XXXVI JEAN LAHOR
« Et alors commença à se former en moi la doctrine où je me suis arrêté, du Pessimisme héroïque. »
Arrivé à ce point de son évolution intellectuelle, une foi nouvelle, la foi en la science, va aider Jean Lahor à reconstruire après avoir détruit. Et aussitôt apparaît un nouvel agent d'énergie, la foi en la race.
« Je ne croyais donc plus qu'en la science; mais je croyais absolument en elle, qui m'apportait, si faibles qu'elles fussent, les seules lueurs dont pour moi s'éclairait un peu l'univers. Puis la science, autrement sans doute que les religions saintes, savait alléger aussi les souffrances et la misère humaines, du moins nos souffrances, notre misère physiques. Enfin elle me rendait quelque assurance, quelque orgueil, c'est-à-dire quelque force, en me montrant ce que déjà avaient su faire en ce monde et quand même, l'esprit, la volonté, les énergies de l'homme.
«Alors je compris, et bénis ma race, la race aryenne, qui s'était à certains jours si fièrement et noblement dressée contre la nature mauvaise; qui dans l'Inde, par exemple, avait pris conscience de cette misère, de la douleur des êtres, et avait créé la pitié : qui au mal, à l'injustice universels avait répondu par un idéal sublime d'amour et d'absolue justice: qui, dans l'Inde encore avant reconnu et compris ce qu'était la bête humaine primitive, telle qu'elle est sortie des mains de la nature, et qui toujours demeure, rugit parfois dans l'homme, et d'elle ayant alors conçu l'affreux dégoût, avait rêvé tic la maintenir, de la dompter, de l'adoucir, de la taire moins animale, plus humaine.
JEAN LAHOK. XXXVII
« Et l'âme aryenne dans l'Inde enfin s'était par ses rishis affranchie de la peur et de la tyrannie des dieux représentants de cette Nature souvent folle et méchante; car par la puissance de leur méditation, ils pouvaient s'égalant à eux, les juger, les chasser du ciel.
« Oui, la philosophie, le libre examen, la pensée libre, toutes ces grandes etglorieuses révoltes, nous les avons dues d'abord, ne l'oublions pas, auxAryas et auxAryas- Hindous. Et aux Aryas Grecs, nous les devons aussi ; mais nous leur devons cette révolte, cette victoire en plus, la science, qui audacieusement, en Ionie déjà, commença à interroger la nature comme Œdipe le Sphinx, voulut en scruter les mystères, et un jour peut-être, comme le rêvait le Prométhée, libérer l'homme de tant de fatalités qui l'oppriment. Et les Grecs enfin, avec l'idéal de la science, en rêvèrent un autre, celui de l'absolue beauté, à laquelle la Nature n'avait pas songé davantage qu'à la pitié, à la justice, au bien, c'est-à-dire à l'ordre, à l'eurythmie parfaite en tout, partout et toujours.
« Et des sages de l'Inde à ceux de la Grèce et au dernier, l'un des plus grands, à Marc-Aurèle, mon esprit, sans qu'il s'en rendît compte, avait donc refait le chemin suivi par l'âme ou la pensée aryennes : et la doctrine duPessimismehéroïque,cetteâme, cette pensée, parleurs révoltes conscientes ou inconscientes, la confirmaient, l'affermissaient en moi.
« Ce monde te fait horreur ou t'ennuie : crée-loi ion monde » ; et il fallait dès lors créer ce monde où enfin régneraient, l'ordre, l'amour, la justice, la beauté; et un tel rêve, gloire au moins de mon néant humain, don-