ACTE II, SCENE VII. 5n
Ou j'aurais une prude au ton triste, excédant, Une bégueule enfin qui serait mon pédant ; Ou, si pour mon malheur ma femme était jolie, Je serais le martyr de sa coquetterie.
Fuir Paris, ce serait m 'égorger de ma main. Quand je puis m'avancer et faire mon chemin, Irais-je, accompagné d'une femme importune, Me rouiller dans ma terre , et borner ma fortune ? Ma foi, se marier, à moins qu'on ne soit vieux , Fi ! cela me paraît ignoble, crapuleux.
Vous pensez juste.
VÀLEBE.
A vous en est toute la gloire.
D'après vos sentiments je prévois mon histoire, Si j'allais m'enchaîner ; et je ne vous vois pas Le plus petit scrupule à m'ôter d'embarras.
CLÉON
Mais malheureusement on dit que votre mère Par de mauvais conseils s'obstine à cette affaire : Elle a chez elle un homme , ami de ces gens-ci , Qui , dit-on , avec elle est assez bien aussi ; Un Ariste , un esprit d'assez grossière étoffe : C'est une espèce d'ours qui se croit philosophe. Le connaissez-vous?
5i2 LE MÉCHANT.
VALERE
Non , je ne l'ai jamais vu ; Chez moi depuis six ans je ne suis pas venu. Ma mère m'a mandé que c'est un homme sage* Fixé depuis long-temps dans notre voisinage ; Que c'était son ami, son conseil aujourd'hui, Et qu'elle prétendait me lier avec lui.
CLEON
Je ne vous dirai pas tout ce qu'on en raconte ; Il vous suffît qu'elle est aveugle sur son compte : Mais moi, qui vois pour vous les choses de sang-froid, Au fond je ne puis croire Ariste un homme droit : Géronte est son ami, cela depuis l'enfance....
VALÈRE
A mes dépens peut-être ils sont d'intelligence ?
Cela m'en a tout l'air.
VALÈRE
J'aime mieux un procès :
J'ai des amis là-bas, je suis sûr du succès.
CLÉON
Quoique je sois ici l'ami de la famille, Je dois vous parler franc : à moins d'aimer leur fille, Je ne vois pas pourquoi vous vous empresseriez Pour pareille alliance. On dit que vous l'aimiez Quand vous étiez ici ?