ACTE I, SCÈNE I
JOAD
Aux promesses du Ciel pourquoi renoncez-vous?
ABNER
Ce roi fils de David, où le chercherons-nous?
Le Ciel même peut -il réparer les ruines
De cet arbre séché jusque dans ses racines '?
Athalie étouffa l'enfant même au berceau.
Les morts, après huit ans, sortent-ils du tombeau?
Ah ! si dans sa fureur elle s'était trompée ;
Si du sang de nos rois quelque goutte échappée...
Eh bien! que feiiez-vous?
ABNER
0 jour heureux pour moi !...
De quelle ardeur j'irais reconnaître mon roi! Doutez-voub qu'à ses pieds nos tribus empressées... Mais pourquoi me flatter de ces vaines pensées? Déplorable héritier de ces rois triomphants, Ochozias restait seul avec ses enfants : Par les traits de Jéhu je vis percer le père; Vous avez vu les fils massacrés par la mère.
JOAD
Je ne m'explique point ; mais quand l'astre du jour * Aura sur l'horizon fait le tiers de son tour, Lorsque la troisième heure aux prières rappelle %
1 Massilluii dit quelque part , d.ms son Petit Carême : « Le Seigneur a toujours soutUé sur les races orgueilleuses , et en a fait sécher l,i racine. » Et encore : " Sa justice... renverse vos fortunes, éteint vos familles, fuit sécher la racine de votre prospérité. » C'est un pareil style qui l'a fait appeler a juste titre le Racine de lu chaire. Voltaire, imitant Aihalie, dit en parlant de Louis XV dans /a Henriade, chant XII' :
Un faible rejeton sort entre les raines De cet arbre fécond coupé dans ses racines.
2 Je ne m'explique point. Ces mots mystérieux éveillent la curiosité, promettent un grai.d événement, une preuve éclatante de la puissance de ce Dieu qui ne trompe jamais. En ne s expliquant pas Joad en dit assez. (G.)
3 La troisième heure répond , suivant notre manière de distribuer le temps, à neuf heures du matin. (G.)
308 ÂTHALIE
Retrouvez-vous au temple avec ce même zèle. Dieu pourra vous montrer par d'importants bienfaits Que sa parole est stable, et ne trompe jamais. Allez: pour ce grand jour il faut que je m'apprête, Et du temple déjà l'aube blanchit le faîte '.
ABN£R.
Qael sera ce bienfait que je ne comprends pas? L'illustre Josabeth porte vers vous ses pas : Je sors et vais me joindre à la troupe iidèle Qu'attire de ce jour la pompe solennelle.