ACTE II, SCÈNE V 32o
Par moi Jérusalem goiile un calme profond ;
Le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond,
Ni l'altier Philistin, par d'éternels ravages,
Comme au temps de vos i ois, désoler ses rivages,
Le Syrien me traite et de reine et de sœur ';
Enfin de ma maison le perfide oppresseur.
Qui devait jusqu'à moi pousser sa barbarie,
Jéhu, le fier Jéhu, tremble dans Samarie;
De toutes parts pressé par un puissant voisin,
Que j'ai su soulever contre cet assassin,
11 me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.
Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse;
Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours,
De mes prospérités interrompre le cours.
Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe?)
Entretient dans mon cœur un, chagrin qui le ronge :
Je l'évite partout, partout il me poursuit.
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit-; Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée. Comme au jour de sa mort pompeusement parée : Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté. Même elle avait encorcet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage ' Pour réparer des ans l'irréparable outrage :
i Le Syrien pour le roi de Surie. Le l'ère liAthalie avait été tue dans un combat contre ce prince. (G.)
2 Ce songe est un morceau achevé; jamais on n'a su narrer et peindre une foule d'objets différents avec de> traits plus vrais , plus variés, plus énergiques ; et ces traits expriment non-seulement les choses, mais les caractères des personnages... Ce songe a d'ailleurs un mérite unique , il e-t le principal mobile de l'action ; il motive la venue d'Alhalie dans le temple, le désir qu'elle a de voir Joas , elles frayeurs qui l'engagent ensuite à demander cet enfant. Il amène celte discussion où la bassesse féroce de Mathan est mise en opposition avec la bonté courageuse et compatissante d'Abncr; enfin il donne lieu à cette scène aussi neuve que touchante où Athalie interroge Joas. (L.)
s >■ Jéhu vint ensuite à Jezrael; et Jézabel, ayant appris son arrivée, se peignit les yeux avec du noir, mit des ornements sur sa tête, etc. « (IV Bois, ch. IX, V. 30.)
« Tremble, m'a-t-elle dit, fille cligne de moi; « Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi. « Je te plains de tomber dans ses mains redoutables, « INIa fille ! » En achevant ces mots épouvantables, Son ombre vers mon lit a paru se baisser : Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser ; Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chair meurtris et traînés dans la fange ', Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux-.
ABNER
Grand Dieu !
ATCALIE.
Dans ce désordre à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante, Tel qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus. Sa vue a ranimé mes esprits abattus; Mais lorsque, revenant de mon trouble funeste, J'admirais sa douceur, son air noble et modeste, J'ai senti tout à coup un homicide acier Que le traître en mon sein a plongé tout entier. De tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage : Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur, Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur. Mais de ce souvenir mon âme possédée A deux fois en dormant revu la même idée ' !
1 Si l'épithète meurtris se rapportait à chair, elle ne serait ni au masculin , ni au pluriel , elle ne peut se rapporter seulement à os; on ne dit point des os mcur- Iris : il la faut rapporter aux deux mots à la fois. (L. R.)
2 i( Et étant allés pour l'ensevelir, ils n'en trouvèrent que le crâne, les pieds, l'extrémité des mains... Les chiens mangeront la chair de Jézabel dans le cliamp de Jezraël. " (/!' Rois , ch. ix, v. 3.'i et 36.)
3 Le mot idée signilie quelquefois la trace que laisse un objet. Ici il signifie l'image elle-même, c'est-à-dire qu'il est pris dans le sens étymologique; car le mot grec d'où il vient veut dire image, forme visible. Massillon commence ainsi son