‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 13 sur 19 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Je ne sçais si cest à réloignement des temps, ou à la néglig^ence des premiei*s historiens, que nous devons attribuer l'ignorance où noas sommes de la Maison* et de lorigine de la plupart des premiers Grands -Maîtres, et sur-toat du

successeur de Duisson. Ce successeur, dans les

Alpboksi anciennes chroniques, s appelle frère Alphonse ^ "* DE PORTUGAL. On le croit communément issu des princes de cette nation; mais on ne uousa point instruits de quelle branche il sortoit; on convient seulement que cetoit en ligne indirecte. Des auteurs modernes prétendent qull portoit ^ le nom de Pierre , et qu*il étoit fils d* Alphonse >

premier roi de Portugal. Quoiqu il en soit, tous les écrivains qui ont parlé de lui , nous le représentent plein de valeur et de piété, également exact dans la discipline régulière et militaire^ scrupuleux observateur des statuts, mais naturellement fier et hautain ; et on s apperçut , depuis son élévation au magistère, qu'il mèioit la dureté de son humeur dans les ordres quil donnoit au sujet du gouvernement.

Il ne fut pas plutôt reconnu pour Grand- Mattre, que 1 esprit rempli de certaine idée de perfection peu praticable parmi des guerriers, et dans la vue de réformer des abus qui s) étoient introduits , il convoqua un chapitre gé-

Alpboss^

HISTOIBE DE L'ORDRE,etC. 283

nêral dans la ville de Margat, où l'Ordre, depuis la perte de Jérusalem, a voit transféré sa ~'dk résidence. Pour ne pas faire édater son princi- p*>*t^<'*** pal dessein , il n attaqua d^abord qu un certain abus qui coufondoit souvent la noblesse séculière avec les chevaliers pi^fès. Ces gentilshommes, à leur retour en Occident, et dans leurs provinces, affectoient de porter la croix de Saint- Jean de Jérusalem.

Pour Tintelligence de ce fait particulier, faut si^voîr que ce qui se trouvoit de nobless« ' dans les croisades ou dans les pèlerinages, étant arrivé dans la Palestine, se rangeoit volontiers sous les Enseignes de la religion. Il y en avoit même qui envoyoient leurs enfans , encore jeunes, jusques dans la Palestine, pour être élevés dans la maison de Saint-Jean , et sous la disciplints des chevaliers, comme dans la meilleure école où ils pussent se former pour Fart militaire.

On soufFroit aux uns et aux autres, tant quils demeuroient à la Terre -Sainte, et quils com* battoieni sous les étendards de TOrdre, den porter la croix ^ mais, à leur retour en Europe, këtani lait un droit de cette indulgence, le Grand*Maitre, qui vouloit empêcher qu on les confondit avec les chevaliers profès , fit statuer par le chapitre , qu ils ne seraient considérés que comme troupes auxiliaires, et qu'ils ne pour- ' roient porter la croix , que lorsqu'ils combattroient contre les infidèles sous les étendards de b religion.

284 HISTOIRE DE l'oRDRE

^ De cet article particulier de réformation,

Alphonse -, - j»^ • • * •

DK Alphonse passa a d autres qui concemoient pnn- Pqrtugal. ^paiement les chevaliers profès. Pour les foire recevoir plus aisément, û commença la première par sa maison et par son équipage, qu'il réduisit à un major-dome, un chapelain, deux chevaliers , trois écuyers , un turcopolier et un page. A chacun de ces différens officiers de sa maison, il ne laissa qu un cheval pour les porter. A regard de sa personne , il ne réserva que deux chevaux de main et une mule : équipage à la vérité très*modeste , mais peu convenable au chef xl un grand Ordre militaire, et qui étoit, tous les jours , à la tête des armées»

De ce règlement particulier, se faisant un droit de réformer tous les chevaliers après leur avoir reproché ce quil appelloit leur luxe> et même leur mollesse, il proposa différens règlemens: alimens, habits, équipages, tout passa par uo sévère examen , et par une réforme austère. On ne peut pas dire que ce Grand-Mattre neût pas de très-bonnes intentions; son dessein étoitde f€iire revivre la discipline établie par Raymond Dopuy, et qui, de ce temps -là, étoit fort relâchée. On rapporte qu entendant quelques murmures dans rassemblée, il leur demanda s'ils étoient plus délicats que leurs prédécesseurs, et s il& n avoient pas fait , au pied des autels , une profession solemnelle des mêmes vœux de la religion. On lui représenta en vain la différence des temps, et que le genre de vie quil proposoit,

ji«Coit pas compatible avec les fonctions d^une "

.11 1 Alphoss»

gnem continuelle, et dans une conjoncture où, de depuis la perte de Jérusalem, ils étoient tous les ^^^^^^^^ joars à cheval ou dans la tranchée. Pour lors , prenant un ton de voix plus élevé : Je veux, dit-il fièrement y être obéi , et sans réplique. A ces mots toute rassemblée éclata en plaintes ; et un ancien chevalier lui fit sentir que le chapitre n etoit point accoutumé à entendre parler ses supérieurs en souverains.

