‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 216 sur 260 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance. Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.

Vous êtes sans parents ?

JOAS

Ils m'ont abandonné ' .

Gomment? et depuis quand?

JOAS

Depuis que je suis né.

Ne sait on pas du moins quel pays est le vôtre?

JOAS

Ce temple est mon pays : je n'en connais point d'autre.

Où dit- on que le sort vous a fait rencontrer-?

JOAS

Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.

(Jui vous mit dans ce temple ?

JOAS

Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.

Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin ?

1 " Mon père et ma mère m'ont abandonné. » (P«. xxvi, v. 10.)

2 Athalie épuise toutes les questions de lo curiosité et de la défiance , et ne peut parvenir à surprendre un mot qui l'éclairc sur ce qu'elle cherche. Plus les interrogations sont pressantes, plus on est charmé de la voir toujours confondue par la simplicité des réponses de l'enfant. Quel art dans ce vers :

Parmi des loups cruels prêts à me dévorer! On présume naturellement i\\xe c'est la tout ce qu'ont dit à Joas ceux qui l'ont élevé-, et cela se confirme dans la suite lorsqu'il dit au grand prêtre :

Un malheurcui enfant aiii ours abandonné , etc. On ne l'a point trompé , et il ne trompe point ; mais à combien de choses il fallait penser pour que cela fût ainsi ! (L.)

33i ATHALIE

JOAS

Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? Aux petits des oiseaux il donne leur pâture ', Et sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je l'invoque; et d'un soin paternel Il me nourrit des dous offerts sur son autel.

Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse ! La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce -, Font insensiblement à mon inimitié Succéder... Je serais sensible à la pitié !

ABNER

Madame, voilà donc cet ennemi terrible?

De vos songes menteurs l'imposture est visible, A moins que la pitié qui semble vous troubler ' Ne soit ce coup fatal qui vous faisait trembler.

ATHALIE , à Joas et à Josabeth.

Vous sortez''?

1 Traduction du verset 9 du Psaume cxLvi : « Qui dat escam pullis corvorum invocantibus eum. » (V. act. I, se. i.)

s Rien n'est plus adroit ni mieux placé que ce mouvement de pitié que l'auteur donne à Athalie. 11 est si naturel , si involontaire et si rapide, qu'Athalie peut l'éprouver sans sortir de son caractère; et d'ailleurs le reproche qu'elle s'en fait la rend sur-le-champ à elle-même ; mais ce qu'il y a de plus heureux, c'est que l'impression qu'elle manifeste confirme celle du spectateur, en la justiliaiit. Bien des gens seraient peut-être tentés de se reprocher l'efTet que produit sur eux la naïveté du langage d'un enfant ; mais lorsque Athalie elle-même n'y résiste (las , qui pourrait avoir honte d'y céder? (G.)

3 Cette interprétation est forcée sans doute, et n'en marque que mieux l'empressement d'Abner pour écarter Athalie. Louis Racine, trop prompt à condamner son père, n'approuve pas qu'Abner emploie l'ironie en parlant à la reine; mais il n'y a point d'ironie, il y a de la fermeté et une noble hardiesse dans le langage d'Abner ; il parle de la manière la plus propre à dissiper les frayeurs de la reine, en lui présentant le songe qui l'inqu été comme une illusion méprisable, comme une bagatelle indigne d'occuper une grande âme. (G.)

* Avec quelle adresse Racine coupe ici une scène extrêmement longue, et par là renouvelle l'intérêt '. En voyant sortir Josabeth avec l'enfant, le spectateur respire et croit le danger passé, lorsque tout à coup Athalie, faisant revenir l'enfant, excite de nouvelles alarmes. (G.)

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