SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
JUe siècle de Louis XIV , qui a jeté tant d'éclat par les productions qu'il a vu naître, a puissamment contribué à faire éclore, dans les années qui Font suivi, beaucoup de talens très-remarquables. L'impulsion avait été donnée ; la langue française avait été fixée par les Boileau , les Piacine et les Pascal ; des modèles admirables étaient offerts à la jeunesse studieuse, et une noble émulation , résultat de toutes ces circonstances , vint s'emparer de ceux qui , comme Gresset, recelaient en eux les germes du goût et du génie poétique.
Né à Amiens, en 1709, d'une famille
appartenant à la classe plébéienne , mais aussi distinguée par ses vertus que par les services que plusieurs de ses membres rendirent à leur pays , Jean-Baptiste-Louis Gresset manifesta dès l'enfance les dispositions les plus heureuses. Son père , qui tenait un rang honorable dans la société par la place d'échevin , se plut à cultiver son esprit et le mit au collège des Jésuites , où il fit ses premières éludes. Cette inslitu lion religieuse et littéraire, qu'on a depuis dépréciée avec autant de chaleur qu'on l'avait autrefois exaltée, jouissait alors d'une haute réputation. Il ne nous appartient pas d'entrer dans les molifs politi que s qui l'ont fait supprimer : ce serait nous écarter du but que doit avoir cet essai. Peut-être d'ailleurs le tems n'est-il point encore venu de juger avec impartialité les charges et les pièces de ce grand procès. Toutefois, il est permis sur un point de devancer l'arrêt de la postérité, en disant que les Jésuites ont rendu les ser-
vices les plus éminens aux sciences et aux lettres. Les hommes de bonne foi dans tous les partis seront d'accord à cet égard , et prononceront toujours avec respect les noms des Bourdalouc* des Brumoy 3 des Charlevoix , des Daniel, et de tant d'autres membres de cet ordre , qui a donné à la France une foule d'écrivains célèbres. Voltaire , qu'on n'accusera certainement pas d'intolérance religieuse , en dédiant sa Mcrope au père Porée, l'appelait son cher maître , et manifesta souvent la plus vive reconnaissance pour l'asile où s'était développé son génie ; tandis que ses professeurs s'enorgueillissaient à leur tour d'avoir préparé la gloire de l'auteur de Zaïre. Douce et honorable réciprocité de sentimens entre les disciples et les maîtres^ qui suffirait seule à l'éloge des uns et des autres !...
A cet âge où l'homme ne peut pas encore apprécier sa vocation, où son caractère et ses passions sont loin d'être parvenus à leur maturité, Gresset désira
entrer dans Tordre des Jésuites. Il avait: seize ans. Sa famille n'opposa aucune résistance à ses vœux , et bientôt après il fut envoyé au collège de Louis le Grand pour y terminer ses études.
Il était à peine âgé de 24 ans lorsque l'attention générale se fixa sur un petit poëme manuscrit , qui reçut les éloges unanimes des hommes de lettres et de tous les gens de goût. Ce poëme était Ver-Vert , qui ne tarda pas à être imprimé sans l'aveu de l'auteur, et cet auteur était Gresset. L'étonnement fut à son comble lorsque l'on sut que cette production charmante était le fruit de la verve poétique d'un jeune religieux qui n'avait jusqu'alors vécu que dans le sein des écoles et le silence d'un cloître. Il paraît en effet bien extraordinaire que toutes les ressources d'une plaisanterie aussi délicate que fine, aussi légère que gracieuse , aient été trouvées dans la solitude , lorsqu'elles n'appartiennent ordinairement qu'aux esprits qui se
