‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 26 sur 260 · ACTE II. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE III

J'aime Britannicus. Je lui lus destinée

Quand l'empire devait suivie son hyménée :

Mais ces mêmes malheurs qui l'en ont écarté ,

Ses honneurs abolis, son palais déserté,

La fuite d'une cour que sa chute a bannie,

Sont autant de liens qui retiennent Junie.

Tout ce que vous voyez conspire à vos désirs;

Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs;

L'empire en est pour vous l'inépuisable source ;

Ou, si quelque chagrin en interrompt la course ',

Tout l'univers , soigueux de les entretenir.

S'empresse à l'eflacer de votre souvenir.

Britannicus est seul : quelque ennui qui le presse,

Il ne voit, dans son sort, que moi qui s'intéresse %

Et n'a pour tous plaisirs, seigneur, que quelques pleurs

Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs.

NÉRON

Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie. Que tout autre que lui me paierait de sa vie. JNIais je garde à ce prince un traitement plus doux : Madame, il va bientôt paraître devant vous.

JU.NIE

Ah ! seigneur, vos vertus m'ont toujours rassurée.

NÉRON

Je pouvais de ces lieux lui défendre l'entrée; Mais, Madame, je veux prévenir le danger

1 La course, pour ie tours, parait un mot commandé par la rime, et de plus présente un sens faux. Ln courue des plaisirs exprime leur fuite rapide; le cours . au contraire, signifie leur durée.

î On no dirait pas aujourd'hui s'intéresser dans snn sort, comme on le disait certainement du temps de Racine, puis()u'il ne tenait qu'à lui de dire comme on dirait à présent :

Il m? voit , à son sort , qne moi qui s'intéresse.

L'usage a décidé qu'on s'intéresse dans une affaire d'argent, dans un contir.erce, dans une entreprise, etc., pour dire (ju'on y a un intérêt pécuniaire; et ([u'on s'intéresse à quelqu'un ou a quelque chose, pour dire qu'on y prend un intérêt d'affection ; et il est bon que lusageait tixé cette différence. ( Lx Harpe.)

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OÙ son ressentiment le pourrait engager.

Je ne veux point le perdre; il vaut mieux que lui-même

Entende son arrêt de la bouche qu'il aime.

Si ses jours vous sont chers, éloignez-le de vous,

Sans qu'il ait aucun lieu de me croire jaloux.

De son bannissement prenez sur vous l'offense;

Et, soit par vos discours, soit par votre silence,

Du moins par vos froideurs, faites-lui concevoir

Qu'il doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.

JDiME.

Moi ! que je lui prononce un arrêt si sévère I Ma bouche mille fois lui jura le contraire. Quand même jusque-là je pourrais me trahir, Mes yeux lui défendront, seigneur, de m'obéir.

SÉRON

Caché près de ces lieux, je vous verrai. Madame. Renfermez votre amour dans le fond de votre âme; Vous n'aurez point pour moi de langages secrets; J'entendrai des regards que vous croirez muets : Et sa perte sera l'infaillible salaire D'un geste ou d'un soupir échappé pour lui plaire.

JUNIE

Hélas ! si j'ose encor former quelques souhaits, Seigneur, permettez- moi de ne le voir jamais.

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