VI DORAT
Cet échec ne décourageant point notre auteur^ Théagène et Chariclée virent le jour, — ou, plus exactement, les feux de la rampe, — le 2 mars 1763. Nouvelle chute ^, qui transforma soudain le chevalier Dorât en poète léger. Les fables, les é pitres amoureuses, les contes badins, se succédèrent, et ce bagage gracieux fut, en somme, accueilli à merveille.
Voltaire écrivait de Ferney, à son ami Thieriot, le 4 octobre 1765 :
... J'ai ici un jeune dragon, nommé M. de Pezay, qui fait des vers tout pleins d'esprit et d'images. II m'en a apporté de son ami M. Dorât, avec qui il loge à Paris; ce M. Dorât en fait aussi de charmants : cela ragaillardit ma vieillesse...
Le rimeur galant était toujours prêt. Il offrait des
I. « ... En général, mauvais choix, mauvais plan..., échafaudage pitoyable. La versification mérite des éloges...
« A tant de défauts l'auteur avait joint la maladresse de choisir pour son héroïne M'^^" Dubois, très jolie créature, mais actrice peu faite pour soutenir une pièce. M^^^ Clairon, peu jalouse des talents de cette audacieuse, mais beaucoup de sa figure, avait formé un très grand parti pour la faire siffler. 11 n'en était pas besoin; l'actrice, la pièce et l'auteur ont éprouvé une chute commune. On prétend que M. Dorât, plus curieux de couronner son front de myrtes que de lauriers, étant devenu amoureux de l'héroïne, avait sacrifié sa gloire à son plaisir. Heureusement il n'a pas sacrifié grand'chose. »
Bachaumont. — Mémoires secrets (2 mars 1763).