‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 3)Chapitre 28 sur 137 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Xrécieîjx Jours dont fut ornée La jeunesse de l'univers, Par quelle triste destinée N'êtes-vous plus que dans nos vers?

Votre douceur charmante et pure Cause nos regrets superflus, Telle qu'une tendre peinture D'un aimable objet qui n'est plus.

La terre , aussi riche que belle, Unissait , dans ces heureux temps , Les fruits d'une automne éternelle Aux fleurs d'un éternel printemps.

Tout l'univers était champêtre , Tous les hommes étaient bergers :

Les noms de sujet et de maître Leur étaient encore étrangers.

Sous cette juste indépendance,

Compagne de l'égalité ,

Tous dans une môme abondance

Goûtaient même tranquillité.

Leurs toits étaient d'épais feuillages , L'ombre des saules leurs lambris , Les temples étaient des bocages , Les autels des gazons fleuris.

Les dieux descendaient sur la terre, Que ne souillaient aucuns forfaits , Dieux moins connus par le tonnerre Que par d'équitables bienfaits.

Vous n'étiez point dans ces années , Vices , crimes tumultueux ; Les passions n'étaient point nées, Les plaisirs étaient vertueux.

Sophismes , erreurs , imposture , Rien n'avait pris votre poison ; Aux lumières de la nature Les bergers bornaient leur raison.

Sur leur république champêtre Régnait l'ordre , image des eieux.

L'homme était ce qu'il devait être; On pensait moins, on vivait mieux.

Page 1