‹ Œuvres choisies de Gavarni (volume 5)Chapitre 6 sur 18 · TRADUCTION EN LANGUE VULGAIRE · texte numérisé non relu

TRADUCTION EN LANGUE VULGAIRE

Si l'on en croit les savants (et mieux vaut les croire que de devenir savant à son tour), les langues de la haute antiquité avaient toutes deux faces. L'une, réservée aux oreilles de pierre des dieux et aux arcanes de la science, se nommait la parole sacrée. Quant à l'autre idiome, comme il ne servait, dans la vie, qu'à l'amour, à la poésie, aux arts, au travail, et qu'enfin il n'était compris que de tout le monde, on le traitait de patois de peu, autrement dit de langage vulgaire.

Cette existence d'une langue double, sur les confins mêmes de l'âge d'or, démontre victorieusement l'éternel besoin de la duplicité pour la parole humaine. Mais, ceci reconnu, qu'on nous laisse une bonne fois en paix avec la prétendue supériorité de ces temps trop vantés. — Cacher le néant de la science sous des mots mystérieux , se servir de deux langues pour tromper les sots, ne voilà-t-il pas une dissimulation bien habile? - Triste ! triste! triste! comme dit Shakspearc, dont le sublime génie consiste souvent à répéter trois fois de suite la même chose. — Au lieu de cette sotte vénération rétrospective, pourquoi donc ne pas reconnaître plutôt l'extrême adresse des savants de nos jours ? Pour s'exprimer en apparence dans un langage connu, sont-ils plus intelligibles que les hiérophantes d'Eleusis ou les mages de Chaldée ? Certes non, et le respect qu'on a pour eux le témoigne hautement. Pourquoi ne pas admirer avec quelle grâce merveilleuse la langue française surtout sait se prêter aux exigences de la pensée, sans pour cela se séparer de la franchise? Loin d'avoir besoin de se réfugier dans le mythe, quand elle veut n'être pas comprise, elle est tout à la fois claire à plaisir ou embrouillée en diable sans qu'il y paraisse le moins du inonde. Pleine de bonhomie dans sa finesse, souple comme une conscience, et rusée comme une vieille maîtresse, elle sait à ravir dire oui et non avec les mêmes mots, la même voix et le même sourire. — Et qu'on ne crie pas à la tromperie, car elle ne prend jamais ses dupes en traître, et leur dit toujours, dans sa loyauté : Il faut savoir ce que parler veut dire. Après cela, tant pis pour

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