‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 12 sur 19 · I. ir · texte numérisé non relu

I. ir

258 HISTOIRE DE l'ORDRE

nobles; et celles qui étoieni du royaume d'Arra* Dâff. gon ou de la Catalog[oe, dévoient être d une extraction si illustre et si avérée, quelles n eussent pas même besoin de foire leurs preuves.

Nous avons dit que les historiens ne nous ont point appris précisément en quel endroit de la chrétienté les religieuses Hospitalières de la mai* son de Jlérusalem setoient retirées, depuis la perte de cette capitale de la Judée. Il y a lieu de présumer que ce fut pour leur servir d'asyle, que cette pieuse princesse, Tannée suivante, fit cette célèbre fondation ; et on est d autant plus porté à suivre ce sentiment, que rétablissement du prieuré de Sixène se fit immédiatement après la perte de la Sainte-Cité. Mais comme , après tout, ce n est ici qu une conjecture fondée uniquement sur la convenance des temps, nous remarquerons seulement, en passant^ que, depuis cette fondation, il s en fit un grand nombre d autres, tant en Catalogne qu en Italie , en France et eu Portugal , dont nous aurons lieu de parler dans la suite.

Le monastère de Sixène devint bientôt le plus célèbre du royaume. Le roi, à la prière de la reine, y attacha de grands biens; le Pape Cëlestin m assujettit ces religieuses^ à lexemple de.< Hospitaliers, à la règle de Saint-Augustin, comm^ on le peut voir dans la bulle de ce souverain pontife, en date de Tan iigS. Leur habillement étoit composé d une robe d ecarlate ou de drap rouge avec un manteau noir à bec, sur lequel

DES CmVALiSBS DB MALTE. ^Sg

éidî la croix hlaache à huit pointes , à TendroiC ' duopor: leur bréviaire étoit particulier. Elles Dt». portoieot à Té^ise des rockets de toile fioe ; et , ni mémoire de la reine , leur foudatrice , pendant l'office et le service ViiviD , elles tenoient A la maiu un sceptre d'argent.

La prieure présentoit aux bénéfices vacans, et poovoit même donner Vhabit d ol)édience' aux prêtres qui desservoient leur église. Elle visite rocore actuellement ses terres avec ses dames a^Mstantes, et se trouve aux chapitres provin-ciaax de l'Ordre en Arragon , y a voix et séance après le châtelain d*Emposte ; et , lorsque le cha*- )Nire de TOrdre se tient à Sarragosse , le chapitre de la cathédrale lui envoyé sa portion cano** niale, comme prébendaire de cette église.

La reine Sanche , après la mort du roi , son mari, se retira dans ce monastère avec une des princesses , aes filles ; et on prétend qu'elles era^ brassèrent, lune et lautre, la profession reli* ni«ue. Gomme nous aurons encore lieu de parler df cette sainte maison , an sujet des changemens (|m arrivèrent, depuis, dans son gouvernement, lions noya contenterons d observer ici que toutes 1*^ vertus chrétiennes s'y prati€{uoient dans un '^"^fé éminent ; que ces Hospitalières se rele* ^"ient à minuit pour chanter les louanges de l^ieo ; que la prière et Foraison y étoient presque < '^ntinuelles , et que ces saintes vierges levoient uicessamment des mains pures et innocentes ^^ri le ciel , pour en attirer le secours sur les ar*

36o . HISTOIIE DE L'ORDRE

mes des chevaliers de Saint-Jean , leurs frères, éi Bu9. demander à Dieu qu'il lui plut de délivrer la sainte Sion de la domination -des infidèles/

Ce pieux désir, alors si général ^ de conteîbuer fin rétablissement du royaume de Jérusalem , fit prendre les armes à la plupart des nations de rEurope; et, pendant que les rois de France et d'Angleterre se préparoient pour cette glorieuse expédition, les plus zélés, sans attendre ces princes , accouroient , de tous côtés , dans la Palestine.

On vient de voir que Guy de Lusignan, à la sortie de sa prison , se trouvant roi sans royaume , s*étoit réfugié d abord dans un château du comté de Tripoli, où il rassembla, depuis, les débris de sa fortune. Godefroy de Lusignan , son ^re, lui amena cl'Occident un nouveau corps de croisés ; difFérens aventuriers ^ Grecs , Latins et Syriens se joignirent a lui; et il se vit en peu 4e temps une petite armée comptée de sept à buit mille hommes dinfanterie et de sept cents chevaux. Ce secours, tout foible quil étoit, lui fit espérer quelque changement dans sa fortune; et , pour se procurer une retraite qui ne dépendit que de lui^ il assiégea Sain t- Jean -d*Acre» place forte , et dont le port pouvoit servir à recevoir les vaisseaux et . le scv^ours des princes d'Occident. Les Hospitaliers et les Templiers se rendirent au camp ; on y vit arriver trois croi* sades particulières, qui précédoient les grandes armées quon attendoit de TEurope. Le land-

