‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 28 sur 260 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage. Sans doute la douleur vous dicte ce langage.

BlUTAxNNICUS.

Ce discours me surprend , il le faut avouer :

Je ne vous cherchais pas pour l'entendre louer.

Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable ,

A peine je dérobe un moment favorable;

Et ce moment si cher, Madame, est consumé

A louer l'ennemi dont je suis opprimé !

Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?

Quoi ! même vos regards ont appris à se taire i !

Que vois-je? vous craignez de rencontrer mes yeux !

Néron vous plairait-il? Vous serais-je odieux?

Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux. Madame,

Éclaircissez le trouble où vous jetez mon âme.

Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?

JUNIE

Retirez-vous, seigneur; l'empereur va venir-.

BRITANNICUS

Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m'altendre'?

* Ce vers rappelle celui qu'on a vu un peu plus haul :

J'entendrai des regards qne vous croirez muets.

C'est un nouvel emploi de la même figure, également admirable dans les deux vers. On trouve dans Ovide :

Credidimus lacrymis : an et hx simulare doci'ntur? J'ai cru vos pleurs : les pleurs ont-ils appris à feindre?

Simulare docentur, qui est ici littéralement traduit, est aussi poétique que l'iiémisliche de Racine, ont appris a se laire, et lui en a |)eul-étre fourni l'idée. On sait qu'il marquait avec un crayon, dans les classiques anciens, toutes les expressions figurées dont il croyait pouvoir enrichir notre langue. La Harpe.)

* L'auteur connaissait trop bien son art pour prolonger une situation si pénible : la contrainte de Junie et les angoisses de Brilannicus ne vont que jusqu au point où elles sont supportables pour eux et pour le spectateur. Le poète a gardé la mesure en tout, et lelFetde la scène en dépendait. (Le même.)

* A qui dois-je m'allenire '. La grammaire veut a quoi doii-je m'atleiidre! Racine a préféré ici l'exactitude du sens à celle de la grammaire : il veut dire : lur qui dois-je compter? « Cette raison, en y ajoutant môme celle de 1 euphonie, ne nous parait cependant pas suftisante pour justilierun solécisme. >■ (G.;

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