ACTE IV, SCÈNE IV. SB
ÀitisTr.
S'amuser, dites-vous? Quelle erreur est la votre î Quoi ! vendre tour à tour, immoler l'une à l'autre Chaque société, diviser les esprits , Aigrir des gens brouillés, ou brouiller des amis; Calomnier, flétrir des femmes estimables , Faire du mal d'autrui ses plaisirs détestables ; Ce germe d'infamie et de perversité Est-il dans la môme ame avec la probité ? Et parmi vos amis vous souffrez qu'on le nomme !
VALÈRE
Je ne le connais plus s'il n'est point honnête homme :
Mais il nie reste un doute; avec trop de bonté
Je crains de me piquer de singularité :
Sans condamner l'avis de Cléon, ni le vôtre,
J'ai l'esprit de mon siècle , et je suis comme un autre.
Tout le monde est méchant, et je serais par-tout
Ou dupe, ou ridicule avec un autre goût.
Tout le monde est méchant! oui, ces cœurs haïssables,
Ce peuple d'hommes faux, de femmes, d'agréables,
Sans principes , sans mœurs, esprits bas et jaloux ,
Qui se rendent justice en se méprisant tous.
En vain ce peuple affreux, sans frein et sans scrupule,
De la bonté du cœur veut faire un ridicule ;
Pour chasser ce nuage, et voir avec clarté
Que l'homme n'est point fait pour la méchanceté , Consultez, écoutez pour juges, pour oracles, Les hommes rassemblés: voyez à nos spectacles , Quand on peint quelque trait de candeur, de bonté, Où brille en tout son jour la tendre humanité , Tous les cœurs sont remplis d'une volupté pure , Et c'est la qu'on entend le cri de la nature.
valère.
Vous me persuadez.
Vous ne réussirez Qu'en suivant ces conseils. Soyez bon, vous plairez ; Si la raison ici vous a plu dans ma bouche , Je le dois à mon cœur que votre intérêt touche.
VALÈRE
Géronle vient, calmez son esprit irrité , Et comptez pour toujours sur ma docilité.