DES CHEVALIERS DE MALTE. USi

jçrafe de Tbaringe et le duc de Gueldre com- '.

maodoient la première, toute composée d*Alle- dam. mands: il en vint une autre des peuples du Nord, Danois, Frisons et Flamands : il en arriva une troisième de Fran<;ais, à la tète de laquelle étoient it[ïi priuces de la Maison de Dreux, et un nom--^ bre considérable des plus grands seigneurs du myanme. Il s^ trouva, en même -temps, des Vénitiens , des Lombards et des Pisans : et Con* rard , de la Maison de Montferrat , et prince de Tyr, malgré ses diflRîrends avec Guy de Lusignan, voulat partager les périls et la gloire de cette en^ treprise.

Les Chrétiens commencèrent le siège, et le «^ondnoèrent d'abord avec tout le courage et 'application possible. Saladin a voit mis dans 1» place une puissante garnison commandée par Caracos , ancien capitaine d^une grande réputation, et sous lequel Saladin lui-même, avant que lêtre parvenu à la souveraine puissance, avoit bit «es premières armes. Ce général des infidèles 1190(1 •iUoit des sorties fréquentes; on étoit, tous les louni, aux mains; cetoient moins des sorties fie des combats et des batailles. Saladin , de son mié, «^avança à leur secours, à la tète d une armée formidable ; les Chrétiens sortirent de leurs 'i.Tnes pour le combattre : Guy de Lusignan 'ooimandoit le premier corps, composé de ses U'OQpes particulières , des Français et des cbeva- •î<*rs de Saint- Jean. Le Grand-Mattre des Templlm étoit à la tète de ses confirères ; et les Aile*

♦ '■' ■ mands, les Frisiens et d autres peuples du Nord, l>Ai«.. s^étoieut rangées sous ses Enseigoes. On se battit loB^temps avec une animosité réciproque , et uxî succès BS$ez incertain. Ce qui parolt de plus constant, cest que les Chrétiens, quoiqu'ils eussent perdu le Grand -Maitre des Templiers, et plusieurs relifjieux de son Ordre, ne laissèrent pas de rentrer comme victorieux dans leurs lignes , et que Saiadîn ne put faire lever le siège , (unique objet de son entreprise.

Ce prince ne s occupa depuis qu à empêcher les convois d arriver à Tarmée Chrétienne. La famine s y mit, et elle fut bientôt suivie dune maladie contagieuse. Ces deux fléaux firent périr plus de soldats que le fer ennemi, Guy dé Lusignan se vit enlever successivement quatre jeunes princes, ses enfans, deux princesses, et la reine Sy bille, sa femme, à laquelle il étoit redevable de la couronne.

La mort de cette princesse donna lieu , depuis, à de nouvelles divisions entre le roi, son mari, et le prince de Tyr(i). La reine de Jérusalem n avoit laissé qu une sœur^ appellée Isabelle, qui, à r&ge de huit ans, avait épousé Onfiroy de Thoron, III du nom. Conrard, jeune prince bien fait, plein de courage et d ambition , sçut plaire à cette princesse. On- ne manqua pas de raisons pour rompre les liens qui lattachoient au jeuoe Osifroy : le mariage contracté contre sa volonté,

(i) Cbroniqqe de Nangis, ad annnm 1 190*

DES CHKVALIEES DE MALTE. a63

pent-élre dans an degré, à ce quon prétendoit, prohibé, en fournit le prétexte; c*étoit au moins, "^ImT ai ces temps^là , lasyle ordinaire des époux mé* cooCens. Le mariage de la princesse fut cassé ; et I êvéque de Beauvais » sans égard pour Thonnétetë publique , la maria , le lendemain , avec le priooe de Tyr. En conséquence de cette alliance, ft des droits de la princesse , Gonrard se porta pour roi de Jérusalem. Guy de Lusignan , de son côté, prétendoit que le caractère de la royauté ne sefifiM^it jamais , et que personne , pendant tt vie, n'en pouvoit prendre le titre dans la Pa» leidoe. Pour surcroit de division, Onfroy de Thoron, premier mari d'Isabelle, réclamoit contre la sentence qui avoit cassé son mariage , et De dissimoloit pas ses prétentions à la covhroDoe. Ainsi ce royaume titulaire , et eette sou* veraineté sans sujets, avoit, dans la même armée, et en mème*temps, trois rois, et la reine, àcQx maria vivans. Mais, comme on craignoit qo'ils ne tournassent leurs armes les uns contre les autres , on les obligea de remettre la décision de leurs prétentions au jugement des rois de Fraoce et d'Angleterre, qui étoient partis de teon Ëtata, et qui attendoient, en Sicile, un tcnps favorable pour passer en Orient.

