ACTE II, SCÈNE VII. 3i
VALERE
Mais assez , ce me semble ; Nous étions élevés, accoutumés ensemble ; Je la trouvais gentille, elle me plaisait fort: Mais Paris guérit tout, et les absens ont tort. On m'a mandé souvent qu'elle était embellie ; Comment la trouvez-vous ?
CLEON
Ni laide ni jolie ; C'est un de ces minois que l'on a vus partout , Et dont on ne dit rien.
VALÈRE
J'en crois fort votre goût.
CLÉON
Quant à l'esprit, néant ; il n'a pas pris la peine Jusqu'ici de paraître, et je doute qu'il vienne : Ce qu'on voit à travers son petit air boudeur , C'est qu'elle sera fausse, et qu'elle a de l'humeur. On la croit une Agnès ; mais comme elle a l'usage De sourire à des traits un peu forts pour son âge , Je la crois avancée; et, sans trop me vanter, Si je m'étais donné la peine de tenter... Enfin , si je n'ai pas suivi cette conquête , La faute en est aux dieux, qui (a firent si bête.
VALÈRE
Assurément Chloé serait une beauté , 4o
3i4 LE MÉCHANT.
Que sur ce portrait-là j'en serais peu tenté. Allons, je vais partir, et comptez que j'espère Dans deux heures d'ici désabuser ma mère : Je laisse en bonnes mains....
CLEON
Non; il vous faut rester.
VALEBE.
Skiais comment ! voulez-vous ici me présenter ?
CLBON.
Non pas dans le moment; dans une heure.
VALÈBE.
A votre aise.
CLEON
Il faut que vous alliez retrouver votre chaise :
Dans l'instant que Géronte ici sera rentré
(Car c'est lui qu'il nous faut) , je vous le manderai;
Et vous arriverez par la route ordinaire ,
Comme ayant prétendu nous surprendre et nous plaire.
VALÈBE.
Comment concilier cet air impatient ,
Cette galanterie, avec mon compliment?
C'est se moquer de l'oncle, et c'est me contredire :
Toute mon ambassade est réduite à lui dire
Que je serai (soit dit dans le plus simple aveu)
Toujours son serviteur et jamais son neveu.