( 7) sont exerces pari' habitude du grand monde et des sociétés les plus distinguées. C'est ce qui fit dire à J. B. Rousseau, dans les lettres qu'il écrivit, en 1 735 , àM. de Lasscré , et au père Brumoy , en leur rendant compte de l'impression que lui avait causé la lecture de Ver-Vert : que cet ouvrage était un phénomène littéraire ^ et que son auteur était un prodige. Ce célèbre lyrique rend la même justice A la Chartreuse > aux Ombres et aux Adieux, qui parurent peu d'instans après le Ver-Vert , quoiqu'il ajoute toutefois que ce poème a sur ses cadets l'avantage; de l'invention et même celui de l'exactitude. Cette décision du maître est d une justesse remarquable. Les pièces que nous venons de citer offrent en effet beaucoup moins de correction que leur aînée : elles exigeaient aussi bien moins d'invention, et la fécondité d'expressions que possédait l'auteur le fait souvent tomber dans un luxe stérile., qui rend parfois sa poésie traînante et verbeuse. Mais ces défauts qui
sont toujours rachetés par une harmonie et un enchaînement heureux des vers , que bien peu de poètes ont portés à un aussi haut degré , disparaissent entièrement dans l'épi tre qu'il adresse à sa sœur sur sa convalescence. Ce monument de l'amour fraternel , où régnent à - la - fois les images les plus fraîches , les plus gracieuses , et le charme d'une douce mélancolie , peut être placé au premier rang parmi nos pièces fugitives. Jamais la lyre des Chaulieu, des Voltaire n'a rendu de sons plus touchants, n'a offert les préceptes d'une philosophie plus aimable et plus vraie !. . . C'est Horace et Tibulle tout ensemble, ou plutôt c'est un jeune favori d'Apollon qui , vainqueur du trépas , raconte dans le port , avec la sensibilité la plus vive, les dangers qu'il a courus, et ses jours d'alarmes et d' ennuis. Ce morceau nous paraît le plus parfait de tous ceux écrits par Gresset ; et nous nous hâtons d'ajouter qu'un ouvrage de ce genre est souvent le résultat d'une heureuse ins-
(9 ) piration de l'âme, tandis qu'il faut bien plus d'esprit et de talent pour composer nn poème comme celui de Ver-Vert, Dans la saine littérature, ce poème sera donc regardé comme le premier titre de gloire de son auteur; mais jamais on ne le placera cependant à côté du Lutrin de Boileau, et surtout au-dessus de ce chef- d'oeuvre , ainsi que l'a fait l'abbé M ilôt , qui se connaissait beaucoup mieux en histoire qu'en poésie. (1)
Cependant Ver-Vert avait excité contre Gresset l'animadversion de quelques esprits froids et rigoureux. Quoique dans ce charmant badinage il ait révélé avec toute la décence possible quelques-uns des légers travers qui naissent de la clôture et des institutions monastiques, on le trouvait d'autant plus coupable qu'il portait un habit qui semblait exiger plus de prudence et de gravité. Peut-être ce sentiment n'était-il point tout- à -fait injuste; et J. B.
(i) Discours de réception à l'académie française, comme successeur de Gresset.
Rousseau > nous paraît encore avoir eu parfaitement raison lorsque, dansleslettres que nous avons citées, il regrettait que Gresset eût quille le inonde pour une profession qui lui convenait si peu. Accusé auprès de ses chefs par la sœur d'un ministre, qui était supérieure d'une des maisons de la Visitation ; transféré de Tours , où il professait les humanités , à la F lâche , où le dégoût et l'ennui s'emparèrent de lui , il sollicita sa liberté, et l'obtint après une année d'exil. Ce fut pendant le cours de cette année qu'il chercha à traduire ou plutôt à imiter les églogucs de Virgile. Soit que son esprit fût abattu par les tracasseries qu'il venait d'éprouver ; soit que le tableau des charmes de la campagne ne convînt point à son genre de talent, il fut loin de réussir et de rendre l'antique et belle simplicité du chantre de Mantoue. Il y a entre ses vers bucoliques et les vers de Virgile, la différence qui existe en peinture entre les bergers de -Boucher et ceux du Poussin.
