JEAN LAHOR. XXIX
panthéiste ne me venait-il pas aussi d'au delà du Rhin, que je respirais ardemment, et qui me pénétra de plus en plus?
« Que d'ivresses, — et quelles ivresses! — j'aurai dû, plus tard à cette doctrine panthéiste, surtout quand je communiai en elle avec certains grands poètes de l'Inde et de la Perse, qui pour la traduire ont déployé de si magnifiques images, et qui l'ont exprimée, chantée en des paroles vraiment sublimes, ou toutes rayonnantes, tout enflammées d'adoration ! Je commençai alors à lire Goethe, Heine, Rùckert si inconnu de nous, le Rûckert surtout des Ghazels, et de la Sagesse des Brahmanes. De Gœthe j'admirai jalousement déjà les curiosités infinies, la soif d'universel savoir, le sentiment profond des énergies de la nature, son amour des sciences, autant que de la poésie et de l'art; et ses découvertes en histoire naturelle me semblaient presque aussi belles et glorieuses que ses lieder ou que son Faust.
« Le premier examen de doctorat passé, je quittai à regret Strasbourg, sa cathédrale, ces forêts où j'éprouvais l'horreur sacrée, dont sans doute aussi dut frissonner Berlioz quand il créa, en sa Damnation de Faust, l'Invocation à la Nature. »
Reçu avocat à Paris, il abandonna aussitôt cette profession, pour aborder, tard et d'autant plus énergiquement, l'étude de la médecine. Sa vie, à cette époque, présentait un singulier contraste :
« Mes journées, je les passais à l'hôpital, dans les salles de dissection, devant le spectacle de la souffrance et de la mort; mes soirées, mes dimanches, je les consacrais à écouter de la musique, dont j'étais passionné,