L*aigreur se mêla bientôt à des contestations Il vives, et fut ensuite poussée si loin, que les chevaliers, de concert*, et avec trop d obstination, refusèrent hautement d observer les règlemens qu'il proposoit. I^e Grand-Maitre , de son côté, quoiqu'il ne fût sorti qu'indirectement dune Maison royale, pour prouver sa légitimation, affectoit tout lorgueil du trône. Les uns et les autres ne voulant rien relâcher, on en viot enfin à une révolte déclarée. I/Ordre tomba dans une espèce d'anarchie; et le Grand-Maitre, De trouvant plus d'obéissance dans ses religieux, abdiqua sa dignité, et se retira en Portugal. Il y fut encore plus malheureux , et il périt depuis dans des guerres civiles où il s'étoit engagé ; c'est ce que nous apprenons de différens historiens, quoiqu'ils ne conviennent ni de son propre nom, ni de celui du prince qui lui avoit donné la vie.

L'Ordre, après son abdication, choisit pour H»n successeur frère Geoffbot le Ba^t, de la Gcomot

LS Rat.

langue de France, vieillard vénérable, doux, lbRat. affable, peu entreprenant, et qui, pâr-là, mé- *'»^' rita les suffrages de ses confrères. 11 se fit presquen même-temps une nouvelle révolution dans la principauté de la petite Arménie, et dont, par son habileté , il arrêta les suites. Nous avons dit que deux frères, seigneurs des plus considérables de cette nation , Tun appelle R^pin de la Montagne, et le cadet, nommé Livron ou Léon, après la mort du renégat Melier, s etoient emparés de ce petit État. Boëmond III, prince d*Antioche , et devenu comte de Tripoli , poussé d'une ambition démesurée, et dans la vue dagrandir seâ États aux dépens de ses voisins, sous prétexte d'une conférence, et de prendre, avec Rupin, des mesures contre les infidèles, leurs ennemis communs, avoit attiré ce prince dans Antioche, et Ty avoit fait arrêter. Livron , quelque temps après, tourna contre lui son propre artifice; et, lui ayant demandé une entrevue pour traiter de la liberté de son frère, il se trouva le plus fort au rendez- vous, tailla en pièces l'escorte de Boëmond, le fit arrêter et conduire dans une place forte où il le retint prisonnier, sans vouloir d'abord entendre parler d'aucune négociation de paix.

Chaque nation prit les armes en* faveur de son prince. Les infidèles, leurs voisins, nauroienl pas manqué de profiter d'une guerre si préjudiciable aux Chrétiens; mais le patriarche d'Antioche et le Grand -Mditre, qui en préri-

reni les sailes funestes, intervinrent dans ce

di/krend. Le prince Uvron ne vouloit d abord ls Bat. écouter aucune proposition, soit que couver- Dant l*État pendant la prison de son frère, il riii de la peine à se dessaisir de Tautorité souveraine, soit peut-être aussi, comme TévènemenC \e fit voir, pour tirer de plus grands avantages du traité.

Il ne voulut point consentir à rechange des i'^ax prisonniers, qu aux conditions que la principauté d*Antioche releveroit, dans la suite, de Mie d*Arménie, et que, pour gage dune sinvre reconciliation entre les deux Maisons, le tiU aîné du prince d^Antioche, avant que son f^re sortit de prison , épouseroit Alix , fille unique de Rupin, et que les enfans qui sortiroient 'If ce mariage, seroient reconnus, après leur p^^re, pour héritiers présomptifs de la princi- |*autë d^Antioche, et sans pouvoir rien préten- 'ire a celle d'Arménie, quaprès la mort de Livron nirtne.

