ISMAEL
Quoi ! cet entant aimable...
JOAD
Est des rois de Juda l'héritier véritable, Dernier-né des enfants du triste Ochozias, Noiuri, vous le savez , sous le nom de Joas. De cette fleur si tendre et sitôt moissonnée Tout Juda, comme vous, plaignant la destinée, Avec SCS frères morts le crut enveloppé. Du perfide couteau comme eux il fut frappé : Mais Dieu du coup mortel sut détourner l'atteinte, Conserva dans son cœur la chaleur presque éteinte, Permit que, des bourreaux trompant l'œil vigilant, Josabeth dans son sein l'emportât tout sanglant. Et, n'ayant de son vol que moi seul pour complice. Dans le temple cachât l'enfant et la nourrice.
I « La septième année, Joïada envoya quérir les centeniers et les soldats; il les lit e:itrer dans le temple du Seijfneur, et lit un traité avec eux, et leur lit [irêter 1^ serment dans la maison du Seigneur en leur montrant le lils du roi. " [IV hoh. (h. XI, V. V.)
- <• Voilà le fds du roi ; c'est lui qui doit régner, selon ce que le Seigneur a prononcé en faveur de tous les descendants de David. ■> (Il Paralip., ch. xxiii, V. 3.}
372 ATHÂLIE
JOAS
Hélas 1 de tant d'amour et de tant de bienfaits, xMon père, quel moyen de m'acquitter jamais?
JOAD
Gardez pour d'autres temps cette reconnaissance.
Voilà donc votre roi , votre unique espérance :
J'ai pris soin jusqu'ici de vous le conserver;
Ministres du Seigneur, c'est à vous d'achever.
Bientôt de Jézabel la fille meurtrière,
Instruite que Joas voit encor la lumière ,
Dans l'horreur du tombeau viendra le replonger :
Déjà, sans le connaître, elle veut l'égorger.
Prêtres saints, c'est à vous de prévenir sa rage :
Il faut finir des Juifs le honteux esclavage,
Venger vos princes morts, relever votre loi.
Et faire aux deux tribus reconnaître leur roi.
L'entreprise, sans doute, est grande et périlleuse;
J'attaque sur son trône une reine orgueilleuse.
Qui voit sous ses drapeaux marcher un camp nombreux
De hardis étrangers, d'infidèles Hébreux :
Mais ma force est au Dieu dont l'intérêt me guide •.
Songez qu'en cet enfant tout Israël réside.
Déjà ce Dieu vengeur commence à la troubler;
Déjà, trompant ses soins, j'ai su vous rassembler:
Elle nous croit ici sans armes, sans défense.
1 Sans la foi de Joad et la puissance divine, son entreprise ne serait jjas grande ei périlleuse; elle serait téméraire, insensée; et l'extrême disproportion des moyens avec la fin. dépouillerait l'action de tout intérêt. D'un autre côté , si l'on était sûr d'un miracle , il n'y aurait ni terreur , ni pitié ; mais 1 espérance et l.i crainte se balancent : on admire l'intrépidité du grand prêtre, parce que sa confiance en Dieu est fondée, sans qu'il ait cependant aucune certitude du succès , puisque les desseins de Dieu sont impénétrables, et qu'il permet souvent le triomphe de l'impie par des raisons inconnues aux mortels. Toute l'action est donc au plus haut degré intéressante et théâtrale.— Le poète, dit Louis Racine, pouvait mettre ma forte est dans te Dieu ; il a cru pouvoir dire ma force est au Dieu. Non-seulement Racine a eu raison de le croire, mais il a bien fait de préférer ce dernier tour, plus vif, plus poétique et plus dans le génie de l'Écriture. (G.)