard, quand il s'agissait de son discours de réception à la même Académie, discours que Fontenelle aurait désiré plus long et plus élégant, répondit :
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« Ces sortes de discours ne méritent pas, pour l'util lilé dont ils sont à l'Etat, plus de deux heures de temps ; j'en ai mis quatre, et cela est fort honnête. » Ce qui surprend et plaît dans ce morceau académique, c'est que le récipiendaire a oublié de louer le roi sur la révocation de l'cdit de Nantes. Il y avait du courage à garder le silence sur cette mesure politique, à laquelle applaudissaient même ceux qui la blâmaient tout bas.
Puisque l'auteur des Dialogues des morts, de la Pluralité des mondes, etc., siège parmi les académiciens, et qu'il a obtenu à trente-quatre ans la place vacante qu'il devait occuper pendant soixante-six ans, ajoutons tout de suite que Fontenelle ne se contenta pas de représenter un des quarante de l'Académie, sur laquelle il aimait à répéter ce naïf distique de sa façon :
Sommes-nous trente-neuf^ on est à nos genoux; Quand nous sommes quarante, on se moque de nous,
// frappa aux portes des autres compagnies savantes. En 1697 il entrait à l'Académie des sciences, et bientôt lui con^muniquait une activité brillante qu'elle n'avait pas encore connue^ en 1701, il était nommé membre des Inscriptions et Belles-Lettres. Ces fonctions diverses, Fontenelle ne les recherchait pas comme des sinécures honorifiques, partout il travail-