Quelque dures que fussent ces conditions , Rfi<*niond, impatient de recouvrer sa liberté, ^iHcrivit à tout; et, après la consommation du \ mariage , les deux princes prisonniers furent « changés. Celui d*Antioche, de retour dans ses Kuts , pour avantager le prince Raymond , son ^ond fils, lui donna le comté de Tripoli; et, (''puis la mort de son aîné, et au préjudice des ^nfans que ce jeune prince avoit laissés de son mariage avec la princesse d'Arménie, il voulut

288, HISTOIRE DE l'oRDRË

encore le faire recooDoitre pour son succeswur LK Rat. à la principauté : ce qui causa de grands démêlés, dont nous aurons lieu de parler dans la suite.

A la faveur de la trêve qui subsistoit encore avec Safadin , et les autres successeurs de Saladin , les Chrétiens de la Palestine , et les deus Ordres militaires qui en faisoient toute la défense, jouissoient dun peu de relâche; les uos et les autres dévoient ce repos passager à une famine affreuse dont TÉgypte fut alors affligée. ' On sçait que ce grand royaume doit toute sa fertilité à des inondations régulières du Nil, qui en répandant ses eaux sur la surface de la terre, y laisse un limon mêlé de nitre, qui engraisse la campagne, et porte labondance dans toutes les provinces où il coule. Cette inondation avoit manqué Tannée précédente , comme nous l'apprenons d une lettre du Grand-Mattre des Hospitaliers au prieur d'Angleterre du même Ordre. ' On y voit que les malheureux Égyptiens étoient réduits, comme des hêtes, à hrouter Therbe; (0 que le pèce, pour vivre, n avoit point de honte de vendre ses enfaos, et que TÉgypte entière étoit comme un grand cimetière, mais où Ton ' trou voit les morts sans sépulture , et qui servoient de pâture aux animaux carnaciei^.

La Palestine, voisine de TÉgypte, et qui en tiroit la plupart de ses grains , soufFroit de cette

(t) Rog. de HoT. pag. 827.

DES CHEVALIERS DE MALTE. ^ a8g

disette générale : c'est le sajet de la lettre du — — Grand-Maître au prieur d'ÂDgletenre. Il ajoute ^^^^ que la guerre d'Italie , .causée par la révolte des ailles de Ijombardie contre lempereur, étoit un wcood fléau qui affligeoit TOrdre; que le grand prieuré de Barlette, dans le royaume de Naples, H la Sicile , dont la religion et le couvent tiroieot auparavant des secours considérables, »ur4oot en grains, ne fournissoient presque plus rien depuis que la guerre étoit allumée entre les hpes et les empereurs. » Il faut , ajoutoit le -(irand-Maltre, acheter tout à un prix excessif,

• tant pour faire subsister nos chevaliers, que

• pour les troupes qui sont à la solde de TOrdre : •re qui nous a obligés à contracter des dettes

• considérai Jes que nous. ne pouvons acquitter

• que par le secours que nous attendons de nos

• fœres d'Occident. » Il finit par lexhorter à sol- Im iter le roi d'Angleterre à faire passer des troufion en Orient, pendant la misère et l'état fà-

1 Ucnx où étoient réduits les Égyptiens , dans la «

■onjoncture favorable de la fin d'une trêve,

p es d'expirer, et où l'on pouvoit espérer, s'il

>'noit une armée de l'Europe, de conquérir,

u le seconde fois, la Terre-Sainte, et de rentrer

!;l >rieusement dans Jérusalem.

Je ne sçais si la dépense que faisoit l'Ordre de

'ainl-Jean , pour entretenir, en tout temps , un

'fiqts de troupes^ ou si certain esprit d'intérêt,

qui n'est que trop ordinaire dans les commn*

Hautes, faisoit tenir ce langage au Grand-Maître : I. 19

290 HISTOIRE DE l'ordre

""■""" ce qui est certain , c'est que Jacques de Vitry^ cflors U Rat. ëvêque d'Acre, et depuis cardinal , historien contemporain, et qui étoit sur les lieux , rapporte (1) que > de son temps , les Hospitaliers et le$ Templiers étoient aussi puissans que ' des prinoes souverains; qu'ils possédoient en Asie e( en Europe des principautés, des villes, des bourgs et des villa{|[es; et que, dans les provinces éloignées de la Palestine et de la maison chef-d'ordre, ils y tenoient des religieux sous le titre de précepteurs, fort attentifs à £aire valoir leurs biens, et dont ils faisoient ensuite passer le revenu au trésor de chaque Ordre.

