GAVA II NI
Ne vous imaginez pas là-dessus que Gavami soit un moraliste à la façon d'Hogarth, et qu'il vous raconte dans une suite d'estampes progressives les inconvénients des sept péchés capitaux ; il ne prêche pas, il raconte ; chez lui, point d'iudiguatiou, point d'emphase déclamatoire ; il prend le monde tel qu'il est. et ne croit pas le salut de l'humanité compromis parce qu'un débardeur désespère un garde municipal, cl qu'une lorettc fait une grande consommation d'Arthurs au temps de carnaval. U sait que le mercredi des cendres arrivera, que les Arthurs prendront du ventre, et que les lurettes porteront des châle* de tartan. Il n'y a [tas de quoi se poser en Jérémie.
Ce qui fait de Gavarui un homme à part, c'est que l'improvisation ne nuit en rien chez lui aux véritables exigences de I art. — Malgré son apparence frivole, il est plus sérieux au fond que bien des peintres d’histoire ; il ne se redit jamais, et. (Lins ses innombrables dessins, vous ne retrouveriez peut-être pas deux figures pareilles. — Une étude perpétuelle de la nature lui permet de varier incessamment ses types.
Comme il a compris la Parisienne ! Gomme ec sont bien là ses airs de tête, scs façons de porter les mains, ses ondulations déhanchés, sa démarche, son geste, son regard. Ces jolis museaux si fins, si éveilles, si espiègles, d’une irrégularité si piquante, d'un chiffonné si gracieux ; ces yeux, qui ne sont pas brûlants comme ceux de l'Espagnole, ni rêveurs comme ceux de l'Allemande, mais qui disent tout ce qu'ils veulent; ce sourire demi-moqueur dans lequel Victor Ilugo a trouvé la petite moue d’Esmérahlu ; ces mentons d'ivoire; ces nuques blondes où les cheveux follets se tordent en accroche-cœurs ; ce teint de camélia qui a passé la nuit au bal ; cette fraîcheur fatiguée et délicate, qui les a exprimés, si ce n'est Gavami?
Eh bien, ces charmantes esquisses, ces délicieux croquis étaient dispersés dans tous les coins du monde. L'artiste insouciant, qui pense toujours au dessin qu'il va faire, et jamais à celui qu'il a fait, ne s'était pas donné la peine de réunir son œuvre. Gcllc peine, un libraire, homme d'esprit — il y en a — a eu l'idée de la prendre pour lui. Uu choix a été fait dans les quinze ou vingt séries que contient l'œuvre de l’artiste. — Choix judicieux à coup sûr, et où rien d'essentiel n'aura été oublié, car il a été lait contradictoirement par quelques amis de Gavami et par Gavami lui-même. Le difficile, on le croira, n'a pas été de chercher, mais de rejeter.
C’est en voyant réunis tous ces petits chefs-d’œuvre, qu'on en comprendra b valeur, et qu'on sentira eu un mol que ce qu’on a sous la main, c’est bien un livre, un livre plein d'idées cl plein de faits, et non pas un vain recueil d'images.
Ajoutez à tout cela que b présente édition est revue, corrigée, dessinée entièrement à nouveau, augmculée eu quelques parties, modifiée et épurée en quelques autres par l'auteur; qu'elle est enfin gravée par nos meilleurs artistes, et améliorée de tout ce qui fait la supériorité de la reproduction par la gravure sur b reproduction toujours molle et insuffisante de la lithographie
Taioriiu GAUTIER .