Dégagé île ses liens et rentré dans le monde, Gresset se rendit à Paris , où il fut accueilli avec la plus grande distinction. Il était alors de mode de protéger les hommes de lettres et les artistes , de leur montrer de la considération, et de rattacher ainsi l'indépendance qui fait souvent la base de leur caractère , à un système de liberté et de régénération qui commençait à faire fl'importans progrès. On fondait à cet égard des espérances sur un jeune homme qui , ayant écrit le poëme de Ver- Vert^ semblait avoir dans l'esprit de la hardiesse et le désir des innovations. On s'était trompé ; Gresset , autant par devoir que par timidité , ne sacrifia pas à l'idole du jour. Il n'était point né sans doute pour porter la robe d'un jésuite, mais il n'oublia jamais qu'il l'avait portée , et ne chercha qu'à soutenir sa réputation littéraire. Pour remplir cette intention , il voulut s'élever jusqu'à la tragédie , genre
de production au-dessus de ses forces et du talent que lui avait donné la nature. Edouard III , représenté en 1 y4° j n'eut point de succès et ne devait pas en avoir. On y trouve quelques beaux vers ; un style généralement noble et pur , mais peu d'entente de la scène et peu d'intérêt. L'absence de cette chaleur des passions qui fait réussir des tragédies même du second ordre, s'y fait surtout vivement sentir. Gresset ne fut pas plus heureux en composant Sidney , ouvrage dans lequel il a marché sur les traces de La Chaussée , fondateur chez nous de cette espèce de pièces qu'on appelle drames , et dont la conception bizarre , n'appartenant ni à la comédie ni à la tragédie , nous paraît avoir signalé en France les premiers effets d'un genre déplorable , appelé maintenant genre romantique. Il faut convenir cependant que Sidney est bien loin, quant au ridicule, de beaucoup d'ouvrages de cette soi - disant école sentimentale, qui fait malheu-
( i6 ) reuscment chaque jour de nouveaux progrès , et que le style en est cligne d'éloges. Toutefois le sujet de cette pièce excite une tristesse monotone , sans aucune de ces nuances et de ces circonstances attachantes qui se rencontrent dans quelques productions du même genre. C'est une longue paraphrase sur le suicide ; c'est l'agonie continuelle d'une ame remplie du dégoût de la vie ; c'est enfin plutôt la peinture d'une maladie morale que d'un caractère , et rien n'est moins dramatique qu'une semblable situation.
Gresset abandonna cette fausse route, et appelé par la vivacité de son esprit à obtenir des succès dans la haute comédie, il mit le sceau à sa réputation en écrivant le Méchant , qui fut donné en 1 74-7- Cet ouvrage ne place point son auteur à côté de Molière > ni même de Regnard. L'intrigue en est un peu froide. Le vis comica est bien plus dans les détails que dans les situations : mais le charme du style ,
l'originalité , la finesse du dialogue conduiront le Méchant à la postérité. On ne peut trop admirer le talent avec lequel (tresset a peint les mœurs, le ton et le langage des gens du grand monde sous la régence. On croit vivre au milieu de celte société élégante et corrompue, où le vice se colorait des dehors les plus flatteurs; où l'oubli de tous les principes de morale était une affaire de mode, et un moyen certain de s'avancer et d'arriver à la fortune. A cette époque déplorable de notre histoire , le ridicule inspirait bien plus de crainte que le déshonneur, et les vertus tombaient sous les traits d'un honteux et brillant persifïlage. Nous avons chèrement payé le scandale et les erreurs de ce tems ; et lorsque Gresset en a retracé le tableau , et nous a présenté les maximes des roués de la régence dans la bouche de ce Cléon , dont il a su rendre le caractère si odieux , il était cependant loin de s'attendre aux malheurs que cette dépravation de moeurs
contribuerait à attirer un jour sur la France. On n'a peut-être pas assez remarqué que le Méchant est celle de nos pièces de théâtre qui renferme le plus de vers dignes, par la vigueur et la concision de la pensée , de devenir proverbes. En beaucoup de circonstances la poésie sentencieuse est froide: c'est l'écueil du genre didaelique. Mais dans une comédie les préceptes se lient à l'action théâtrale, et la font ressortir avec plus de force et d'éclat. C'est une des beautés àxxMéchant, qui, avec le Ver-Vert , forme la partie la plus importante des œuvres de Gresset. Ce qu'il publia depuis, et ce qui fut publié sous son nom, n'ajouta rien à sa gloire. Son discours sur l'harmonie est une amplification de collège sur un art qu'il connaissait si peu que continuellement il confond la mélodie avec l'harmonie, en donnant cette dernière qualification au chant proprement dit , connue à la science des accords. Avec des recherches plus exactes , il eût pu
faire do cet ouvrage une histoire abrégée de la musique : mais les faits qu'il rapporte sont pour la plupart fabuleux , et il les raconte avec une emphase qui blesse àla-fois le goût et l'esprit. Ce sujet intéressant a été traité depuis avec autant de talent que de profondeur par M. deLacêpède, et par Kalbrenner , (1) et le discours de Gresset est entièrement oublié. Nous ne parlerons pas de ses odes; et parmi d'autres pièces détachées nous ne citerons que l'idylle sur le siècle pastoral, qui contient des images douces, riantes, et des regrets sur la perte de l'âge d'or qui avaient vivement ému l'éloquent et sensible Rousseau. Ce grand homme avait mis cette idylle en musique; il se plaisait à la chanter souvent, et l'air qu'il a composé paraît pour la première fois dans cette nouvelle édition des œuvres choisies de Gresset.
