XIV PREFACE
tion. Nous sentîmes encore davantage ce jour-là le prix d'être ses confrères. Un héraut, coninie aux jeux Olympiques, auroit pu s'écrier : « Venez voir ce que voui « n'avez jamais vu et ce que vous ne verrez jamais! » Triste souvenir de la perte d'un si grand homme! »
On aurait dit que l'Acadéniie avait hâte de donnet un successeur à l'illustre centenaire que la mon venait de lui enlever, ou plutôt qu'il lui tardait d'entendre répéter avec éloge le nom d'un membre qw pendant soixante-six ans avait siégé dans son sein. Fontenelle s'éteignait le 9 janvier i'j5'j,et /e 3 i mars suivant, M. Séguier, avocat génércd au parlement, le remplaçait et prononçait un discours consacré tout entier à la gloire du défunt; et, chose étonnante, l'éloge cette fois était mérité et exprimé dans un langage relativement mesuré et approprié au sujet point de hors-d'œuvre, aucune de ces banales adula tions qu'on entendait d'ordinaire. C'csf Fontenelle qui vit et respire dans la harangue du récipiendaire, et l'orateur n'avait pas eu de longs mois pour la méditer; c'était presque une improvisation. Nous en extrairons quelques lignes qui nous fourniront l'occasion de rapporter une anecdote peu connue :
« Le nom de M. de Fontenelle, dit M. Séguier, ne pouvoit être resserré dans les bornes de son pays. La réputation des grands homnies part d'auprès d'eux,
mais c'est au loin qu'elle paroit briller davantage
Les étrangers accouroient pour pouvoir dire au
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'li moins dans leur patrie : Je l'ai vu. Un d'eux arrive. 1» A peine aux portes de cette capitale, il le deniande « avec impatience au premier qu'il rencontre, persuade quun homme 'connu aux extrémités du monde ne pouvait être ignoré d'aucun de ses concitoyens. » 8 L'anecdote n'est pas complète : V orateur faisait f ^sans doute allusion à une aventure que les Lettres J SECRÈTES signalaient à la date du 4 avril 1734 : « M. de Fontenelle jouit de son vivant de toute sa réputation. Un savant de Berlin vint, il y a quelques jours, en poste de son pays pour le voir. Il demanda à la barrière, en arrivant, oii demeurait M. de Fontenelle. Les commis lui répondirent qu'ils n'en savoient rien. « Comnient , dit-il, tout le monde ne « sait pas ici où demeure M. de Fontenelle? » Et làdessus, par un caprice digne d'un savant, il reprit la route de son pays sans vouloir entrer dans une ville ou l'on était obligé de chercher les grands hommes. » Le trait suivant est-il un souvenir de celui du Berlinois? «Fontenelle avait quatre-vingt-dix-neuf ans quand on lui présenta une dame qui, pour le voir, avait franchi le canal {la Manche). « C'est votre gloire « qui m'a attirée en France, lui dit-elle, c'est pour voir « l'auteur de la Pluralité des mondes que je suis « venue. — Je vous en remercie bien fart, répondit « Fontenelle, et je remercie aussi la nature qui m'a « permis de vous attendre. »
Sans révoquer en doute l'authenticité de la bou-