‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 14 sur 124 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

étourneau ; la légèreté de son caractère le met à l'abri de toute espèce d'entêtement. Quant à ses traditions de famille, s'il y tenait beaucoup, il n'eût pas épousé mademoiselle Poirier.

VERDELET

C'est égal, il eût été prudent de le sonder à ce sujet avant le mariage.

POIRIER

Que tu es bête ! j'aurais eu l'air de lui proposer un marché; il aurait refusé tout net. On n'obtient de pareilles concessions que par les bons procédés, par une obsession lente et insensible . . . Depuis trois mois, il est ici comme un coq en pâte.

VERDELET

Je comprends : tu as voulu graisser la girouette avant de souffler dessus.

POIRIER

Tu l'as dit, Verdelet. (A Antoinette.) On est bien faible pour sa femme, pendant la lune de miel. Si tu lui demandais ça gentiment.

ANTOINETTE

Je n'oserai jamais parler à mon mari d'une chose si grave.

POIRIER

Ta dot peut cependant bien te donner voix au chapitre.

ANTOINETTE

Il lèverait les épaules, il ne me répondrait pas.

VERDELET

Sans avoir directement à se plaindre de Gaston, qu'elle aime, Antoinette s'aperçoit pourtant bien que son mari la traite un peu légèrement.

Voyons, ma fille, explique-toi franchement avec tes vieux amis. — Tu as du chagrin.

étourneau = onbezonncn jongmensch (spreeuw); sonder — ondervragen (pijlen); il est ici comme un coq en pâte = hij lceft hier al.s God in Frankrijk ; graisser la girouette = de weerhaan Bmeren

ANTOINETTE

Je n'ai pas le droit d'en avoir . . . mon mari est très doux et très bon.

Eh bien, alors ?

VERDELET

Est-ce que cela suffit ? Il est doux et bon, mais il ne fait guère plus attention à toi qu'à une jolie poupée, n'est-ce pas ?

ANTOINETTE

C'est ma faute. Je suis timide avec lui. Je suis sûre qu"il me prend pour une pensionnaire qui a voulu être marquise.

POIRIER

Cet imbécile !

VERDELET

Que ne t'expliques-tu à lui ?

ANTOINETTE

J'ai essayé plusieurs fois ; mais le ton de sa première réponse était toujours en tel désaccord avec ma pensée, que je n'osais plus continuer. Il y a des confidences qui veulent être encouragées ... Tu dois comprendre cela, mon bon Tony ?

POIRIER

Eh bien, et moi, est-ce que je ne le comprends pas ?

ANTOINETTE

Vous aussi, mon père. Comment dire à Gaston que ce n'est pas son titre qui m'a plu, mais la grâce de ses manières et de son esprit, son humeur chevaleresque, son dédain des mesquineries de la vie? comment lui dire enfin qu'il est Thomme de mes rêveries, si, au premier mot. il m'arrête par une plaisanterie?

POIRIER

S'il plaisante, c'est qu'il est gai, ce garçon.

Non, c'est que sa femme l'ennuie.

pensionnaire = kostschoolnieisje ; m e sq ui n e ri e s = kleingeestighed<-n

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