XLIV JEAN LAHOR
tout, — sans d'ailleurs abdiquer les tâches professionnelles du médecin, et au contraire en les pénétrant d'une arrière-pensée nouvelle d'apostolat social — Jean Lahor visita à diverses reprises, outre l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne, la Russie ; il vit l'Espagne, la Turquie, la Roumanie, l'Algérie, l'Egypte, étudiant de près les musées et les manifestations d'art, auscultant de plus près encore les hommes, les mœurs et les races : l'action, et l'action bienfaisante, devenait de plus en plus le pôle de sa vie. Là-dessus s'achève sa confession :
« La doctrine de mon Pessimisme héroïque devenait de plus en plus la règle de ma vie, et de plus en plus je m'attachais à l'action, me détachant de la littérature.
«Quelques-unes des conclusions de cette doctrine, je les rappelle ici : Tout craindre et ne rien craindre; malgré ce qui nous attend, vivre quand même d'une vie haute, intense; vivre, comme si l'on ne devait jamais mourir; agir, comme si l'on pouvait toujours vaincre; n'être la dupe de rien, de l'homme ni de la vie, et ne pas craindre cependant de le paraître quelquefois; ne se résigner jamais qu'à l'inévitable, et s'y résigner alors sciemment, vaillamment, tel qu'un stoïcien: vouloir développer sans limites toutes ses énergi tantes;
et travailler, sans cesse lutter pour l'Idéal; par l'œuvre d'art, par la création du beau, par le rêve, par la science, par les vertus, par l'héroïsme, élever ainsi, ennoblir, diviniser quelque peu cette existence d'un jour; ou simplement encore, et courageusement, comme les humbles, accomplir le simple devoir quotidien.