l^ndant le séjour que ces deux princes firent dans cette Ile, Richard ayant entendu parler de Tabbé Joacbim, qui passoit, parmi le peuple, pour un grand prophète , le fit venir à Messine , et le consulta 9ar le succès de la croisade. L'abbé ,

264 HISTOIRE HE L'oR]>RE

sans héditer, lui répondit que la Sainte-Cité ae

D^n. seroit délivrée 'que la septième année depuis la conquête qu^en avoit faite Saladin. Pourquoi donc , reprit le Roi d'Angleterre , sommes^nous ve^ nus sitôt? — Fotre arrivée, reprit Tabbé, étokfort nécessaire; u Dieu vous donnera la victoire sur ft ses ennemis^ et élèvera votre nom au-dessus de « tous les princes de la terre. »

La réputation de ce prétendu prophète étoit fort équivoque ; les uns le regardoient comme un saint ; d autres le traitoient de fourbe. Il y a de lapparence qu'il ajjpssoit de bonne foi, et qu'il y avoit plus de famatisme que d'hypocrisie dans sa conduite: cétoit d'ailleurs un homme de bien , et qui vivoit très austèrement ; mais il s'étoit gâté l'esprit par des méditations, ou pour mieux dire , par des rêveries sur l'Apocalypse. Il se vantoit d avoir la clef et l'intelligence de ce livre divin , aussi parfaitement que Saiot-JeaD qui lavoit écrit. Il prenoit toutes ses visions pour autant de vérités; et si, par hasard, il réussissoit quelquefois dans ses prédictions, il se trompoit encore plus souvent: c'est ce qui arriva sur ce qu'il avoit avancé au sujet de la délivrance de la Terre^Sainte, comme nous le verrons dans la suite.

Cependant l'empereur Frédéric I, quoique âgé de soixante-dix ans, avoit précédé ces princes, et s'étoit mis en chemin immédiatement

23 ayril. ap^è» Pâqucs de l'année 1 189. Ce prince, si di- 089- goe de ce grand titre, après avoir donné la loi

aux Grecs en passaot sur leurs terres ; après avoir défait le sultan dlconium ou de Cogny, qui dap«. « opposoit à son passage , et pénétré jusques dans la CUicie, malgré tous les efforts des Mahométao9, tomba malade et mourut dans cette proûoce, pour s'être baigné dans le fleuve Cidnus, comme quelques historiens le rapportent; dautn» prétendent quil s*y noya. Les Ordres militaires, et surtout celui des Hospitaliers, perdiitot^ dans la personne de Frédéric I, un puissant protecteur, qui, pendant tout son règne, avoic comblé TOrdre en général , et les particuliers de 9e$ grâces et de ses bienfaits.

Leduc de Souabe, son fils, conduisit son armée jusqu^au camp devant. Acre; mais elle y arriva fort diminuée et affoiblie par la fatigue in diemin , par les maladies et par ses propres victoires , qui lui coûtèrent beaucoup de troupes ^t un grand nombre d officiers de considéra-* tion. Les Allemands, arrivant au camp, ne trouvèrent pas Farmée des assiégeans en meilleur état: les sorties continuelles des infidèles I avoient fort affoiblie. Lhistorien de ce siège , et qui nous en a laissé une relation en prose riiiiée(i), rapporte que les chevaliers de Saint-

Il Haspitales milites ab equis descendant^ Ut ursa projiliis, cum Turcis contendunt^ Turci nostrum aggerem per vimhis conscenduni^ Hos sagiisis saucianty hos igné succendunt, Et kosffiutlani equas ascenderuntf Et Turcût à lalere maris invaserunt ,

266 HISTOIRE PE l'oRDRE

p " Jean s'étant apperçus qu0, dans une sortie, les Daps. Turcomans faisoient beaucoup de prisonniers, ces g;énéreux guerriers , semblables , dit*il , à une ourse en fureur à qui on veut enlever Sjes petits , descendirent de leurs chevaux., se jettèrent au milieu des bataillons ennemis y en taillèrent en pièces une partie , rompirent les fers des prisonniers; qu'ils remontèrent ensuite à cheval, et poursuivirent les infidèles jusqu'aux portes delà ville. Mais si les Turcs furent maltraités en cette occasion, le changement dair, la difficulté de recouvrer des vivres, les combats 'continuels qu il falloit soutenir, et les maladies ne coûtoient pas moins de mondç aux Chrétiens , et sur-tout à ceux d'Occident.

