‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 154 sur 260 · ACTE H, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE I

Un seul osa d'Aman attirer le courroux ; Aussitôt de la terre ils disparurent tous.

IIYDASPE.

Ce n'est donc pas, seigneur, le sang amalécite Dont la voix à les perdre en secret vous excite?

AMAN

Je sais que, descendu de ce sang malheureux, Une éternelle haine a dû m'armer contre eux ; Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage '; Que, jusqu'aux \ils troupeaux, tout éprouva leur rage; Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé : iMais, crois-moi , dans le rang où je suis élevé. Mon âme, à ma grandeur tout entière attachée, Des intérêts du sang est faiblement touchée. Mardochée est coupable : et que faut-il de plus? Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuérus : J'inventai des couleurs ; j'armai la calomnie ; J'intéressai sa gloire; il trembla pour sa vie; Je les peignis puissants, riches, séditieux*; Leur Dieu même ennemi de tous les autres dieux. Jusqu'à quand souflfre-t-on que ce peuple respire ^ Et d'un culte profane infecte votre empire? Étrangers dans la Perse, à nos lois opposés, Du reste des humains ils semblent divisés, N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes, Et, détestés partout, détestent tous les hommes '. Prévenez, punissez leurs insolents efforts;

> Aman descendait du roi Agag, qui fut pris et épargné par Saul. / Roi», ch. i, V. 15. (L. R.)

s Ealh, ch. iii.v. 8.

8 Transition sublime ! Aman, qui raconte à son confident ce qu'il a fait, adresse tout à coup la parole au roi, comme s'il était présent. Tacite, trompé par de faux mémoires, trace à peu près le même portrait des Juifs, dans ses llinioires, liv. V. (G.)

* Aman trouve la puissance et la religion des Juifs dangereuses à l'empire; mais ce n'est pas l'État qu'il a dessein de sauver, c'est Mardochée qu'il veut perdre. (Massillon, Petit Carême.)

âoO ESTHER

De leur dépouille enfin grossissez vos trésors '.

Je dis; et l'on me crut. Le roi, dès l'heure même,

Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprôme

Assure, me dit-il, le repos de ton roi;

Va, perds ces malheureux : leur dépouille est à toi '.

Toute la nation fut ainsi condamnée.

Du carnage avec lui je réglai la journée.

Mais de ce traître enfin le trépas différé

Fait trop souffrir mon cœur de son sang altéré.

Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.

Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie?

HYDASPE

Et ne pouvez-vous pas d'un mot l'exterminer? Dites au roi, seigneur, de vous l'abandonner.

AMAN

Je viens pour épier le moment favorable. Tu connais comme moi ce prince inexorable : Tu sais (combien terrible en ses soudains transports De nos desseins souvent il rompt tous les ressorts. Mais à me tourmenter ma crainte est trop subtile : Mardochée à ses yeux est une âme trop vile.

HYDASPE

Que tardez-vous? Allez, et faites promptement Élever de sa mort le honteux instrument*.

AMAN

J'entends du bruit ; je sors. Toi, si le roi m'appelle...

HYDASPE

Il suffit.

1 Es:h., ch. m, v. 9.

î Ibid.,ch. m, V. lOet 11.

5 Ibid , ch. V, V. 14.

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