‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 72 sur 85 · LA PITIE DU BOUDDHA · texte numérisé non relu

LA PITIE DU BOUDDHA

« Prends un peu de repos dans la maison d'été De mes seins, pleins de senteurs douces ;

Mes cheveux te feront un tapis velouté, Aussi frais que celui des mousses.

« Arrête-toi ; ta joue est si pâle, tes yeux Laissent voir que ton esprit souffre ;

Pourquoi sans mouvement regardes-tu les cieux, Comme effrayé devant leur gouffre ? »

Le Bouddha répondit : « Femme, retire-toi ;

Toutes les voluptés sont vaines, Et rien n'existe plus de commun entre moi

Et les apparences humaines.

« La fraîcheur et la paix, elles sont dans la mort.

Vous, femmes, dont la beauté règne Sur les mondes, il faut que le sage au cœur fort

Toujours vous évite et dédaigne ;

« Car c'est votre beauté qui transmet le néant, C'est par son attrait que nous sommes,

Et c'est pitié qu'ainsi du désir d'un moment Naissent les misères des hommes ! »

Et, triste, le Bouddha poursuivit son chemin.

Or, après de longues années, Il revit, mendiante et qui tendait la main,

La courtisane aux chairs fanées.

Il aborda, le cœur aimant comme toujours, Et les yeux bons, cet être immonde,

Et lui dit : >< O ma sœur, où sont donc tes amours? Comprends-tu le néant du monde?

« Autrefois, je t'ai fuie, alors que la splendeur

De ta forme attirait les âmes ; Je reviens, aujourd'hui que l'on craint ta laideur

A l'égal des choses infâmes.

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