Pour comble de disgrâce, le soldat Allemand blessé, et dont on nentendoit point la langue, dans une si triste conjoncture, ne pouvoit faire Gonnoltre ni son mal , ni ses besoins. Quelques gentilshommes Allemands des villes de Brème et de Lobeck, qui étoient venus par mer, touchés de la misère de leurs compatriotes, prirent les voiles de leur navire, en formèrent uoe grande tente, où ils retirèrent d abord les blessés de leur connoissance^ et les servoi eut avec beaucoup de charité. Quarante seigneurs de la

Çuos ad urhis mœnia per vim reduxeruni^ Et ex his infoveis mullos occiderunl,

Monacbî Florentini^ Iconensib episcopî, de récupérait Ptolemaïdç.

mène Dation se joignirent à eux, et fi**CDtr|

comine une espèce cl*b6pital an milieu du camp; dan. ib D avoient alors pour objet que de secourir ceux de leurs compatriotes . qui a voient besoin 4e leur charité: mais, dans la suite, cette noble «ocîëté forma insensiblement, à lexemple des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et des Templiers, un nouvel Ordre Hospitalier et militaire.

Le Pape Gélestia III, à la prière de Fempereur Henri VI , l'approuva , depuis , solemnellement parnoeboUe du a3 février 1 19a. Il prescrivoit, / pour règle, à ces nouveaux cbevaliers, celle de ''^'' Ssint-AugQStin , et pour statuts particuliers, dans tout ce qui rQgardoil le service des pauvres et dei malades , le» statuts des Hospitaliers de Saintiean : à Tégard de la discipline militaire , c étoit cpIIo des Templiers. Cet Ordre nouveau , mais renfermé aniqueméHt dans la nation Germani- <{Qe, fiit Dommé TOrdre des chevaliers Teuto* niques de la maison de Sainte-Marie de Jérusalem.

On loi donna ce nom , parce que dans le temps <]iie la ville de Jérusalem étoit sous la domination des chrétiens Latins , un Allemand y avoit fait bâtir, a ses dépens, un hôpital et un oratoire ^a« 1 m vocation de la Sainte -Vieiige, pour les malades de cette nation. L*habit des nouveaux chevaliers consistoit en un manteau blanc chai|;é <ittQe croix noire; ils étoient astreints aux trois ^œuxaolemnels, comme les Hospitaliers de

368 HISTOIRE ÎDE L'ORORE

" Jean et les TempHers. Avant que de prendre

Ebmevoar

Daps. rhabit, ils dévoient faire serment qu'ils étoient Allemands d extraction et de naissance noble, et s'engager, pour toute leur vie, au service des pauvres et des malades,- et à la défense des saints lieux.

Cetoit lobjet commun de ces trois Ordres militaires, qui furent toujours les généreux déjfenseurs de la Terre-Sainte. Le cardinal de Vitri , historien contemporain , et méine témoin oculaire, parlant de Finstitution de ces trois Ordre^^ • et leur appliquant ce qui est dit dans le livre de TEcclésiastique : Qu'un tissu , formé de trois cordons se rompt difficilement, ajoute aux témoignages qu'il a voit rendus- aux deux premiers Ordres, qu'il avoit plu à la divine Providence den former un troisième , qui n'étoit pas moins nécessaire à la conservation de la Terre-Sainte.

On peut dire que ces trois corps faisoient la principale force de larmée ^ soit qu'il fallût aller en parti , ou repousser les sorties de-'la garnison de Saint-Jean d'Acre : mais , comme ils n'étoient pas soutenus par les croisés divisé» entre eux, le siège a vançoit lentement ; et il étoit même comme suspendu par les différends qui s'étoient élevés entre Guy de Lusignan et le jeune Conrard, dans lesquels tous les croisés avoient pris part, chacun selon son intérêt ou son inclination.

Il y avoit déjà près de 'deux ans qae le siège de la ville d'Acre langnissoit et tralnoit en langueur, quand enfin Philippe II, roi de* France y

DBS^ CHIS^'ALtEBS DE MALTE. 269

mt de nouveaux démêlés avec le roi d'Angle- — ^— Icm avoient retenu jusqu'alors à Messine, pam. BajaoC pu obliger ie prince Anglois, suivant son engagement , à épouser sa sœur, partit brusipement, et parut enfin à la rade de Saint>Iean (licre avec une nombreuse flotte. Ce nouveau secours et la présence du prince qui le commandoit, ranima, pour ainsi dire, toute larmée, composée de nations diiïërentes , que les mœurs , le langage et les intérêts avoient divisées. Le siège prit une nouvelle forme ; le soldat , comme loffider, par une généreuse émulation, cherdioieot à se signaler aux yeux d'un si grand roi Ce prince fit dresser ses machines , qui renver- «reot un pan de muraille, et firent une grande hrêdie. Toute rarmée demandoit, avec de grands cris, de monter à Tassant. Philippe, qui atten» doit, de jour à. autre, le roi d^Angleterre, avec lequel il s'étoit croisé, voulut bien différer* une eatr^Mise dont le succès et la gloire lui étoient ' Sun, pour les partager avec son allié. Mais ces q;anis trop gmiéreux firent retomber Tarmée Chrétienne dans Tinaction; les infidèles s*en pré^ valurent, et firent de nouvelles fortifications daoi le dedans de la place qui se trouva hors dlnittlte à 1 Wrîyéc du roi d*Angleterre.

