‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 75 sur 85 · LE SAGE · texte numérisé non relu

LE SAGE

Il savait qu'eux aussi les Dieux devaient périr,

Que tous étaient encor plus vains que nous ne sommes,

Et qu'un mot suffirait pour faire évanouir

Ces fantômes créés par le songe des hommes.

Et, proche de la mort, le Sage dit un jour :

« Tous ces Dieux, mon dédain les a trop laissés vivre.

J'élargirai le cœur des hommes par l'amour ;

Mais il est temps qu'enfin mon esprit les délivre ! »

— Alors il aperçut, sanglotante, étouffant, S'affaissant sous le poids trop lourd de sa souffrance, Une femme qui, près du cercueil d'un enfant, Les yeux au ciel, cherchait sa dernière espérance.

Et le vieillard pensa : « Le silence vaut mieux... Quel mot consolerait cette âme qui succombe? » Et, n'osant pas encor faire écrouler les deux, Les deux doigts sur la bouche, il entra dans sa tombe.

Vers stoïciens.

Homme, un jour, tu naquis bestial et farouche, Impur, sombre, mauvais : aime la pureté; Fais couler le pardon et l'amour de ta bouche ; Aspire, libre et fort, à la sérénité.

Puisque, infime artisan d'un sublime prodige, Tu créas l'art divin cl la beauté des lois, Ta noblesse présente à tout jamais t'oblige : Achève de tuer la bète d'autrefois.

Que les pouvoirs obscurs d'un monde élémentaire Connaissent grâce à toi le rythme harmonieux ; là si, tous les Dieux morts, tu restes solitaire. Garde au moins les vertus que tu prêtais aux Dieux !

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