PRÉFACE XIX
ménagé des appuis chez les représentants de l'autorité.
On oublie trop aisément les passages oii Fontenelle s'est montré audacieux jusqu'à ouvrir ses deux mains toutes larges: c'est dans /'Eloge- de Leib- NITZ que nous en prendrons la preuve. On nous dira qu'en 1716, sous la Régence, il n'y avait pas de péril à courir : le gouvernement toutefois était moins tolérant pour les paroles et les écrits que pour les personnes, et si la Bastille avait été ouverte à un grand nombre de prisonniers à la mort de Louis XIV, on n'avait pas pour cela supprimé les lettres de cachet. Nous prions le lecteur de se reporter au passage de /'Éloge de Leibnitz auquel nous faisons ici cdlusion {page ic)o du tome II de la présente édition], il se convaincra sans peine quil y avait de l'audace à parler aussi librement, dans une assemblée publique, d'un Ordre qui retencdt toujours la direction et la surveillance des auvres de l'esprit.
Il n'entre pas dans notre plan de donner la biographie détaillée de Fontenelle : un volume n'y suffirait pas. Nous voulons seulement faire connaître les côtés sadlcmts de cette existence consacrée uniquement à la philosophie et aux lettres, sans nous astreindre à l'ordre chronologique.
« Qui terre a guerre a », dit un vieux proverbe, et ce dicton populaire peut avec plus de justesse encore s'appliquer à ceux qui courent la carrière des lettres.
Ce qu'on appelle aujourd'hui la critique est loin