Ce prince étoit Richard I , qui venoit de suocrder au roi Henri II , son père. La reine Éléo-* (tore, sa mère, lui avoit amené jusqu a Messine, Hérengère, infante de Navarre, quil devoit ^>ouser. Cette princesse et Jeanne d'Angleterre ,

:t70 HISTOIRE DE l'ORDITE

sœur du roi, et veuve de Guillaume II, roi Dap9. Sicile , ayant témoigné qu elles seroient bien ai$es de ibire le voyag[e d*Orient, Richard sépara sa flotte en deux escadres, et fit prendre le devant à celle qui portoit ces deux princesses. Lune et lautre escadre furent battues dune violente tempête, vers TArchipel. Le roi d'Angleterre gagn9 Tile de Rhodes, et Fescadre des princesses znouilla, le jour du vendredi saint, à la vue de Limisso en Chypre ; la tempête brisa même quelques vaisseaux qui échouèrent proche cette place. Le souverain , ou , pour mieux dii*e , le tyran de cette île, étoit, par sa mère, de la Maison impériale des Comnène: 1 empereur Emmanuel lavoit fait gou^serneur de Tîle de Chypre ; mais ce gouverneur se révolta , prit même la qualité d empereur ; et , sous le foible règne dlsaac I^ange, il demeura maître absolu de cette lie. U se trouva par hazard sur les côtes , lorsque Tescadre des princesses y parut. Ce prince, naturellement perfide et cruel , fit piller les vaisseaux Anglois qui a voient échoué sur ses côtes, et mettre aux fers les soldats et les matelots qui tombèrent entre ses mains. Il fut même assez inhumain pour refuser, pendant la tempête, rentrée de ses ports au vaisseau qui portoit les deux princesses. Mais le calme ayant rénni les deUx escadres Angloises, Richard , après lui avoir «nvoyé demander inutilement satisfaetîon d un procédé si barbare, prit terre malgré lui, s'empara de Limisso, tailla en pièces les troupes que

le prince Grec lui opposa , le poursuivit sans ^ ^]^ rrlacbe de place en place, le prit enfin , et le fit Dè.n, prisonnier avec la princesse de Chypre , sa fille vnique; il se rendit maître ensuite de toute Tlle; ft, la vengeance de loutrage, fait aux deux prinoMses, lui valut la conquête dun royaume. Kichard, après une si glorieuse expédition , qui lui avoit coulé moins de temps qu un simple ^-oyage de plaisirs, et avant que de partir de file de Chypre, épousa la princesse de Navarre. Il remit ensuite a la voile avec son prisonnier^ qo'il trainoit à sa suite chargé de fers , comme 00 trophée de sa victoire; ce malheureux prince ir pria den user plus modérément, et le fit sou- «niir de sa naissance et de sa dignité. Le roi (i Angleterre, qui le méprisoit, ordonna en souriant, quoa le liât avec des chaînes d argent, et le prince Grec, aussi vain qu il étoit lâche, s'en inwva soulagé , et les crut moins pesantes, parce quelles étoient diflërentes de celles des autres priionniers. Richard, en arrivant au camp des Chrétiens , le remit entre les mains des chevaiiers de Saint-Jean , qui le firent garder dans lear forteresse de Margat ; et les deux reines , à la prière da roi d'Angleterre, retinrent, auprès <1 elles , la princesse de Chypre , soupçonnée d avoir don né, a son tour, des chaînes d une au- <fe espèce à son vainqueur.

Gomme Tlle de Chypre étoit trop éloignée de <elle d'Angleterre , pour la réunir au corps de cette mooarehîe, Richard la vendit aux Tenp*

272 HISTOIRE DE LORDEE ^

„ pliers pour la somme de 3oo,ooo livres. Ces reli-

1)am. gieux militaires en prirent possession; et, pour assurer leur domination , ils y mirent un corps considérable de leurs troupes. Mais la dureté du ^gouvernement de ces Templiers, et leurs manières hautaines, aliénèrent les esprits de leurs nouveaux sujets. Bailleurs, les Chypriots, qui suivoient le rit 6rec> ne purent se résoudre à obéir à des religieux Latins. Ce fut la source ou le prétexte d'une guerre presque continuelle entre les grands de cet État et les Templiers , qui forent obligés , à la .fîn , d abandonner File , et de la remettre au roi d'Angleterre, comme nous le dirons dans la suite.

