‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 5 sur 124 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ancien marchand de draps, que ma maison est devenue le temple de l'ennui, et qu'il ne reste plus qu'à écrire sur ma porte: „Ci-git Gaston, marquis de Presles!" Détrompe-toi. Je mène un train de prince, je fais courir, je joue un jeu d'enfer, j'achète des tableaux, j'ai le premier cuisinier de Paris. Entre parenthèses, tu dîneras demain avec tous nos amis et tu verras comment je traite ; bref, le mariage n'a rien supprimé de mes habitudes, rien . . . que les créanciers.

LE DUC

Ta femme, ton beau-père, te laissent ainsi la bride sur le cou?

GASTON

Parfaitement. Ma femme est une petite pensionnaire, assez jolie, un peu gauche, un peu timide, encore tout ébaubie de sa métamorphose. Quant à M. Poirier, mon beau-père, il est digne de son nom. Modeste et nourrissant comme tous les arbres à fruit, il était né pour vivre en espalier. Toute son ambition était de fournir aux desserts d'un gentilhomme : ses vœux sont exaucés.

LE DUC

Je pense bien que tu ne t'es mésallié qu'à bon escient.

GASTON

Je t'en fais juge : Tu sais dans quelle position je me trouvais. Orphelin à quinze ans, maître de ma fortune à vingt, j'avais promptement exterminé mon patrimoine et m'étais mis en devoir d'amasser un capital de dettes digne du neveu de mon oncle. Or, au moment où, grâce à mon activité, ce capital atteignait le chiffre de cinq cent mille francs, mon septuagénaire d'oncle n'épousait-il pas tout à coup une jeune personne romanesque dont il se croyait adoré? Corvisart1) l'a dit, à soixante-dix ans on a

la bride sur le cou = volkomen vrij ; pensionnaire = kostschoolmeisje ; en espalier = als leibeoiu ; f o u r ni r = voorzien ; a bon escient = gocd wetende wat je deed

') Médecin français.

toujours des enfants. J'avais compté sans mes cousins.

Je songeai à reprendre du service actif dans le corps des

gendres ; c'est alors que le ciel mit M. Poirier sur mon chemin.

LE DUC

Où l'as-tu rencontré ?

GASTON

Il avait des fonds à placer et cherchait un emprunteur; c'était une chance de nous rencontrer : nous nous rencontrâmes. Je ne lui offrais pas assez de garanties pour qu'il fit de moi son débiteur ; je lui en offrais assez pour qu'il fit de moi son gendre. Je pris des renseignements sur sa moralité ; je m'assurai que sa fortune venait d'une source honnête, et, ma foi, j'acceptai la main de sa fille.

LE DUC

Avec quels appointements?

GASTON

Le bonhomme avait quatre millions, il n'en a plus que trois.

LE DUC

Un million de dot !

GASTON

Mieux que cela: tu vas voir. Il s'est engagé à payer mes dettes, et je crois même que c'est aujourd'hui que ce phénomène sera visible : ci cinq cent mille francs. Il m'a remis, le jour du contrat, un coupon de rentes de vingt-cinq mille francs : ci, cinq cents autres mille francs.

LE DUC

Voilà le million ; après ?

GASTON

Après? Il a tenu à ne pas se séparer de sa fille et à nous défrayer de tout dans son hôtel ; en sorte que, logé, nourri, chauffé, voiture, servi, il me reste vingt-cinq mille livres de rentes pour l'entretien de ma femme et le mien.

LE DUC

C'est très joli, c i zegge : :*i il éf ra y e r il e toul aile «mkoston te betalen

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