LITANIES DE L'AMOUR
Amour, dispensateur du ciel et de l'enfer, Eros, aux yeux changeants et beaux comme la mer, Eros, qui sais dompter les âmes les plus fortes, Dieu corrupteur, par qui tant de races sont mortes.
Dieu des forfaits obscurs et des subtils poisons, Habile instigateur des longues trahisons, Rusé, fourbe, malin, ami de l'adultère, Sois béni, Dieu Sauveur, qui consoles la terre !
Amour, brûlant Amour, qui par les nuits d'été Souffles en nous les chauds désirs de volupté, Dieu des baisers aigus et des tendres morsures, Sans fin, oh ! sois béni du fond de nos luxures!
l'illusion.
Amour, mystérieux Amour, Dieu tout-puissant. Dont les autels toujours restent couverts de sang, Qui conseilles si bien la traîtrise et les crimes, Éros, roi des hauteurs, Eros, roi des abîmes,
Oui certains soirs en nous mets, comme un vin trop fort, L'ennui d'être et la soif horrible de la mort, O Maître, sois béni, Démon qui nous affoles Par l'ensorcellement des yeux et des paroles !
Toi qui fais succomber les plus fiers d'entre nous, Et qui les fais pâlir et tomber à genoux. Pieux, tremblants devant la plus vile des femmes. Amour, oh! sois béni. Dieu contempteur des âmes!
Dieu des pleurs convulsifs et des spasmes ardents Dont les plaisirs parfois nous font grincer les dents. Béni sois-tu, Seigneur, qui protèges les mâles, Tranquille immolateur des virginités pâles!
Dieu qui mêles, broyant les lys des seins neigeux, lTn acre goût de mort aux douceurs de tes jeux, Qui repais tes regards des pudeurs abattues, O Roi, doux et sanglant, qui fais naître et qui tues.
LITANIES DE l' AMOUR.
Éros, Dieu des langueurs et des énervements, Oui de vertige emplis les yeux fous des amants, Et sèmes tour à tour la tendresse et la haine, A jamais sois béni par la souffrance humaine!
Toi qui créas la vie et détiens ses secrets, Roi qui troubles les airs, les mers et les forêts, Et dont l'appel fatal convie aux mêmes fêtes Le troupeau des humains et la foule des bêtes,
Par les clameurs des cerfs bramant au fond des bois, Par les rugissements, par les chants et les voix, Par les sanglots, les cris d'extase ou de détresse, Sois béni pour l'angoisse et béni pour l'ivresse !
Dieu foudroyant, sur nous tombant comme l'éclair, O Dieu clément aussi, Dieu bon au regard clair, Sois à jamais béni : les cœurs qui sont ta proie Fondent en des soupirs et des larmes de joie!
Eros, par qui les soirs alanguis et charmés Unissent leur frisson aux voix des bien-aimés, Par ce frisson des soirs, par ce trouble des choses, Par les lys expirants et les bouches des roses,
Par la splendeur des yeux de passion chargés,
Par leurs baisers muets longuement échangés,
Par les lèvres, les mains qui se cherchent dans l'ombre,
Sois béni, Dieu charmant des caresses sans nombre !
Dieu propice aux amants pour qui s'épanouit
La féerie étoilée et pâle de la nuit,
Puisque rien n'est encor plus vrai que tes mensonges,
Je bénis ta pitié, qui nous donne des songes.
Dieu qui sais évoquer les êtres du néant. Et pousses affamé ce tourbillon béant Vers tes communions et tes saintes orgies, Magicien, oh! sois béni pour tes magies!
O Dieu si tendre, Amour, Dieu des nuits de printemps, Dieu qui gonfles les cœurs et les fais haletants, Oui rapproches les fronts, les poitrines, les lèvres, Dont toute vierge appelle et. folle, veut les fièvi
Dieu cruel et Pieu bon, oh ! par moi sois béni ! Torture tout mon cœur d'un désir infini ; .le suis ton confesseur altéré de supplia Sans fin fais-moi goûter tes amères déli