ACTE I. SCÈNE ( i
Depuis ce coup fatal le pouvoir d'Agrippine Vers sa chute à grands pas chaque jour s'achemine ' . L'ombre seule m'en reste, et l'on n'implore plus Que le nom de Sénèque et l'appui de Burrhus.
ALBINE
Ah ! si de ce soupçon votre âme est prévenue , Pourquoi noûrrissez-vous le venin qui vous tue ? Daignez avec César vous éclaircir du moins.
AGRIPPINE
César ne me voit plus, Albiue, sans témoins' : En public, à mon heure, on me donne audience. Sa réponse est dictée, et même son silence '. Je vois deux' surveillants, ses maîtres et les miens. Présider l'un ou l'autre à tous nos entretiens. Mais je le poursuivrai d'autant plus qu'il m'évite ; De son désordre, Albine, il faut que je profite. J'entends du bruit; on ouvre. Allons subitement Lui demander raison de cet enlèvement • Surprenons, s'il se peut, les secrets de son âme. Mais quoi ! déjà Burrhus sort de chez lui * !
pavore de6xis, Seneca admoiiuisset veuienti matri occurrere. lUi specie pietatis obviam itum dedecori. (T\c. .4 un. XIII, v.)
• Ce vers est une imitation d'un fort beau vers de Corneille, qui, dans Ntcodimf , dit en parltnt de Rome
Sa sagesse profonde S'achemine à grands pas vers l'empire du monde.
Mais t'achemine seul et à la fin du vers ne nie paraît pas d'un aussi bon efl'et qu'au commencement et avec à giandjs pat. Dans Corneille , le vers marche avec Rome . le but oii l'on marche n'est qu'à la fin du vers ; ce doit être l'effet de la phrase , et ici l'inversion le détruit. Le vers de Racine dit bien ce qu'il doit dire ; celui de Corneille rend sensible une grande idée par la figure et par le nombre. (L.)
- Mdtremque transfert ( Nero) in eam domum quae Antoniae fuerat ; quoliesque ipse illuc vent ijret, sepius lurba centunonum, et post brève osculum digrediens. (Tac. Ann. XIII, xviii.)
' Uicier un nileHce! ici Racine ne prend rien a personne , pas même à Tacite ; il peint, comme lui , par des expressions que le génie seul sait rapprocher. (L.>
Cela rappelle le vers de Delille :
Il ne voit que la nuit, n'entend que le silence.
* C«tte expression est réguhëre et satisfaisante : elle instruit parfaitement le