Nommé , en 1 rùfi , membre de l'académie française, l'auteur de Ver -Vert ne
(2) Poétique de la musique par M. le ceinte de Lacépède ; hUtoire de la musique par Kalbrenncr.
( '7) tarda pas à aller habiter Amiens, sa patrie. Il avait obtenu la permission du Roi pour y fonder une académie , dont on lui donna la présidence perpétuelle, charge qu'il ne voulut pas conserver, parce qu'elle lui paraissait contraire à l'indépendance nécessaire à l'homme de lettres. Retiré dans une vallée charmante , à peu de distance de la ville, il passait sa vie entre le commerce des muses , auquel il revenait encore quelquefois , les travaux de la càxiipagne , et les doux épanchemens de l'amitié et de l'amour conjugal. 11 avait épousé la fille de M. Galand , maire d'Amiens , et il n'eût rien manqué au bonheur de cette union s'il en était né des enfans. Dégoûté du faste et des intrigues d'une grande ville , Paris ne le revoyait que lorsque ses affaires ou ses devoirs de membre de l'académie française l'obligeaient à y faire des voyages , et l'occasion s'en présentait rarement.
J usqu'alors Gresset avait joui des faveurs de la cour de France , et l'on pense bien que
( i8) l'envie ne cherchait<jue le moment de les lui faire perdre. Une circonstance favorable se présenta. D'Alembert fut reçu à l'académie en 1754, et dans la réponse que l'auteur de Ver-Vert lui fit comme directeur , il censura avec une énergie , peut - être indiscrète, les évêques qui n'observaient pas les devoirs de la résidence. Aussitôt on s'empare de cette partie de son discours , on envenime ses intentions , on se plaint avec amertume auprès de Louis XV , et ce Roi , qui si souvent a eu le malheur de voir par les yeux d'autrui , se courrouce , et témoigne son mécontentement d'une manière telle que Gresset ne put douter de sa disgrâce. Cet événement, qu'une ame forte eût supporté avec courage , le jeta dans la douleur et dans l'accablement.
La ville d'Amiens avait alors pourévêque M. de Lamotte , dont les talens et les vertus ont laissé de profonds et nobles souvenirs. Ce digne prélat parvint seul à apporter quelque adoucissement au chagrin
( 19) que ressentait Gresset, et profita avec adresse de la disposition de son esprit pour l'engager à ne plus écrire de comédies. L'espèce de rétractation qu'il publia à ce sujet est un morceau précieux pour l'histoire des lettres et du cœur humain. 11 y montre le plus vif regret du scandale qu'il avait donné à la religion par ses pièces de théâtre. Il va même jusqu'au point de comprendre, dans l'arrêt de proscription qu'il lance contre elles , toutes ses productions, dont, ajoute- t-il, on avait multiplié les éditions sans qu'il eût jamais été dans la confidence a" aucune ; et termine enfin par traiter la poésie d 'art dangereux.
On ne peut , sans doute , en vouloir à M. de Lamotte d'être parvenu à son but , en obtenant de Gresset qu'il ne fît plus de comédies : dans la société chacun a ses devoirs à remplir , suivant la carrière qu'il a embrassée; et la religion catholique impose à ses ministres l'obligation de blâmer les jeux du théâtre. Mais il est toutefois
permis de penser que Gresset a été beaucoup trop loin; et peut-être le pieux et spirituel évêque d'Amiens l'a -t -il pensé lui-même. En effet , on ne peut attribuer qu'à la faiblesse d'une ame mal -à- propos timorée l'anathême que prononce l'auteur de Ver-Vert contre tous ses ouvrages, et contre la poésie en général. Tous les arts sont dangereux lorsqu'on en fait un mauvais usage : mais faut -il pour cela les abandonner et les proscrire?... Si quelques auteurs ont prostitué les muses en s'en servant pour célébrer l'impiété et la licence, tant d'autres les ont honorées par d'utiles et nobles productions, que nous nedevons point condamneren massecesdoctes et riantes immortelles ; et que nous ne devons voir dans de semblables contradictions que ce mélange debien et de mal inséparable des choses de la vie. Gresset fut plus à plaindre qu'à blâmer en cette circonstance , qui imprima à son caractère un ridicule que la malignité s'empressa de saisir.
