ACTE II, SCÈNE VII 33îi
JOSABETH
Vous avez entendu sa fortune ' :
Sa présence à la fin pourrait être importune.
(A Joas.)
Non : revenez. Quel est tous les jours votre emploi ?
JOAS
J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi; Dans son livre divin on m'apprend à la lire; Et déjà de ma main je commence à l'écrire-.
ATIIALIE.
Que vous dit cette loi ?
JOAS
Que Dieu veut être aimé; Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé; Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide; Qu'il résiste au superbe, et punit l'homicide ^
ATIIALIE.
J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu, A quoi s'occupe-t-il ?
JOAS
Il loue, il bénit Dieu.
ATIIALIE.
Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple?
1 II est impossible de dire avec plus de précision , et en même temps plus poétiquement : Vont avez eniendu le récil de tout ce qui lui e$l arrivé. (G.)
ï Quelle sagesse dans toutes ces réponses I et cejiendant il n'y en a pas une qui soit au-dessus de la portée d'un enfant , mais d'un enfant nourri de la lecture des livres saints... Il faut remarquer, avec Geoffroy, que, dans ce second interrogatoire, les réponses de l'enfant deviennent plus fortes et prennent un plus grand caractère; elles sont pour Athalie autant de reproches sanglants qui l'offensent et qui l'irritent. (A. M.) V. la préface.
3 La réponse en elle-n-.éme est parfaite, car il n'y a pas là un mot qui ne soit dans les livres saints ; mais ces quatre vers , comme presque tous ceux que l'auteur met dans la bouche de Joas , ont un mérite théâtral , celui dolltir un rapport sensible, ou avec lui-même, ou avec Athalie. Ici le premier vers, que Dieu veut être aimé , est pour tout le monde; le second et le quatrième sont pour Athalie, et l'application ne lui échappe pas, car elle répond par ce premier mot trés-reniarquable , /^nJencI*. Le trois eme vers est pour Joas. ',L.}
JOAS
Tout profane exercice est banni de son tenaple.
ATIIALIE.
Quels sont donc vos plaisirs?
JOAS
Quelquefois à l'autel Je présente au grand prêtre ou Tencens ou le sel ' ; J'entend chanter de Dieu les grandeurs infinies; Je vois l'ordre pompeux de ces cérémonies.
Hé quoi 1 vous n'avez point de passe-temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous. Venez dans mon palais , vous y verrez ma gloire.
JOAS
Moi 1 des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire 1
Nonjenevous veux pas contraindre à l'oublier.
JOAS
Vous ne le priez point.
Vous pourrez le prier.
JOAS
Je verrais cependant en invoquer un autre.
J'ai mon Dieu, que je sers; vous servirez le votre : Ce sont deux puissants Dieux ^.
1 u Vous assaisonnerez avec le sel tous les gâteaux que vous offrirez, et vous ne manquerez point de mêler à ces oblations que vous offrirez le sel, qui marque la perpétuité de l'alliance de votre Dieu : dans toutes ces oblations, vous offrirez du sel... Vous répandrez de l'huile et vous mettrez de l'encens sur cette oblation, parce que vous l'offrez en sacrifice au Seigneur. » ( Léviii que ,ch. ii, v. 13 et 15.)
^ Absurdité qui était celle du paganisme. Il n'y avait , avant la révélation, qu'un peuple au monde qui ne connût qu'un seul Dieu. Aussi l'enfant répond-il comme pourraient répondre les plus grands philosophes de tous les siècles, qui ont conçu l'unité nécessaire de l'Être suprême. Mais ce qu'il y a ici déplus admirable, c'est le courage naïf de cet enfant qui ne veut pas suivre une reine dans son palais, parce qn'elle ne prie pas Dieu.(,L.)