‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 194 sur 260 · PRÉFACE D'ATHALIE · texte numérisé non relu

PRÉFACE D'ATHALIE

J'ai suivi l'explication de plusieurs commentateurs fort habiles, qui prouvent, par le texte même de l'Écriture, que tous ces soldats à qui Joïada, ou Joad, comme il est appelé dans Josèphe, fit prendre les armes consacrées à Dieu par David, étaient autant de prêtres et de lévites, aussi bien que les cinq centeniers qui les commandaient. En effet, disent ces interprèles , tout devait être saint dans une si sainte action, et aucun profane n'y devait être employé. Il s'y agissait non-seulement de conserver le sceptre de la maison de David , mais encore de conserver à ce grand roi cette suite de descendants dont devait naître le Messie. « Car ce Messie , tant de fois promis comme (ils d'Abra- « liam , devait être aussi fils de David et de tous les rois de Juda.» De là vient que l'illustre et savant prélat i de qui j'ai emprunté ces paroles appelle Joas le précieux reste de la maison de David. Josèphe en parle dans les mêmes termes ; et l'Écriture dit expressément que Dieu n'extermina [tas toute la famille de Joram , voulant conserver à David la lampe qu'il lui avait promise. Or cette lampe, qu'était-ce autre chose que la lumière qui devait être un jour révélée aux nations ?

L'histoire ne spécifie point le jour où Joas fut proclamé. Quelques interprètes veulent que ce fût un jour de fête. J'ai choisi (elle de la Pentecôte, qui était l'une des trois grandes fêtes des Juifs. On y célébrait la mémoire de la publication de la loi sur le mont de Sinaï, et on y offrait aussi à Dieu les premiers pains de la nouvelle moisson, ce qui faisait (ju'on la nommait encore la fête des Prémices. J'ai songé que ces circonstances m© fourniraient quelque variété pour les chants du chœur.

Ce chœur est composé de jeunes filles de la tribu de Lévi, et je mets à leur tête une fille que je donne pour sœur à Zacharie. C'est elle(|ui introduit le chœur cheî sa mère. Elle chante avec lui, porte la parole pour lui, et fait enfin les fonctions de ce personnage des anciens chœurs qu'on appelait le Coryphée. J'ai

• M de Meaux. (Sole de Racine.) Les paroles que Racine vient de citer sont tirées du Diteountur l'hUtnire univenette. de Bossuet, 11* part., sect. iv.

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aussi essayé d'imiter des anciens cette continuité d'action qui fait que leur théâtre ne demeure jamais vide , les intervalles des actes n'étant marques que par des hymnes et par des moralités du chœur qui ont rapport à ce qui se passe.

On me trouvera peut-être un peu hardi d'avoir osé mettre sur la scène un prophète inspiré de Dieu, et qui prédit l'avenir. Mais j'ai eu la précaution de ne mettre dans sa bouche que des expressions tirées des prophètes mf-mes. Quoique l'Écriture ne dise pas en termes exprès que Joïadaaitcu l'esprit de prophétie, comme elle le dit de son (ils, elle le représente comme un homme tout plein de l'esprit de Dieu. Et d'ailleurs ne paraît-il pas par TÉvangile qu'il a pu prophétiser en qualité de souverain pontife? Je suppose donc qu'il voit en esprit le funeste changement de Joas , qui, après trente années d'un règne fort pieux, s'abandonna aux mauvais conseils de ses flatteurs, et se souilla du meurtre de Zacharie, lils et successeur de ce grand prêtre. Ce meurtre, commis dans le temple , fut une des principales causes de la colère de Dieu contre les Juifs, et de tous les malheurs qui leur arrivèrent dans la suite. On prétend même que depuis ce jour-là les rqionses de Dieu cessèrent enfièrement dans le sanctuaire. C'est ce qui m'a donné lieu de faire prédire tout de suite à Joad et la destruction du temple et la ruine de Jérusalem. Mais comme les prophètes joignent d'ord'maire les consolations aux menaces , et que d'ailleurs il s'agit de mettre sur le trône un des ancêtres du Messie, j'ai pris occasion de faire entrevoir la venue de ce consolateur, après lequel tous les anciens justes soupiraient. Cette scène, qui est une espèce d'épisode, amène très-naturellement la musique, par la coutume qu'avaient plusieurs prophètes d'entrer dans leurs saints transports au son des instruments : témoin cette troupe de prophètes qui vinrent au-devant de Saïil avec des harpes et des lyres qu'on portail devant eux ; et témoin Elysée lui-même, qui, étant consulté sur l'avenir par e roi de Juda et par le roi d'Israël, dit, comme fait ici Joad, Adducite mihi psalten i . Ajoutez à cela que cette prophétie sert

1 '• Faites-moi venir un joueur de harpe. » (Roi.i . liv. IV, ch. m. v. \l\.)

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heaucoup à augmenter le trouble dans la pièce , par la nonsternation et par les dillérents mouvements où elle jette le chœur et les principaux acteurs '.

1 Le silence que l'auteur garJe sur la conduite de sa pièce , dansja préface, est remarquable. Dans les au'res préfaces, il a coutume de parler de l'économie de sa tragédie, du succès qu'elle a eu ou des ciitiques qu'elle a essuyées ; il se contente dans celle-ci d'instruire le lecteur du sujet , et i.e dit rien de la manière dont il l'ii traité, ni de ce qu'il pense de son ouvrage. Comme cette tragédie n'avait point été représentée, il ignorait l'impression qu'elle pouvait faire sur les spectateurs: ainsi, il n'ose en rien dire : il est incertain si elle plaira aux lecteurs; il attend le jugement du public. Il ne soupgonn it pas alors que dans la suite il lui serait si favorable. (L. R.)

ACTEURS

.lOAS, roi de Juda, (ils d'Ochozias.

Athalie, veuve de Joram , annile dp Joas.

JoAi), autrement Joïada, grand prêtre.

JosABET, tante de Joas, femme du grand prêtre.

Zacharie, fils de Joad et de Josabet.

Salomitb, sœur de Zacharie.

Abner, l'im des principaux officiers des rois de Juda.

AzARiAS, IsMAEL, et lep TROIS AUTRES CHEFS des prêtres et des lévites.

Mathan, prêtre apostat, sacrificateur de Baal.

Nabal. ronfideni de Mathan.

Ar.AR, femme de la suite d'Athalie.

Troupe de prêtres et de lévites.

Suite d'Athalie.

La NOURRICE de Joas.

Cboeur de jeunes filles de la tribu de Lévi.

La scène est dans le temple de Jérusalem, dans un vestibule de l'appartement du rjrand prêtre.

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