PREFACE
PLURALITÉ DES MONDES, fait cet aveu : « Boileau et La Bruyère peuvent rire tant qu'ils veulent du précieux Fontenelle, il est plus philosophe qu'eux. » Peu importe que le critique du XIX^ siècle regrette que chez Fontenelle « la vérité nouvelle passe en madrigal », si « elle passe plus sûrement » ,
L'auteur n'était-il pas obligé de recourir à cette forme galante, puisque l'élève du philosophe était une marquise ? Pour rendre son enseignement plus agréable, Fontenelle s'était bien donné de garde d'aller prendre pour disciple un savant en us et versé dans la littérature des anciens.
Le succès du livre fut considérable, et ce détail n'est pas à négliger pour la critique.
En 1 686, en effet, on était au lendemain de la révocation de l'édit de Nantes : les dragonnades opéraient des conversions avec trop de succès; et, si les chaires retentissaient partout de controverses religieuses, la littérature proprement dite prenait part aussi ci la lutte pour y applaudir. N'y avait-il pas un contraste frappant dans ce livre calme, enjoué et mondain, qui détournait les lecteurs de notre terre si agitée, si violentée, pour les faire planer dans des hauteurs sereines d'oii les bruits, s'il en existait, ne pouvaient descendre ici-bas ? Nous aurons plus loin à parler des attaques dont notre écrivain fut l'objet avant d'entrer à l'Académie.
Le 5 mai 1691, M. de Fontenelle pénétrait dans