‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 71 sur 85 · MOÏSE · texte numérisé non relu

MOÏSE

Né des autres, qui marche à travers la nature,

Comme eux tous, ne songeant qu'à trouver sa pâture,

Et, le ventre content, qu'à se coucher en paix.

J'ai voulu Véveiller de son sommeil épais :

Mais ces volontés-là resteront longtemps vaines,

Car le vieux sang toujours coulera dans ses veines,

Le vieux sang de la bête au fond de l'être humain ;

Et tout cela pourtant est l'œuvre de ta main !

Oh ! je voudrais dresser mon front jusqu'aux étoiles,

M'élever jusqu'à toi, pour déchirer les voiles

Oui te couvrent, frapper à tes portes d'azur,

Et, tête haute, entrait dans le palais obscur

Où tu vis, te chercher, te forcer d'apparaître,

Et savoir à la fin, ô Roi, qui tu peux être ! »

— Et Moïse, disant ces mots, se releva. Qui pourrait révéler ce qu'ensuite il rêva? Et le vieillard debout, rappelant la stature Des animaux premiers de l'antique nature, Apparaissait si grand alors sous le ciel bleu Qu'il semblait de puissance à lutter avec Dieu.

— Cependant la nuit pâle enveloppait le monde De ses fraîcheurs, la nuit versait sa paix profonde

to8 L ILLUSION.

Sur les êtres; la lune aimante dans les cieux Brûlait, et le désert dormait silencieux. Moïse, le matin, descendit dans la plaine, Et, malgré les dégoûts dont son âme était pleine, 11 rendit, tout le jour, la justice -aux Hébreux, Il bénit les mourants, il toucha les lépreux, Et prêcha la pitié pour la misère humaine. Et Moïse mourut après une semaine.

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