‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 23 sur 124 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

POIRIER

Elle est résolue depuis longtemps, monsieur le marquis.

LE DUC

Nos droits sont abolis, mais non pas nos devoirs. De tous nos privilèges il ne nous reste que deux mots, mais deux mots que nulle main humaine ne peut rayer : Noblesse oblige. Et, quoi qu'il arrive, nous resterons toujours soumis à un code plus sévère que la loi, à ce code mystérieux que nous appelons l'honneur.

POIRIER

Eh bien, monsieur le marquis, il est heureux pour votre honneur que ma probité paye vos dettes. Seulement, comme je ne suis pas gentilhomme, je vous préviens que je vais tâcher de m'en tirer au meilleur marché possible.

GASTON

Ah ! vous serez bien fin si vous faites lâcher prise à ces bandits : ils sont maîtres de la situation.

POIRIER

Nous verrons, nous verrons. (A pari) J'ai mon idée, je vais leur jouer une petite comédie de ma façon. (Haut.) Je ne veux pas les irriter en les faisant attendre plus longtemps.

LE DUC

Non, diable ! ils vous dévoreraient. Poirier sort.

On annonce les témoins de Pontgrimaud. Heetor sort pour régler avec eux l'heure du duel et Gaston explique à sa femme cette absence en lui disant qu'ayant gagné à Pontgrimaud une grosse somme il lui a promis sa revanche.

Restée seule avec son mari, Antoinette lui demande ce qu'elle doit l'aire pour lui plaire.

ANTOINETTE

Je ne me fais pas d'illusion sur moi-même, je sais tout ce qui me manque pour être digne de vous . . . mais, si vous vouliez prendre la peine de diriger mon esprit, de

rayer = doorschrappen

l'initier aux idées de votre monde, je vous aime assez pour me métamorphoser.

Gaston, lui baisant la main.

Je ne pourrais que perdre à la métamorphose, madame : je serais d'ailleurs un mauvais instituteur. Il n'y a qu'une école où l'on apprenne ce que vous croyez ignorer : c'est le monde. Etudiez-le.

ANTOINETTE

Oui, je prendrai modèle sur madame de Montjay.

GASTON

Encore ce nom!... me feriez-vous l'honneur d'être jalouse? Prenez garde, ma chère, ce sentiment est du dernier bourgeois. Apprenez, puisque vous me permettez de faire le pédagogue, apprenez que, dans notre monde, le mariage n'est pas le ménage ; nous ne mettons en commun que les choses nobles et élégantes de la vie. Ainsi, quand je suis loin de vous, ne vous inquiétez pas de ce que je fais ; ditesvous seulement : „I1 fatigue ses défauts pour m 'apporter une heure de perfection ... ou à peu près."

ANTOINETTE

Je trouve que votre plus grand défaut, c'est votre absence.

Le madrigal est joli, et je vous en remercie.

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