PREFACE
par une pente que je crois fatale, vers la conceptio?i pessimiste et nihiliste de V univers. »
Le voilà donc nihiliste : second stade. La pathologie, Darwin, le spectacle des hôpitaux, V évanouissement et la résolution successive des sciences les uns en les autres, pour aboutir à la notion d'un perpétuel devenir et de V irréalité de toutes les apparences, tout cela V amène au mot terrible du Bouddha, « la forme est vide, et la connaissance est vide ». La vie avec son aspect fantômal n'est donc plus qu'un rêve, et celui-ci est la seule réalité. Le coup d'œil que le poète jette alors sur les choses est d'une singulière profondeur. M. Chevrillon le caractérise ainsi, dans une belle étude sur Shelley : « Shelley regarde la Nature, et soudain elle lui apparaît un fantôme. Rien déplus rare que ces brusques et profonds coups d'ivil de voyant. En France, Jean Lahor, qui par certains côtés le rappelle, semble seul les avoir connus ; et la Nature pour lui, peuplée de pâles figures lumineuses, demi-noyées dans une pénombre, est bien plus une Afaïa, que celle de Lcconte de Liste, d'un relief si fort et si précis. »
4 lu fond de ce Néant, va-t-il s enliser ? Il le pourrait certes, et il en a sans doute été tenté. L'épicurisme, le nirvana, ne lui offrait-il pas son abri? Mais le sang trop actif de l'arya latin devait réagir