A M. LE COMTE
DE ROGHEMORE
ÉLÈVE et successeur d’Horace,
De Despréaux et d’Hamillon,
Vous qui nous ramenez leur ton, Et leur coloris, et leur grâce,
Sans effort, sans prétention,
Sans intrigue et sans dédicace :
O vous, dont l’aigle et les zéphyrs Guident au gré de vos désirs La route toujours neuve et sûre.
Peintre brillant de la nature.
De la sagesse et des plaisirs; Quand vous dérobez à notre âge Des tableaux que la vérité . Et le génie et la gaîté
A M. DE ROCHEMORE.
Ont marqués, par la main d’un sage, Du sceau de l’immortalité;
Dites~moi, divin solitaire.
Dites par quelle cruauté Rappelez-vous à la lumière Un phosphore, une ombre légère, Qu’ont tracé mes foibles crayons,
Et dont la lueur passagère S’efface au feu de vos rayons?
Sur les songes de ma jeunesse Laissez les voiles de l’oubli ;
Que mon désert soit embelli Par votre main enchanteresse :
Voilà le seul lien de fleurs Par qui je veux tenir encore -A cet art qu’on profane ailleurs,
Et que la raison même adore Quand il brille de vos'couleurs.
* Prenez cette lyre éclatante
Qui, par ses sons majestueux, Maîtrisé mon âme, m’enchante.
M’élève à la hauteur des cieux ;
Ou que ce facile génie ,
Qui de la céleste harmonie . Sait descendre aux délassements D’une douce philosophie,
M’offre encor ces amusements.
Ces écrits sans cajolerie.
Sans satire, sans basse envie.
Ces écrits nobles et riants.
Sans pesante bouffonnerie, .
A M. DE ROCHEMORE.
OÙ la gaîté, jointe au bon’ sons, Crayonne l’humaine folie Sous les traits heureux et brillants De la bonne plaisanterie,
Dont tout le monde a la manie.
Et qu’atteignent si peu de gens. .
Mais, par malheur pour qui vous aime.
Ne conBant rien qu’à regret.
Toujours mécontent de vous-mème, Vous voulez être trop parfait.
Et dans votre trop beau système Un ouvrage n’est jamais fait.
Contre mes vœux et mes instances Tous vos prétextes sont usés :
Soyez moins parfait, et lisez;
J’aime jusqu’à vos négligences.
Pourquoi vous ravir si souvent A l’amitié qui vous rappelle.
Et lui cacher si constamment Des trésors qui sont faits pour elle?
Sauvage enfant de PÜilomèle,
Vous êtes cet oiseau charmant Qui, sous la verdure nouvelle,
Content du ciel pour confident De la tendresse de son chant,
Semble fuir la race mortelle,
Et s’envole dès qu’on l’entend.
ÉPITRE QUATORZIÈME
AU P. BOUGEANT
L’auteur commence cette épttre par féliciter en prose le P. Bougeant de son retour de La Flèche, où il avoit été exilé à l’occasion de son Amxtsement philosophique sur le langage des bêtes; puis il continue ainsi :
ÔR, au sortir du monument ,De cette Flèche tant maudite, Votre révérence en son gîte A trouvé bien du changement.
" Dans ce réduit^ où la sagesse De beaux-arts allumoit l’encens, Cette vapeur enchanteresse,
Ce café, l’âme de nos sens Et des feux d’une aimable ivresse, Embrasoit ses plus chers enfants; Au lieu des muses solitaires.
I. Endroit où s’assembloient les journalistes de Trévoux pour concerter leurs extraits.
I'ï8 éPITRB QUATÔRZIÈMB.
Compagnes des plaisirs parfaits, .
Au lieu des lauriers ordinaires.
Vous n’avez trouvé qu’un cyprès, i O douleur 1 ô sort peu durable
De nos frêles humanités !
Ce stentor des paternités Qui paraissoit muni d’un râble Cimenté pour l’éternité.
Après dix lustres de santé,
Cet ami, ce savant aimable,
L’historien des noms en us.
Le pauvre Rouillé^ n’est donc plus!
Et la Parque a tranché le câble Par qui ses jours sembloient tenir A toute la race à venir.
De rejoindre sitôt ses pères,
Puisque rien né l’a su parer,'
Apprenez, estomacs vulgaires,
Pl trépasser sans murmurer.
Un autre vide, une autre perte,
Je dirois presque une autre mort.
De votre demeure déserte Avoit encor changé le sort.
^ Vous n’avez plùs trouvé ce sage*
Qui, par le plus rare assemblage.
Unit à la sublimité