Ce prince étoit arrivé au camp des Chrétiens 11"*"' ^^ ^ î^^^ ^® Tannée 119 1. Je n'entrerai point dans le détail de tout ce qui se passa dans ce fameux siège. Les deux rois y firent paroitre une haute valeur ; Richard se distingua sur-tout par un courage déterminé, qui le portoit toujours dans les endroits où il y avoit le plus de périls, et il n'en sortit jamais que victorieux. Mais il y avoit dans ses manières je ne sçais quelle férocité qui le rendoit moins agréable. Ssiladin ne lui cédoit point du côté du courage : aussi intrépide et aussi brave soldat que grand Capitaine , il faisoit, tous les jours, de nouvelles entreprises contre les Chrétiens. Les chevaliers des trois Ordres se trou voient par-tout; les Templiers, dans une de ces occasions , perdirent leur Grand-Maître; et les Hospitaliers de Saint- Jean, plusieurs

de leurs chevaliers : et , parmi ces combats cou- — — tiottek , rOrdre auroitété bientôt éleint, si les d^m. croisades , qui arrivoiént , de temps en temps, de lEarope, ne lui eussent fourni de nouvelles^recrues. Uu grand nombre de jeunes gentilshommes, charmés de la haute valeur des Hospitaliers, preDoient la croix en arrivant d^Occident ; on préieroit même la croix des Hospitaliers à celle ici Templiers , plus fiers et plus hautains qu il De coDvenoit à des religieux : tout le monde vouloit combattre sous les étandards de Saint-Jean : ( étoient autant d^élèves parmi lesquels on chçi- M^<ioit ensuite, pour la profession religieuse^ ceux qui faisoient parottre une plus sincère vo* catioD, et qui s*étoient autant distingués par leur piété , que par leur valeur : deux qualités aux- (jaeiles, dans la réception des chevaliers à la profession religieuse , il seroit à souhaiter que , dans ces derniers siècles , on ne fit pas moins ^'attention qu a la noblesse de leur origine.

Noos avons dit que les infidèles , profitant du délai que le roi de France leur avoit donné, par i^rd pour le roi d^Angleterre , a voient fortifié àt nouveau la place • et lavoient mise hors d'état d'être emportée d assaut. Il fallut recommencer des attaques , qui coûtèrent beaucoup de Aoade : une dyssenterie , qui se mit parmi ces Occidentaux , causée par des fruits dont ils maneeoient par excès, emporta encore un grand nombre de soldats.

La jalousie entre les Français et les Aoglois t. 18

2'ji HISTOIRE DE l'ORDBE

Z ' commença à éclater; et, pour surcrott de mal-

Dam. heur, on vit renaître les anciennes divisions entre Guy de Lusignan et Gonrard de Montferrat. Le roi de France s'étant déclaré pour ce dernier, Richard , roi d'Angleterre , ne manqua pas de prendre le parti de Lusignan ; les princes et les seigneurs, à leur exemple, se partagèrent; et comme les deux Ordres militaires conservoient toujours une secrette émulation l'un contre l'autre , il suffisoit que les Hospitaliers se déclarassent en faveur du roi dé Jérusalem , pour engager les Templiers à quitter son parti, et à embrasser celui du prince de Tyr.

Une mésintelligence si générale laissant moins d attention pour le succès du siège, les évêques qui se trouvèrent au camp, n'oublièrent rien pour étoûfFer ces funestes divisions. Il se tint, à ce sujet , différentes conférences ; enfin on convint que Lusignan conserveroit , toute sa vie, le titre de roi de Jérusalem , mais que le prince de Tyr seroit reconnu, du chef de la princesse, sa fcmiaae, pour héritier nécessaire de la couronne. Les deux prétendans souscrivirent à ces conditiona; mais Gonrard n'en profita point. Ce prince, ayant refusé au Seigneur de la Montagne de lui faire justice d'un vaisseau que les Tyricns lui avoient enlevé, fut, depuis, poignardé par deux Assassins , qui , au milieu des tourmens les plus affreux^ et pendant qu'on les écorchoit tout vife, faisoient gloire d'avoir exécuté les ordres barbares de leur cruel maître.

Lecalme étant rétabli dans larmée Chrétienne, — —

..fi reprit le soin du siège avec une nouvelle vi^ D^^

'ifMir. Les attaques étoîent presque continuelles;

't it^ deux rois, par une noble émulation, pous^

•' rrrit, chacun de leur côté, les ouvrages si vive-

')'at, qu*il y eut bientôt une brèche suffisante

. ur monter à Tassaut. Les in6dèles, après une

'^«i^tance incroyable, voyant les dehors de la

'u^ emportés, leurs tours ruinées, une brèche

ii'iidérable , et les plus braves chevalier^ de

rmée Chrétienne prêts à monter à lassant,

niandèrent à capituler. On donna des otages

i' part et d^autre ; la ville se rendit ; cinq mille

^ rnmes, qui y étoient en garnison , demeuré-

'"it prisonniers avec le gouverneur, à condition

' (re relâchés en faisant rendre la vraye croix

't l<s esclaves Chrétiens qui étoient au pouvoir

•( baladin , sinon que toute la garnison demeu-

"Tf)\i à la discrétion des vainqueurs. Les Chré*

' ''n> prirent possession d*Acre le treizième de

lillet^ et en firent, depuis, leur place d'armes.

