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pliilosophe les diverses évolutions de l'esprit humain, mais en se tenant loin des questions irritantes de l'dctualité, personne ne s'en étonnera : car Vopinion générale est que l'auteur de la Pluralité des MONDES et de /'Histoire des oracles cachait en lui un côté de scepticisnie mêlé a une grande indulgence; mais que notre Philinte littéraire ait médité sur la politique et tracé en raccourci un plan de gouverncnicnt j voilà qui surprendra bien des lecteurs; et pourtant il fend se rendre à l'évidence ou plutôt aux fragments recueillis et publiés après sa mort : en effets Fonicnelle, de son vivant^, n'aurait peut-être pas eu l'audace de publier les Rêveries POLITIQUES, qu'on trouva écrites de sa main.
L'éditeur de i y66 intitule cet extrait : « Fragment de ce que M. de Fontenelle appeloit sa république. » Il y a là dix-neuf articles qui sentent leur réformateur révolutionnaire, mais dans la meilleure acception des termes.
On y lit ceci : <.(■ Il n'y aura ni nobles ni roturiers. Tous les métiers seront également honorables, et on en pourra également tirer les niagistrats, du monient qu'on y aura gcigné le bien prescrit. » Car notre législateur ne veut confier les magistratures qu'à des citoyens possesseurs d'une fortune acquise par des moyens honnêtes et équitables. Ailleurs il dit : « Tous les citoyens seront soldats et obligés d'aller à la guerre ; il y aura des temps réglés pour les exercer
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lous^ de sorte que l'on s'en pourroit servir en cas de besoin. — Les généraux auront passé indispensablenient par tous les degrés. Leurs enfans ne pourront jamais passer le degré de capitaine. »
Autre article qui rappelle l'ancienne Sparte : « Les filles n'auront rien en mariage. » Que dire de ceci : « Les femmes pourront répudier leurs maris, sans en pouvoir être répudiées, mais elles seront un an après sans se pouvoir remarier » ? Pour que Fontenelle fût arrivé à formuler, dans son cabinet il est vrai, un projet de loi semblable, il avait dû être le témoin de bien des désordres moraux, le confident de nombreuses plaintes conjugales. Il avait vu en effet la dernière période du siècle de Louis XIV, et, malgré le rigorisme de M"'^ de Maintenon , ce n'était pas l'époque la plus austère. Il avait vu dans l'intimité et la familiarité les neuf années de la Kégence; il avait pu apprécier la funeste influence du ministère Fleury, et le règne de M'"« de Pompadour n'était pas de nature à modifier ses premières impressions. Remarquons, d'ailleurs, que, d'après les dispositions prises par Fontenelle, ce n'est pas l'épouse qu'il met en cause, mais au contraire le mari qu'il semble rendre responsable de cette nécessité légale.
Dans un autre endroit, Fontenelle recomniande de « donner souvent des spectacles au peuple, opéras, comédies, et quelques-uns aussi d'une espèce nouvelle, comme de représenter un triomphe romain, un
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sacrifice, de représenter aussi au vrai les choses les plus pompeuses ou les plus extraordinaires des pays étrangers : la fête d'Ali chez les Perses , le Mogol se faisant peser. »
L'auteur de /'Histoire des oracles reparaît dans ce plan d'éducation populaire ; et de l'ensemble des quelques pages que Fontenelle a écrites sur la politique pure, il résulte que « si l'illusion habitait en son sein «^ elle ne manquait ni de grandeur ni de bonté ; c'était peut-être un souvenir de ses relations amicales avec le bienfaisant et naïf abbé de Saint- Pierre.
Un ennemi, sinon de Fontenelle, du moins des idées de Fontenelle, analysant les Mémoires de Garât sur le XVIIIe SIÈCLE', convient avec Garât que Fontenelle a imprimé le caractère de son esprit au XVIIP siècle, a D'où est donc venu cet empire de Fontenelle? ajoute-t-il : il faut le dire, de la clarté avec laquelle il a expliqué le système de Copernic et de Galilée... On se passionnait alors pour les sciences, et je remarque à dessein cet ascendant de Fontenelle par les sciences, parce que, en effet, c'est la seule gloire du XV IW siècle , de ce siècle qui s'est ensuite enorgueilli de' ses découvertes des lois du monde physique jusqu'à nier les lois du monde moral, et qui s'est
I. Genoude, le Défenseur, tome I, page 440. 1821 Paris, Michel Nicole.
Fontenelle. I. e
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proclamé le premier des siècles, parce qu'il a trouvé /'attraction, oubliant que les lois morales qu'il niait sont bien autrement importantes pour l'humanité. »
Le religieux critique parait à tort faire retomber sur Fontcnelle les reproches qu'il adresse au XVIII^ siècle et dont nous n'avons pas à examiner ici la valeur et la justesse. Genoude continue : « On peut juger de la vérité de ce que nous disons par ces mots qui terminent l'éloge de Fontenelle dans les Mémoires de Garât : Ce qu'ont été dans l'antiquité les hommes illustres de Plutarque, les savants de Fontenelle (Éloges des Savants) le sont dans les temps modernes. Ce sont les deux recueils qui honorent le plus l'espèce humaine. »
Maigre les réserves du critique sur l'esprit fin et subtil de Fontenelle, les lecteurs acceptent l'éloge et le regardent comme vrai, même-ainsi présenté par un adversaire : ce n'est pas un médiocre mérite de marcher de pair avec le plus populaire interprète (P/utarque) de la vertu et de la morale humaines.
J.-F. Thénard.
DIALOGUES