Si on en croit Matthieu Paris, autre historien contemporain , les Hospitaliers , en ce tempslà, possédoient dans l'étendue de la chrétienté, jusqu'à dix - neuf mille manoir^ (2) , termes que

' (i^ Amplis autem possessionibus, tam citrà mare quàm uhrà, ditati sunt in immensum ; villas, civitates et oppida, exemple fratrum nospitalis sancfi Joannîs, possidentes, ex quibus certam pecuaiœ summam pro defensione terrs sanctœ, summo eorum magisCro, cujus sedes principale erat in Jérusalem, mittnnt annualira: pari modo , sumoio et principali magistro hospitalis sancti Joannis procuratores d:}morum, qnos prœceptores Dominant, certam p«cuniœ summam singulîs annts tranimltlunt. Jmc, de Vitriaco, HisL Hier^ pag. io84«

(a) Habent insupèr templarii io christ ianîtate noTem millia maneriorum; -hospitalarii verè novem decem, prêter emolumenta et varios proyentus ex fraternitatibus et praedtcationibiis provenientes , et pcr privi!e{;ia soa accrcscentes. MeUt. Pmris, mdann. ia44* <V> Htnn lU, lll^p» 6i5.

DES CHEVALIERS DB MALTE. 2gi

lesffiomaireê expliquent difFérommeat , par rapfort auK diffiérens pays où ils sont situés ; mais i.^ m^. (ommuiiéiiient, par le terme de manoer ou de fftfiue, ou enteudoit le labour duoe charrue a deux bœufs. Et rbistorieo Aufjlois, que nous venons de citer, o attribue aux Templiers que neuf mille de ces manoirs : origine d'une jalousie se-* (rrUe entre les deux Ordres, qui éclata depuis, H (fui le$ porta, sous un prétexte assez léger, à prcQdiie les armes les uns contre les autres, et à *e faire la guerre ouvertement.

11 y avoît alors dans la Palestine un gentil-* '«'iinme appelle Robert de Margat, qui, en quaiuc de vassal des Hospitaliers, possédoit tranfiillcment un château situé proche celui de Margat, et qui en relevoit. Les Templiers, sous prricKie de quelques anciennes prétentions, la t>»rce à la main, surprirent la place, et s en rcn- (iâent les maîtres. Ce gentilhomme, chassé de M maison, avec toute sa famille, en porta ses |»laintes aux Hospitaliers, ses seigneurs, qui, depuis la perte de Jérusalem ^ résidoient à Margat, M»iiiaie nous lavons déjà dit. Ces chevaliers, emportés par leur courage, et séduits par une liusée délicatesse d'honneur, sortent sur le 'kamp, i la tête de quelques troupes, présen- ^'ut fescalade au château , y montent 1 epée à la niain, remportent, et en chassent, alcur tour, '*• Templiers. Bientôt dune affaire particulière, (' àcn fiût une générale; et les chevalier^^dcs

*^n\ Ordres ne se rcncontroieut |>lus sans se

293 HISTOIRE DE L*ORDRK

' chargfer. Leurs amis prirent parti dan« cette

Li Rat. querelle , et la plupart des Latins se partagèrent. La guerre civile s'allumoit insensiblement dans un État où il n y avoit point de souverain assez autorisé pour réprimer les entreprises de deux partis aussi puissans et aussi animés. U n y eut que le patriarche et les évèquès Latins qui intervinrent pour étoufïier des divisions, dont les infidèles n auroient pas manqué de se prévaloir. A leur considération , les deux Ordres convinrent d une suspension d armes , et remirent au Pape, comme faisoient alors la plupart des privées Chrétiens, le jugement de leurs différends. 1198. Le cardinal liOthaire, de la Maison des comtes * . . de Segni , à peine âgé de trente*sept ans, venoit /J°3***^de Siiccéder au Pape Célestin. Il prit le nom d'Innocent III. Getoit un prélat de mœurs irréprochables, sçavant pour le temps où il vivoit, grand jurisconsulte ; mais malheureusement trop prévenu en faveur des fausses décrétales dont il faisoit la règle de sa conduite.

Comme ces décrétales ont fait loi pendant long- temps dans les jugemens ecclésiastiques^ dont nous sommes quelquefois obligés de parler pour Fintelligence de l'histoire que nous écrivons , nous dirons ici , en passant , que ces acte» supposés , attribués aux Papes des trois premiers siècles, avoient été forgés au milieu du neuvième par un insigne faussaire , appelle Isidore , qui, en les publiant, a donné atteinte à lanciemie discipline de Téglise, principalement sur

DES CHEVALIERS DE MALTE. ag3

los jiigemenê ecclésiastiques et sur les droits de ^^^ îepiscopat. Et quoique ces fausses décrétai es le Rat. >oyeot aujourd'hui aussi décriées qu elles mériteol de Tètre, et que ceux qui sont les plus fa- ToraMes à la Cour de Rome soyent obligés de i^ abandonner, cependant on sest contenté de *î<trédîter laateur, sans songer à réparer tout '(" mal qu il a fait dans des siècles dHgnorance. bnoceni étoit très-capable de remédier à ce 'it^rdre', s*il eût eu autant de critique et de pé- Defration que de zèle et d*ardeur pour ladmi- Qbtratîon de la justice.