'^n y assigna différens quartiers pour tous les

' 'rp4, et pour toutes les nations qui avoient

^'•ntrihué à cette conquête, et qui étoient ca-

; Mn de la défendre et de la conserver: les

HM^pitaliers de Saint-Jean y transférèrent leur

. rinripale résidence , qui , depuis la perte de

l'rtLsaiem, avoit été établie à Margat. Ce fut

'*ns Acre que leur Graud-Mattre, Ermengar

l')(H, termina. Tannée suivante, une vie il-

•'i^lre, qu'il avoîi exposée tant de fois con-

976 HISTOIRE DE l'oRDRE

tre les infidèles, et pour la défense des Cbré-

EnMENO&ll *■

Daps. tiens.

Les Hospitaliers, assemblés en chapitre, lui GoDcrBOT donnèrent , pour successeur , frère Godefrot de PiiiMov l^uissoN, ancien religieux. Il ne tint pas à ce nouveau Grand-Maître que la prise d'Acre ne fut suivie de la conquête de Jérusalem , Tunique ol)jet des croisés; mais la jalousie d'État, la diversité d^intérèts , l'émulation et la haine mirent tant de division parmi ces nations différentes, qu'un si puissant armement ne produisit que la prise d'une seule place. Les croisés, la pinpart volontaires , après un siég^e qui avoit dure près de trois ans, sç retiroient à la file. Philippe, rai de France, fut obligé de quitter la Palestine, et de changer d'air, ne pouvant revenir d'une maladie violente qui n'étoit pas sans soupçon de poison , et qui lui avoit fait tomber les ongles et les cheveux^ Mais, avant que de partir, il laissa, dans l'armée Chrétienne, cinq cents hommes d'armes , et dix mille hommes d'infanterie, sous les ordres du duc de Bourgogne. Les pnocipaux chefs des différentes nations abandonnèrent successivement la Terre -Sainte, qui demeura eu proye aux infidèles. Richard , roi d'Angleterre . avant que de partir , emporta Jaffa et Ascalon ; il fit ensuite une trêve avec les barbares , qui devoit durer trois ans, trois mois, et trois semaines; et, si on en croit les historiens du temps, on avoit ajouté, pour plus d'exactitude, trois |ours et trois heures. On prétend que Bichai d >

avant son départ , fit épouser la princesse de ^^ Chypre à Guy de Lusignan, et lui céda la souve- di raioeté de cette Ile , que les Templiers hii avoient ^'>•'^• remise , et que des princes de la Maison de Lusi- ':aan ont possédée , depuis , pendant près de trois c?ots ans. Henri , comte de Champagne , neveu (iu roi d*Angleterre , et entièrement attaché à se» intérêts, épousa en même-temps Isabelle, veuve de Gonrard ; et ce prince , par ce mariage , se fit on droit sur le royaume de Jérusalem , dont il rféroit d*aiUeurs chasser les infidèles.

La mort de Saladin , arrivée à Damas le treiàeme jour de mars iigS, augmentoit sesespé^ louirt raooes. Ce prince infidèle, et un des plus grands 1193. Capitaines de son siècle , après la retraite des Chrétiens , croyoit jouir en repos du firuit de ses * victoires, lorsqu'il se vit tout enlever par la mort. U oen senti t. pas plutôt les approches , qu'il or- (ioDQa à Fofficier qui portoit son étendard dans ^ batailles, de mettre à la place un morceau de «Irap destiné à lensevelir, de le porter dans toute ^à ville , et de crier à haute voix : «< Voilà tout ce ' que le grand Saladin , vainqueur de VOrient , 'emporte de ses conquêtes et de ses trésors.» On pntend qu'avant d expirer , il distribua des somr* mes considérables à tous les pauvres de Damas , 4111 distinction du Mahoroétan , du Juif ou du ^rétîen , soit qu'il fut persuadé que la charité "( même que Thumanilé seule dévoient s'étendre indifféremment a tous les malheureux , soit peut-être aussi que , quoique pendant sa vie , il

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-; eût fait profession du Mahométisme , il fût en

DK cloute, dans ses derniers momeos, quelle éloit

Dmssov. I2 meilleure et la véritable de ces trois reUgions. U partagea^ en même -temps, ses États entre onze enfaiis qu il avoit , et qui , depuis sa nnort , ne pensèrent qu a se détruire les uns les autres. Mais Safadin , frère de Saladin , le compagnon de ses victoires , profita de ces divisions : il attaqua ses neveux, les uns après les aittres; fit mourir tous ceux qui tombèrent entre ses mains, et se fit, dans la suite, un empire qui ne cédoit que de bien peu à celui de Saladin: ces divisions, et dautres guerres civiles, qui s élevèrent <iepuis entre les enfans de Saladin , donnèrent le temps auK chrétiens Latins de respirer.

