‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 73 sur 85 · LA PITIE DU BOUDDHA · texte numérisé non relu

LA PITIE DU BOUDDHA

« Et maintenant, ma sœur, sais tu que tout est vain. Que toute forme n'est qu'un songe,

Et que le monde entier, comme le corps humain, N'est rien qu'un douloureux mensonge?

« Mais puisque tu gémis désormais sans beauté, Prends, ô ma sœur que l'on repousse,

Un peu de paix, que t'offre en sa maison d'été Mon âme aux âmes toujours douce. »

ArNQSTÛ 8EQ

Je n'avais droit à rien, et tu m'as tant donné. Ma pensée et mes sens, mes yeux et mes oreilles. Pour voir et pour entendre, à jamais étonné, Mus du rythme éternel, l'Espace et ses merveilles.

Je n'avais droit à rien, et de toi j'ai reçu,

Etre inconnu, par qui je suis, je vis et rêve, La vision du monde un court moment perçu. Et l'amour, dont la joie infinie est si brève.

Oh ! que suis-je, et qu'es-tu ? Je ne le puis savoir ; Mais je te remercie, aux confins de la tombe, De m'avoir tant donné, m'ayant fait entrevoir Tes gloires d'or, avant la nuit où je retombe :

ATNÛ2TQ 8EÛ. ii3

D'avoir permis qu'à moi, le fantôme d'un jour, Ainsi ta beauté vague ait été révélée, Et d'avoir enflammé d'une goutte d'amour Ma bouche, que bientôt la mort aura scellée.

Qu'avais-je mérité ? rien, et tu m'as béni ;

Comment et pourquoi moi, surtout moi, non tant d'autres,

Oui n'ont vu que le mal en ton Etre infini,

Et tes laideurs pour eux à l'image des nôtres?

Et bien que vil, comblé sans cesse de tes dons, Mais songeant aux damnés, j'étais fou de blasphèmes ; Les regrettant, j'implore aujourd'hui tes pardons, Et tremble, avant si mal mérité que tu m'aimes.

Page 1