Ce fut devant ce souverain pontife que laf- '3ire des deux Ordres militaires fut portée. Les Hospitaliers , à œ sujet , députèrent à Rome trtre d^bigny, prieur de Barlette, et frère Auger, précepteur dune autre maison en Italie. Les Templiers y envoyèrent, de leur part, frère Pierre tie ViUeplane , et frère Thierry. Innocent, ayant prU coDnoissance de leurs prétentions réciproques, ordonna par une sentence préliminaire, et avant de faire droit, que les Hospitaliers remettroient aux Templiers le chftteau d*oii ils les avoient chassés ; et qu après que les Templiers y aaroient résidé tranquillement pendant un mois^ tl^roit permiftà ce gentilhomme, ancien propriétaire du château , de les citer devant les ofaciers de justice de Margat, pour produire les titres de leurs prétentions ; mais que les Hospilalieri , pour éloigner tout soupçon de partialité , <{ui pourroit tomber sur leurs propres juges, en

1^4 HISTOIRE ÛE l'ordre

tireroîctit, dans cette occasion, dé la princi-

^lTraT pauté d'Antloche ou du comté de Tripoli ; que rOrdre de Saint-Jean feroit choix de personnes intègres : cependant qu'après ce choix , il seroit encore permis aui Templiers de récuser Ceux des magistrats étrangers qui leur seroient suspects; mais aussi que, s'ils refusoient de se soumettre au jugement qui interviendroît ensuite, les Hospitaliers seroient autorisés à remettre leur vassal eti possession de son château.

Nous avons une lettre de ce pontife au Grand- Maître et à tout l'Ordre des Hospitahers (f ), dans laquelle il leur représente avec beaucoup de force, combien leur procédé et celui des Templiers étoit peu digne de religieux , si nous pouvons appeler religieux , dît Innocent , des gens qui veulent établir leurs droits par des voyes de fait et d'une manière si violente. Il ajoute que, quoiqu'il n'ignorât pas , pour le fond , de quel côté étoit la justice et le bon droit , il avolt mieux aimé accommoder cettfe affaire par une aimable Composition , et dont les députés des deux Ordres étoient convenus en sa présence, que de prononcer un jugement de rigueur, et qui anroit couvert de honte le parti qui avoît tort. Dn Surplus, il exhorte les uns et les autres à conserver entre eux lunion et la paix ; en mêitic temps , il leur commande, en vertu dç sainte oWdienee, et munie sous peine d'excommunication, de

s (i) Éfnst. Innoc. III, lib. f , p. 324.

DES CHEYALIEftS DE MALTE. agS

tennlner les difFérends qui pourroient survenir — — fotre eux , suivant les règles que le Pape Alexan- ts Rat. dre m leur avoit prescrites. Innocent finit sa Ifttre par menacer les réfractaires de tout le poids de son indignation.

Des juges étrangers suivant son intention» prirent connoissance de cette affaire ; les prétentions des Templiers furent déclarées injustes ; ûD remit le gentilhomme vassal des Hospitaliers en possession de son château; le calme et la paix ie rétablirent entre les 'deux Ordres, du moins CQ apparence; et le souverain pontife, content (le leur soumission , écrivit depuis aux uns et aux autres, pour leur recommander les intérêts du mi de Chypre.

