AGAMEMNON, ARCAS
AGAMEMNON
Oui, c'est Agamenmon, c'est ton roi qui t'éveill(\ Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille '.
ARGAS.
C'est vous-même, seigneur! Quel important besoin Vous a fait devancer l'aurore de si loin? A peine un faible jour vous éclaire et me guide -, Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans l'Aulide Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit? Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit? Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et Neptune '.
I Cette exposition et le plao général de la scène sont empruntes d Euripide; mais, selon la Harpe, l'auteur français y a tant mis du sien , qu on peut dire que le fond n était qu un canevas grossier qu il a brodé d or et de perles. C'est aller im peu loin. La pièce grecque n'est point un canevan yrotnier. mais un chefd'œuvre: on peut l'avouer sans faire tort à la gloire de Racine, car il est supérieur à son modèle.
* Des le début je me sens intéressé et attendri . ma curiosité est excitée par les seuls vers que prononce un simple ofFiiier d'.\gamemnon . vers harmonieux, vers charoiants. tels qu aucun poète n'en faisait alors. Voltaibe.;
3 Autide. dont Racine a fait une province, n'était, suivant Slrabon, qu'une
Iwurgado dépendante de Tanagre; son véritable nom et lit .\ulis. elle s'élevait sur
la partie la plus resserrée du détroit d'Eunpe. aujourd'hui de Négreponf. Son
port était très-vaste. (L.i
* Quels sentiments! quels vers heureux! quelle voix de la nature! s'écrie Vol-
136 IPHIGÉNIE
AGAMEMNON
Heureux qui, satisfait de son humble fortune %
Libre du joug superbe où je suis attaché,
Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché !
ARCAS
Et depuis quand , seigneur, tenez- vous ce langage? Comblé de tant d'honneurs^ par quel secret outrage Les dieux, à vos désirs toujours si complaisants, Vous font-ils méconnaître et haïr leurs présents? Roi, père, époux heureux, fils du puissant Atrée, Vous possédez des Grecs la plus riche contrée : Du sang de Jupiter issu de tous côtés, L'hymen vous lie encore aux dieux d'où vous sortez; Le jeune Achille enfin, vanté par tant d'oracles, Achille , à qui le Ciel promet tant de miracles , Recherche votre fille, et d'un hymen si beau Veut dans Troie embrasée allumer le flambeau. Quelle gloire, seigneur^ quels triomphes égalent Le spectacle pompeux que ces bords vous étalent ; Tous ces mille vaisseaux qui , chargés de vingt rois -, N'attendent que les vents pour partir sous vos lois? Ce long calme, il est vrai, retarde vos conquêtes '; Ces vents, depuis trois mois enchaînés sur nos têtes.
taire. Quel vers, continue la Harpe , que celui qui réuTiit le silence de l'armée, des vents et de Neptune '. Quelle élégance dans tout ce qui précède'.
1 Robert-Garnier avait dit avant Racine :
Oh ! qn'heureuï est celui qui vit tranquillement Dans son petit ménage avec contentement !
Ils empruntent l'un et l'autre la pensée d'Euripide; mais quelle ditrérence dans ces deux imitations '.
2 C'est, je crois, la seule fois qu'on a mis le mot lom avec un nombre déterminé. Je ne connais point de construction plus originale et plus heureusement créée ; et celte vérité dans le langage se dérobe sous l'extrême vérité du sentiment qui a suggéré l'expression. Quelle place tiennent dans ce vers, comme dans l'imagination , ces mille vaisseauxl Grâce au mot tous , il y en a bien plus de mille. (L.)
3 Homère ne fait aucune mention de ce calme, ni même du sacrifice d'Iphigénie.