‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 26 sur 85 · XLII JEAN LAHOR · texte numérisé non relu

XLII JEAN LAHOR

elle préparait l'avenir; son patriotisme avait la vigueur, l'inébranlable constance de celui de la République Romaine : c'était l'Angleterre, et je l'admirai de plus en plus. J'y allai longtemps toutesles années. Je m'étais épris de Shakespeare ; nul poète d'aucun temps, Valmiki, Eschyle même, ne me paraissaient plus grands. Il est le seul que je ne cesse de relire.

« C'est que pour moi, il a tout vu et compris, tout, de l'homme et de la vie, celui qui a proféré ces étonnantes paroles :

« Nos divertissements sont finis. Nos acteurs, je « vous en ai prévenus, étaient tous des esprits ; et ils se « sont fondus en air, en air subtil. Un jour, de même « que l'édifice sans base de cette vision, les tours coiffées « dénuées, les magnifiques palais, les temples solennels, « ce globe immense lui-même, et tout ce qu'il contient, « se dissoudront sans laisser plus de vapeur à l'horizon « que la fête immatérielle qui vient de s'évanouir ! Nous « sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre « petite vie est tout enveloppée de sommeils... »

L'admiration pour l'Angleterre (que d'ailleurs l'Angleterre lui a rendue), conduisit Jean Lahor à des relations suivies avec William Morris, Hurne- Jones. 11 connut Ruskin. Mais il n'avait pas attendu de le connaître pour pratiquer et enseigner la religion de la Beauté. Et le premier, il annonça et caractérisa, avec une pénétration singulière, la révolution artistique qui s'accomplissait sous les auspices de Ruskin et de Morris. Et ceci le conduisit à son dernier stade, celui de « . . I>. Social».

« Avant de connaître Ruskin je révais en France déjà

JKAN LAHOR. XLIII

pour les foules populaires et pour tous, ce qu'il avait rêvé en Angleterre, non certes de fonder cette religion de la Beauté dont on semble rattacher à lui l'origine, et qui me paraît exister depuis la Grèce etla Renaissance, mais de donner ou de rendre à la beauté, comme aux temps des Grecs, toute son influence sociale, et de faire participer à ses joies, à l'illumination qui vient d'elle, le peuple qui ne la connaît plus, enfin d'associer ce peuple de nouveau à la création de l'œuvre d'art, lui qui en art, depuis 89, n'a plus rien créé, et dont la barbarie artistique apparaît aujourd'hui si profonde et désolante.

« Evadé, non du pessimisme, non du nihilisme, mais de cette nuit, mais des épouvantes, mais de la mort, où de de telles doctrines m'auraient pu laisser, j'avais donc retrouvé une raison d'être à ma vie, et c'était la poursuite en tout, partout, toujours, de cet idéal que j'avais conçu, d'ordre parfait, de parfaite eurythmie.

« L'ordre, que Gœthe aussi ne cessa d'honorer, cet ordre et cette eurythmie je les voulais en toute chose, et c'est ainsi, que sans l'obtenir toujours, j'aspirais à la perfection dans mes vers. Je les voulais également dans la cité comme je les eusse voulus dans toute la nature ; et dès lors je m'associai aux artistes pour créer partout de la beauté, aux hommes de justice et d'amour pour créer partout de la justice; et je m'associai aux hommes de science, aux médecins, pour créer ou recréer l'eurythmie dans la forme humaine, et peut-être ainsi dans la pensée et l'âme.

« L'eurythmie, Tordre, c'est donc ce qui devint l'idée directrice et fit l'unité de mon œuvre.»

Désormais possédé par cette idée et lui subordonnant

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