Vo ilaire ne fut que plaisant et vrai quand
il dit :
» Gresset , doué du double privilège
» D'être au collège un bel esprit mondain »
» bit dans le monde un homme de collège.
Mais il faut convenir qu'il franchit toutes les bornes de la décence et de la justice lorsqu'il écrivit en 1759, que Gresset était un polisson* un fat orgueilleux et un plat fanatique , et lorsque surtout , dans la satire du pauvre diable, il refusa au Méchant le titre de comédie. L'auteur de la Henriade et de Zaïre avait assez de gloire pour ne rien envier à celui de Ver-Vert : cependant sa muse comique n'avait produit aucun ouvrage qui pût approcher du Méchant ; et dans les injures que nous venons de citer , on retrouve à-la-foisce sentiment de jalousie et ce désir de plaire à une certaine coterie que Voltaire a montrés dans une foule de circonstances. Ajoutons à la louange de Gresset que plusieurs passagesde ses œuvres sont consacrés à donner les plus grands éloges au chantre à'Alzire ; qu'il avait publié en 1735 des vers charmans en réponse aux
détracteurs de cette belle tragédie , et que jamais il ne chercha à se venger des diatribes du philosophe de Ferney.
Presqu'uniquement occupé des devoirs de la religion , Gresset dans les vingt dernières années de sa vie ne cultiva les muses que de loin en loin , et ne publia aucun des ouvrages qui sortirent de sa plume. On sait même d'une manière positive qu'il jeta au feu plusieurs comédies, parmi lesquelles on cite : l'Esprit à la mode , le Monde tel qu'il est , et le Secret de la comédie. Le Gazctin, poème en quatre chants, qu'il luteni767,dansrunedesséancesdel'académie d'Amiens, n'a point laissé de traces ; et le Parrain magnifique, qui fut imprimé à Paris en 1810, est dépourvu de verve , d'imagination et ne contient que quelques vers brillants qui rappellent tant soit peu le talent de l'auteur de Ver-Vert. Ce qui paraît extraordinaire , après la rétractation que nous avons fait connaître plus haut , c'est que Gresset ayant composé deux uou-
veaux chants pour ce poëme , les Pensionnaires et l'Ouvroir, consentit à réciter ce dernier à la cour, en 17 "4- H sv était rendu en qualité de directeur de l'académie française pour complimenter Louis XVI sur son avènement au trône, et ce Roi, qui l'accueillit avec la plus grande bonté, lui accordadeslettresdenoblesseet le cordon de l'ordre de St. -Michel. Il fut aussi nommé historiographe de l'ordre de St. -Lazare par le prince ami des beauxarts qui gouverne aujourd'hui la France. Comblé de faveurs , qu'il devait à ses vertus et à ses travaux; aimé et estimé de ses concitoyens, il termina ses jours dans la ville d'Amiens le 16 juin 1777 , au milieu de ses parens et de ses amis éplorés. Ses funérailles furent célébrées avec pompe. On n'avait point attendu sa mort pour lui rendre justice, circonstance assez rare dans la vie des hommes distingués par leurs talens pour qu'elle soit remarquée ; et tout le corps municipal suivit le cercueil
jusqu'au lieu où furent déposés les restes de l'un des poètes les plus aimables qu'ait produits la France.
A l'époque désastreuse de 1 793 , son tombeau, qui se voit encore dans la cathédrale d'Amiens , trouva grâce aux yeux des vandales révolutionnaires.
Le propre du talent de Gresset était cette facilité merveilleuse qui de rien lui faisait créer des ouvrages charmans. C'était cette élégance de style dont , mieux que personne , il a connu le secret ; et surtout , comme l'a dit un célèbre critique : cet art de lutter avec grâce contre des difficultés qui paraissaient insurmontables.
Il n'avait pas la vigueur de génie nécessaire po\ir s'élever jusqu'à de grandes et sublimes conceptions : mais il fut cependant le poète le plus original de son siècle ; et dans le genre gracieux, ses vers serviront toujours de modèles et seront difficilement égalés.
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