A MONSIEUR LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
ENTRE les palmes de Mahon, Pour vous seul reverdit encore La couronne d'Anacréon; Et, sans vieillir comme Tithon, Vous fêlez bien plus d'une aurore.
Votre automne est un long printemps ; Vous cueillez à tous les instans Les fleurs du matin de la vie, Et l'Amour amuse le Temps
Pour qu'à jamais il vous oublie.
Ah ! conservez ces goûts charmans, Cette aimable philosophie, Cette fleur de galanterie Qui vaut bien les beaux senlimens De la gothique bergerie; Rendez Ovide à ma patrie, Et laissez un code aux amans; Désolez, enchantez nos belles; Et puissiez-vous, grondé par elles, Entendre encore après cent ans Tout ce qu'on dit aux infidèles !
LIRRÉSOLUTION
C'en est fait! allons, je me rends; Zélis aura la préférence.
Oui, j'aime ses grands yeux mourans.
Et sa naïve négligence.
Que ses regards sont éloquens 1 Ils donnent de l'âme au silence, Et Glycère, et ses dix-sept ans, Ne sont plus rien dans la balance...
Mais la friponne, quand j'y pense,
l68 POÉSIES DIVERSES
A des attraits bien séduisans! Quel babil! quelle extravagance!
Comme elle rit de ses sermens !
Zélis est belle, Zélis pense, Et cela doit intéresser.
Gljcère a plus : sa pétulance Jamais ne l'expose à penser.
Cependant^ je ne puis le taire, Zélis sourit bien tendrement!
Mais l'autre, hélas! me désespère, Et me désole si gaîment!
Je lui sais gré de ma colère.
Et peut-être de mon tourment.
Il faut donc adorer Glycère !...
Mais Zélis a tant de vertus!...
Mais l'autre a de si jolis vices!...
L'une a des charmes ingénus.
L'autre plaît par ses artifices.
Zélis, exempte d'injustices, A l'esprit égal et constant...
Glycère change à chaque instant :
N'est-ce donc rien que des caprices?
Ah! c'est trop : Zélis a des mœurs, Et je dois tout quitter pour elle; Mais, plus maligne que cruelle, Glycère affecte des rigueurs...
Cela distrait un cœur fidèle.
Dans la crise de ces combats.
Que résoudre enfin, et que faire?
Oui, oui, pour sortir d'embarras, Commençons par avoir Glj'cère.
Et toi, Zélis, que je préfère.
Contre moi ne va point t'armer :
Je me dépêche de lui plaire, Pour ne plus songer qu'à t'aimer.
THEMIRE
J'ai vu Thémire dans nos champs; Comme à la ville elle y sait plaire.
Thémire écoutoit mes accens, Amour, Thémire étoit bergère !
Elle étoit belle sans apprêts ; Les lieux où brillent ses attraits Sont toujours ceux que je préfère.
Sous un bosquet, sous des lambris, De triompher elle est bien sûre ; Les cheveux chargés de rubis.
Le front couronné de verdure.
Près d'elle tout paroît charmant ; De tout elle fait l'ornement, Et rien ne lui sert de parure.
yo POESIES DIVERSES
Si l'art quelquefois la séduit
Dans le séjour de Timposture,
Bientôt le sentiment l'instruit
Et la ramène à la nature :
Oui, c'est une onde que les vents
Troublent pendant quelques momens,
Mais dont la source est toujours pure.