XXX JEAN LAHOR
et à visiter des musées, aimant presque autant qu'elle la peinture, la sculpture, les arts décoratifs, l'architecture même, qui à certaines heures peut-être était mon art préféré. Peu d'hommes, je crois, auront eu plus que moi le sens du rythme, de tous les rythmes, et de la joie qu'ils donnent. Et même la beauté, la perfection du rythme en certaines œuvres de la Nature m'aura souvent émerveillé et troublé à ce point, de me faire douter de mes doutes, de mes négations, et croire encore, par moments, à une Intelligence, à un Esprit, inventeur de ce rythme, comme le Nous conçu par Anaxagore, ou ce Musicien Céleste Waïmorinen, le Dieu suprême de la religion finlandaise. Peut-être, au fond, suis-je moins un poète qu'un musicien...
« Cette existence, avec de tels contrastes, ne cessait d'éveiller ou d'entretenir en moi des mélancolies, des effrois, et des joies, des enthousiasmes aussi, puisque les deux faces de la Vie, la sombre et la rayonnante, continuellement de la sorte réapparaissaient tour à tour. >
C'est parmi ces alternatives étranges que Jean Lahor composa la plupart des poèmes de Y Illusion. Ceux-ci du reste s'imposèrent à lui plus qu'il ne les chercha. Un certain état de trouble et de vibration nerveuse, qui était son moment musical, annonçait toujours chez lui la production poétique, lentement préparée dans l'intérieur subconscient, puis spontanément jaillissante, et alors irrésistible. C'est ainsi que fut écrit le poème capital de Y Illusion, \* Enchantement de 5/:./. Frappé par un admirable sujet qu'il avait entrevu dans le Bagka- ■ /'"(M'm. 'I irait voulu de réaliser le
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poème aussitôt conçu : mais Téclosion intérieure n'était pas faite : il échoua d'abord :
« J'essayai de l'écrire ; rien ne vint. De temps en temps j'y repensais; rien toujours; et je finis par n'y plus songer : c'était trop difficile et trop grand. Mais, après un ou deux ans, je crois, un matin, étant dans ce moment musical dont j'ai parlé, et qui durait depuis quelques jours, ébranlé par de la musique religieuse, par un chant magnifique entendu dans une église où j'étais entré par hasard, voilà que tout le poème commença à sourdre et se répandre comme une source qui s'échappe ; et dans la rue, sous la pluie, sous les giboulées de mars ou d'avril, en marchant ou en des voitures, pendant quarante-huit heures je ne cessai d'en griffonner sur de petits feuillets, les quelques 700 ou 800 vers. J'en coupai beaucoup, et, mon poème fini, corrigé, je courus le montrer, inquiet de ce qu'il pouvait valoir, à Leconte de Lisle, pour qui j'avais une admiration profonde, mais dont je n'ai jamais été, ainsi qu'on l'a prétendu, le disciple. Leconte de Lisle daigna m'écouter, et la lecture finie : moi aussi, me dit-il, je l'avais trouvé et noté, ce passage du Pourana, et ce poème je l'avais rêvé aussi ; vous l'avez fait. »
Malgré ce grand encouragement, Jean Lahor se borna à travailler à sa guise, obscur et isolé. Car ce fut toujours un solitaire. Homme de lettres, au sens mondain ou professionnel du mot, il ne le fut jamais.
« J'avais lu, je lisais très peu de poètes, ma vie scientifique me prenant et m'occupant de plus en plus ; j'en voyais très peu aussi ; mes relations s'étaient portées ailleurs. A cette époque un»; atfection presque *rater-