‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 57 sur 124 · LE MARQUIS, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, HÉLÈNE

{Hélène, près de la fenêtre ouverte.)

HÉLÈNE

Le soleil a percé le brouillard; le ciel s'est éclairci; les oiseaux chantent sous la feuillée. La belle matinée, mon père !

LE MARQUIS

Oui, la journée s'annonce bien (Se frottant les moins.)

Jamais, je crois, je ne me suis senti si dispos. Décidément la vie est bonne ; ceux qui le nient sont des ingrats.

HÉLÈNE

Que j'aime à vous entendre parler ainsi!

LE MARQUIS

Cet air frais du matin que je respire à pleins poumons, un cerf à courir, ce déjeuner qui me fait les doux yeux, ce luxe qui m'entoure et dont je fus si longtemps sevré ; que sais-je encore? ... ta beauté, ta jeunesse, ta grâce toujours croissante, tout me ravit, et m'encbante et m'enivre . . . Ma fille, ton vieux père a vingt ans.

HÉLÈNE

Que vous êtes bon !

LE MARQUIS

Et toi, n'es-tu pas heureuse?

Oh ! mon père, bien heureuse, puisque votre joie fait ma joie, et que tout me sourit quand je vous vois sourire.

LE MARQUIS

Aimable enfant ! . . . L'existence qu'on mène ici vaut, à tout prendre, celle que nous menions là-bas, au fond de cette ennuyeuse Allemagne.

HÉLÈNE

Cette ennuyeuse Allemagne, vous le savez, mon père, je l'aimais ; et le souvenir m'en est doux. C'est là que je suis née, que j'ai grandi; c'est là que repose ma sainte mère. Cette terre, que vous appeliez la terre de l'exil, était pour moi une patrie; et quand il a fallu lui dire adieu, dois-je vous l'avouer? j'ai pleuré.

LE MARQUIS

Bien obligé ! . . . Tu en parles trop à ton aise. Va, mon enfant, ce fut un triste jour, celui où je me vis forcé de quitter le toit de mes pères, et la France, devenue la proie

d i s p o s = opgeruimd (monter) ; à pleins poumons = met voile teugen ; courir = jagen ; sevré = gespeend

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