‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 11 sur 124 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

POIRIER

Oh ! monsieur Verdelet ! vous êtes un homme de bel esprit et de beaux sentiments ; vous avez lu des livres amusants ; vous avez sur toutes choses des opinions particulières ; mais, en matière de sens commun, je vous rendrais des points.

VERDELET

En matière de sens commun ... tu veux dire en matière commerciale. Je ne conteste pas : tu as gagné quatre millions tandis que j'amassais à peine quarante mille livres de rente.

POIRIER

Et encore, grâce à moi.

D'accord ! cette fortune me vient par toi, elle retournera à ta fille, quand ton gendre t'aura ruiné.

POIRIER

Quand mon gendre m'aura ruiné ?

VERDELET

Oui, dans une dizaine d'années.

POIRIER

Tu es fou !

VERDELET

Au train dont il y va, tu sais trop bien compter pour ne pas voir que cela ne peut pas durer longtemps.

POIRIER

Bien, bien ; c'est mon affaire.

VERDELET

S'il ne s'agissait que de toi, je ne soufflerais mot.

POIRIER

Et pourquoi ne souffleriez-vous *) mot? vous ne me portez donc aucun intérêt ? cela vous est égal qu'on me ruine, moi qui ai fait votre fortune ?

je vous rendrais des points = je kiint niet in îuijn schaduw siaan : Au train dont il y va = zooals hij te werk gaat

') Remarquez ce changement de tu en vous qui indique la mauvaise humeur ironique de Poirier.

Qu'est-ce qui te prend ?

POIRIER

Je n'aime pas les ingrats !

VERDELET

Diantre ! tu te rattrapes sur moi des familiarités de ton gendre. Je te disais donc que, s'il ne s'agissait que de toi, je prendrais ton mal en patience, n'étant pas ton parrain : mais je suis celui de ta fille.

POIRIER

Et j'ai fait un beau pas de clerc en vous donnant ce droit sur elle.

VERDELET

Ma foi ! tu pouvais lui choisir un parrain qui l'aurait moins aimée !

POIRIER

Oui, je sais . . . vous l'aimez plus que je ne fais moi-même . . . C'est votre prétention ... et vous le lui avez persuadé, à elle.

VERDELET

Nous retombons dans cette litanie ? Va ton train !

POIRIER

Oui, j'irai mon train. Croyez-vous qu'il me soit agréable de me voir expulsé, par un étranger, du cœur de mon enfant?

VERDELET

Elle a pour toi toute l'affection . . .

POIRIER

Ce n'est pas vrai, tu me supplantes ! elle n'a de confiance et de câlineries que pour toi.

C'est que je ne lui fais pas peur, moi. Comment veux-tu que

cette petite fille ait de Fépanchement pour un hérisson comme

toi ? Elle ne sait par où te dorloter, tu es toujours en boule.

tu te rattrapée toi m o i - Je verhaalt op mij ; u n b e a a i> b s >1 e clerc = een domme zet; litanie gezanik ; Val o a train = ga je «ans; « n p p 1 a n t e r = venlringcn ; c à 1 i n e r i e a tliktlooierijcn : b t; r i sbod = egel; tu es tou j <> a r s e n boni e = je bent nooit goed te spreken

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