Le Pape Gélestin III , pour les secourir, publia une nouvelle croisade , au préjudice de la trêve qu avoit conclue le roi d*Ângleterre , et qui subsistoit exïcàre: on prétend même qu*il y avoit un ordre exprès du Pape de ne s y point arrêter. Un grand nombre de seigneurs Allemands prirent la croix, se rendirent à Messine, d'où ils passèrent à la Terre-Sainte. Valeran, irère du duc de Limbourg , ayant rompu la trêve par quelques hostilités , Safedin , irrité de cette infraction , assiégea Jaffa, l'emporta d assaut et fit passer plus de vingt mille Chrétiens par le fil de Tépée. Le temps de la ruine des Chrétiens en Palestine, sembloit prochain, si la guerre que les infidèles avoient entreux, neût obligé, depuis , Safadin de renouveller la trêve pour six ans* Le

conte de Champagne , après ce traité , retourna

à Acre, où regarciant d'une fenêtre des troupes m <|u*il btinoii passer en revue , la croisée sur la- i>««<«>"quelle il étoit appuyé ayant manqué , il tomba dans les fossés du château , et se tua.

1^ Grand-Maitre des Hospitaliers, considérant 1 194. qu un aussi petit État que le royaume de Jérusa- * iem , environné d'ennemis redoutables , ne pour- ' '^^* roit jamais se soutenir sans un roi , proposa , quelque temps après la mort de ce prince , à la reine, sa veuve , d épouser Amaulry de Lusignan, qui, par la mort de Guy, son frère, venoit de Mtcoéder a la couronne de Chypre. U lui repré^ âenta que son État se trouvant environné den- Demis puissans, elle tireroit des secours considéraUes de cette Ile voisine de la Palestine ; et , d ailleurs, que Chypre lui pourroit servir d^un a^yie honorable, si, par malheur, les infidèles achevoient de se rendre maîtres de la Pales^ Une.

Ija rôoe goûta , sans peine , une proposition ou elle trottvoit en même-temps son intérêt et celui de son État. Le Grand -Maître fut chargé <ie la négociation, et il la conduisit avec tant d habileté, que , sans commettre la reine, il fit loahaiter son alliance au roi de Chypre. U ne manqooit plus, pour terminer cette grande affaire, que sa présence. Sous difFérens prétextes, il se rendit à Acre; il vit la reine, en fut bien reçu : et après que , pour la forme , on eut fait part de leur dessein aux grands de l*État, le roi

28o HISTOIRE DE L'ORDRE

et la reine furent mariés par le patriarche ; et oi ensuite on les proclama lun et Fautre solemnel- DuuBov. lement roi et reine de Jérusalem et de Vile de Chypre.

Onfroy de Thoron , lé premier mari de cette princesse , ne la vit pas , sans cba^n , donner successiTement sa main et sa eouronne à tant de princes , qui , peut-être , y avoient moins de droits que lui. Mais comme , à legard des souve* rains , le droit sans la force est peu considéré , ce malheureux seigneur ne trouva personne qui s intéressât dans sa disgrâce; il fut même obligé^ pour sa sûreté, de dissimuler ses prétentions; et, semblable à ces divinités sans temple, il resta sans culte et sans adorateurs.

Le Grand-Mattre , qui avoit eu tant de part à ce 'dernier mariage de la reine, survécut peu aux fêtes qui accompagnèrent cette cérémonie; il mourut presque dans le même temps. Il nous reste peu de chose de son gouvernement. L'ignorance dans laquelle on élevoit la noblesse, en ce temps-là , nous a privés de la connoissance d un grand nombre de faits qui auroient enrichi cette histoire ; mais , dans ces premiers siècles de l'Ordre, les chevaliers faisoient plus d usage de leur épée que de leur plume : je ne sçais même si la plupart sçavoient lire. Enfin, ce qui est vrai, soit défaut de capacité , soit modestie , pendant plus de quatre cents ans, il ne s est trouvé aucun chevalier qui ait daigné nous instruire de

tant «févènemens mémorables, dont à peine 00 troave quelques traces dans les histoires na- db tionales , on dans les recueils de traités et d actes i^^"^'publii

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