ACTE M , SCÈNE V
A d'illustres parents s'il doit son origine, La splendeur de son sort doit hâter sa ruine : Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé ^ Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé? Est-ce aux rois à garder cette lente justice? Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice. N'allons point les gêner d'un soin embarrassant : Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent -,
AB.NER
Hé quoi , Mathan ! d'un prêtre est-ce là le langage ? Moi, nourri dans la guerre, aux horreurs du carnage % Des vengeances des rois ministre rigoureux, C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux ! Et vous, qui lui devez des entrailles de père. Vous, ministre de paix dans les temps de colère. Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment, Le sang à votre gré coule trop lentement '^ !
Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte. Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte? Un songe, un f lible enfant, que votre œil prévenu Peut-être sans raison croit avoir reconnu.
ATIIALIE.
Je le veux croire, Abner, je puis m'être trompée : Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée, Eh bien ! il faut revoir cet eufant de plus près : Il en faut à loisir examiner les traits.
1 Dans ces deux vers, d'ailleurs très-beaux, «on tort et le ton, ont paru trop près l'un de l'autre, le premier étant pris pour l'état, et le second pour la destinée. (ACAD.)
ï Ce vers résume toute la politique des tyrans.
s Suurri, pour accoutumé aux horreurt du carnage , est une expression neuve. Il est douteux qu'on dit nourri au carnage; nourri aux horreurs du carnage n'a rien de choquant. C'est ainsi que les grands écrivains savent faire entrer dans la langue une foule de constructions.
* Et vaut... te sang, etc., espèce d'anacoluthe, ou changement de construction, qui donne plus de mouvement et de force à la phrase.
Qu'on les fasse tous deux paraître en ma présence ' .
ABNER
Je crains...
ATIIALIE.
Manquerait-on pour moi de complaisance ? De ce refus bizarre où seraient les raisons? Il pourrait me jeter en d'étranges soupçons. Que Josabeth, vous dis-je, ou Joad les amène. Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine. Vos prêtres, je veux bien, Abner, vous l'avouer, Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer. Je sais sur ma conduite et contre ma puissance Jusqu'où de leurs discours ils portent la licence : Ils vivent cependant, et leur temple est debout. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout'. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage, Et ne m'irrite point par un second outrage. Allez.