‹ Œuvres choisies de FontenelleChapitre 23 sur 61 · XXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI PREFACE

n'étaient pas signées, écrites par l'auteur de la Pluralité DES MONDES : « On a pu reprocher à Fontenelle trop de finesse; mais on le relit cent fois; il aiguise l'esprit, et il a trouvé souvent des ingrats qui lui reprochaient le plaisir qu'il leur avoit fait. » C'est le président Hénault qui laisse dans ses Mémoires ce témoignage de l'estime qu'il portait à son ami.

Voltaire a toujours respecté le nom de Fontenelle, et, s'il l'a appelé le discret, i7 devait comprendre que cette discrétion, à la fin du XVll^ siècle, était d'une audace singulière. Nous ne pouvons résister au plaisir de rapporter ici une épigramme du même auteur ; le trait malin est à la fin, mais quel éloge!

D'un nouvel univers il ouvrit la barrière; Des mondes infinis autour de lui naissans, Mesurés par ses mains, à ses ordres croissans, A nos yeux étonnés il traça la carrière : L'ignorant l'entendit, le savant l'admira : Que voulez-vous de plus ? Il fit un opéra.

Montesquieu 7i'est guère porté à donner de l'encens, et pourtant il a dit dans ses Pensées diverses : a Fontenelle, autant au-dessus des autres hommes par son caur qu'au-dessus des hommes de lettres par son esprit. »

Quelques jours après la mort du centenaire, Grimm écrivait dans sa Correspondance : « L'esprit philosophique, aujourd'hui si généralement répandu, doit ses preniiers progrès à Fontenelle. »

PREFACE xxvii

Nous avons réservé pour la fin l'appréciation du grave et sympathique Vauvenargues : nFontcncUe mérite d'être regardé par la postérité conime un des plus grands philosophes de la terre, et, malgré leurs défauts, la plupart de ses ouvrages ne devraient jamais périr. » — « On ne doit point lui refuser d'avoir donné de nouvelles lumières au genre humain. Personne n'a mieux fait sentir que lui cet aniour immense qu'ont les hommes pour le nierveilleux , cette pente extrême qu'ils ont à respecter les vieilles traditions et l'autorité. C'est à lui, en grande partie, qu'on doit cet esprit philosophique qui fait mépriser les déclamations et les autorités pour discuter le vrai avec exactitude. »

On le voit, les partisans de Fonienelle ne lui plaignent pas l'éloge, et nous nous rangeons à leur avis en lisant avec calme et sans idée préconçue quelques pages de cet écrivain qui a pu dire de lui-même : « // ne m'est jamais arrivé de jeter le moindre ridicule sur la plus petite vertu. » Et, s'il s'est rencontré des gens pour lui faire un crime de son esprit , personne n'a eu à le faire rougir d'une mauvaise action : « Cela se doit », disait-il en parlant des bonnes actions.

Fontenelle , songeant à lui sans doute, disait du sage : « Il tient peu de place et n'en change janiais. » Il mit, en effet, sa maxime en pratique. Il avait trente ans , quand il vint se fixer à Paris, en 1687. // demeura quelque temps d'abord chez son oncle et

xxviu PREFACE

parrain Corneille, cul-de-sac des Jacobins, puis chez M. Le Haguais, son compatriote , avocat général de la cour des aides : c'était son ami le plus intime. A la mort de celui-ci, il alla occuper au Palais- Koyal un logement que lui donna le duc d'Orléans, qui fut depuis le Kégent. En 1780, il vint s'installer à la porte Saint-Honoré, chez sa nièce, M'"^ Daube, femme d'un ancien intendant. C'est chez elle qu'il mourut en iJ^J- Qiiatre logements ou plutôt trois en soixante-dix années, cela peut s'appeler de la constance.

Les adversaires de Fontenclle lui feraient presque un reproche d'avoir vécu un siècle entier • ils attribuent cette longévité à l'absence de passion ou de passions, à une espèce d'égoïsme intpassible où «7 se circonscrivait ; et l'autorité la plus sérieuse que l'on apporte d» cette démonstration, c'est la boutade de M'''^ de Tencin qui dit un jour à Fontenelle en lui mettant la main sur la poitrine : « Ce n'est pas un cœur que vous avez là, c'est de la cervelle, comme dans la tête. »

Ne serait-il pas permis de se demander si cette plaisanterie d'un goiÀt équivoque a été sérieusement prononcée ? L'abbé Trublet la rapporte comme vraie, mais en ajoutant, sur les relations entre Fontenelle et M'"« de Tencin, des détails qui modifient la portée du bon mot. Et d'ailleurs, est-ce chez M'"^ de Tencin

Page 1