‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 13 sur 137 · LE LUTRIN · texte numérisé non relu

LE LUTRIN

Sur cet arrêt, on le style au service; En quatre tours il apprend l'exercice.

Déjà d'un air intrépide et dévot Lucas s'accroche à l'aigle du pivot; A livre ouvert, le chapier en lunettes Vient entonner; un groupe de mazettes Très-gravement poursuit ce chant falot, Concert grotesque et digne de Callot.

Tout allait bien jusques à l'évangile : Ferme, et plus fier qu'un sénateur romain, Lucas, tenant sa façade immobile, Avec succès aurait gagné la fin :

Mais, par malheur, une guêpe incivile, Par la couture entr'ouvrant le vélin , Déconcerta le sensible lutrin.

D'abord il s'oufTre, il se fait violence, Et tenant bon il enrage en silence :

Mais l'aiguillon allant toujours son train, Pour éviter l'insecte impitoyable, Le lutrin fuit en criant comme un diable , Et, loin de là, va, partant comme un trait, Pour se guérir retourner le feuillet.

Le fait est sûr : sans peine on peut m'en croire, De deux Gascons je tiens toute l'histoire.

C'est pour toi seul, ami tendre et charmant,

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