XXVIII JEAN LAHOR
l'enseignement classique. Rien n'avait éveillé chez cet écolier languissant, et plutôt triste, la faculté d'enthousiasme, qui devait plus tard caractériser l'homme. Sorti du collège, il n'eut conscience que d'une chose, son ignorance. Son père, redoutant pour lui la fatigue des études médicales, le destina d'abord au droit; cela lui fit des loisirs. C'est alors qu'il commença à lire. Sa première découverte, la littérature de l'Orient, lui causa une sorte d'éblouissement. Sitôt la licence en droit passée, il alla préparer son premier examen de doctorat à Strasbourg, dont l'école de Droit était célèbre. Dans cette noble cité, limitrophe de deux peuples et de deux civilisations, il eut une révélation nouvelle :
« J'aimai beaucoup l'Alsace. J'avais choisi ma chambre d'étudiant sur le quai Saint-Xicolas, pour avoir sans cesse devant les yeux la miraculeuse flèche de la cathédrale, qui les jours d'été semble une grande fleur rouge montant vers le ciel bleu. Cette cathédrale, que d'émotions elle m'a données avec sa parfaite beauté, ses ténèbres intérieures, ses vitraux d'où tombaient d'éclatantes ou douces clartés mystiques, avec les hauts et puissants piliers et presque égyptiens de son chœur, toute son architecture à la fois si robuste et si fine, et surtout la merveille de la flèche rouge, si follement hardie et si délicieusement ciselée !
« Le dimanche, je me promenais dans les forêts des Vosges ou de la Forêt-Noire, sombres, profondes, mystérieuses, et qui me remplissaient d'un religieux émoi, autant que la nef de ma chère cathédrale. Elles devinrent bientôt à mes yeux comme les temples de cette foi panthéiste qui déjà troublait ma pensée. Un souffle