VI PREFACE
obligation dans ce pays normand qui passait pour la province la plus procédurière du royaunie de France. Les Corneille de père en fils avaient exercé les fonctions d'avocat ou de juge; et le père de Fontenelle était, lui aussi, avocat au parlement. Son fils se vit naturellement destiné au barreau, dans le but d'hériter de la charge paternelle.
Mais la profession d'avocat n'offrait pas alors des horizons bien séduisants. Déjà, à la suite de la Fronde, les Etats de Normandie avaient été supprimés, et l'on savait que Colbert nourrissait Vidée de transférer à Caen le parlement de Kouen : ce projet pouvait être mis à exécution, coninie la suppression des Etats de Norniandie. D'un autre côté, si l'on plaidait beaucoup à Kouen, les clients étaient pauvres, et les robins, ou praticiens, pullulaient. On dit que Fontenelle avant l'âge de vingt ans plaida une affaire. Ce début fut-il brillant? Il est permis d'en douter, puisque notre avocat jeta sa robe par-dessus les bancs du prétoire.
Un autre théâtre devait fatalement séduire et attirer un jeune homme qui, à quatorze ans, avait remporté quatre prix aux Palinods de Kouen et répondait à la réputation de ses deux oncles, Pierre et Thomas Corneille.
D'ailleurs, si les Corneille n'étaient pas arrivés à une haute fortune, que n'ambitionnaient guère alors les gens de lettres, ils avaient la gloire ou la notoriété.