Nous avons dit qu après la mort de Guy de Lusignan , le prince Amaulry, son frère , avoit hérité de sa couronne, et que ce prince ayant épousé depuis Isabelle, reine de Jérusalem, elle favoit engagé à fixer sa résidence dans la Palestine, et dans un État environné de tous côtés par les infidèles. Mais Amaulry ayant appris que iile de Chypre nétoit guères plus tranquille; <pie ses habitans , qui suivoient le rit Grec , ne pouvoient se résoudre à oliéir à un prince Latin , «t que lempereur les faisoit solliciter secrettenient, par ses émissaires, de se réunir au corps de Tempire Grec ; ce roi de Chypre écrivit au l'ape pour lui exposer la nécessité où il se trouvoit de retourner incessamment dans son lie, ^a d y affermir sa domination.

agô HISTOIRE DE l'ordre

^ Innocent craign oit que, par la retraite de cfi

LcR4T. prince, les Hospitaliers et les Templiers, ne voyant plus personne au-dessus d eux par sa dignité, ne prétendissent , les uns et les autres, au gouvernement de TÉtat. Ainsi, pour éviter une concurrence qui ne pouvoit avoir que des suites fâcheuses, il conjura le roi dans les termes les plus pressans, de ne pas abandonner en proyc à des infidèles et à des barbares, ce qui restoit de rhéritage de Jésus-Christ. Mais en mêmetemps, pour prévenir, dans Ttle de Chypre, les troubles qui pourroient s y élever en son absence, ce pontife écrivit au prince d'Anlioche, au comte de Tripoli, son fils, et aux Grands- Maîtres des Hospitaliers et des Templiers , pour V leur recommander de veiller aux intérêts du roi, et même, s il étoit nécessaire, défaire passer dans son tle des forces capables d y maintenir Tautorité royale. « Amaulry, dit ce pontife dans «ses lettres, ayant bien voulu abandonner ses tf propres États, et la demeure délicieuse deTilc « de Chypre, pour se consacrer à la défense de " la Terre-Sainte, il est bien juste que des prin- « ces Chrétiens, ses voisins , s'intéressent à la con- « servation de sa couronne. »

L'histoire ne dit point ce que firent ces princes; ilneparoit point non plus que les Templiers > odieux aux Chypriots, et dont ils avoient été contraints d'abandonner la souveraineté, ayent porté aucun secours dans cette Ile. Mais nous apprenons , par les anciens Mémoires des Hos»

pitaKers , que le roi , de concert avec le Grand- ^

W 1 GlOFFfcOf

5iaître, choisit parmi eux plusieurs chevaliers lkR4t. auxquels il confia le gouvernement de cet État , et qui y passèrent avec un corps de troupes, rapable de^prcvenir et d arrêter les mauvais des- HTÎns des mécontcns.

Une révolution surprenante, arrivée, peu après, à Constantinople, attira encore, dans rptte capitale de lerapire , un grand nombre Hlospitaliers. Pour Tintelligence dun évène-* ment si sinfpilier, il faut sçavoir que Tesprit des troUades, malgré tant de mauvais succès dont nous avons parlé , règnoit toujours en France. Vît la persuasion et les discours touchans du Miré de T(euîlly, un nombre infini de princes, de "oii^neurs et de gentilshommes s*étoiont croisés ^>us la conduite du marquis de Montferrat , i,rand Capitaine, et frère du prince du mémç 00m , qui avoit fait une si belle défense contre ^ ^.iladin au siège de Tyr. Il étoit question de faire yi^ser au Levant cette nouvelle armée de croi- «(-•i. Lnpérience avoit fait vojr que le chemin pir terre , et an travers des États des princes ^'recs et Mahométans, étoit également difficile 't dangereux. Pour éviter cet inconvénient, les «Imputés des principaux seigneurs croisés eurent recourt à Henry Dandol , duc ou doge de Venise; '^t ils lui proposèrent, moyennant une somme lont on convicndroit , et qui seroit payée da« ^ mco, de fournir des vaisseaux pour porter leur irmée à Saint -Jean d'Acre. Il se fit, à ce sujet,

298 HISTOIRE DE l'ORDRE

"■""^^ une négociation suivie dun traité solemnel; et, LB HâT. moyennant quatre-vingt-cinq mille marcs a argent , la République s engagea de passer dans la Syrie quatre mille chevaliers ou écuyers, viogt mille hommes de pied avec les armes, les vivres et les munitions nécessaires. Les Vénitiens remplirent exactement toutes les conditions de ce traité; et, outre qu'ils fournirent un bien plus grand nombre de vaisseaux et de navires qu'ils ne s y étoient obligés , pour ne pas paroître faire ce voyage comme de simples passagers, et pour avoir part au mérite de la croisade, ils armèrent, à leurs dépens, cinquante galères, chargées de bonnes troupes de débarquement; et le doge, quoique âgé de quatre-vingts ans, et qu il eût la vue fort afï'oiblie, devoit monter la Capitane, et faire le voyage en qualité de croisé.

Il ne manquoit plus, pour mettre à la voile, que l'argent des princes et des seigneurs Français; tuais il arrive souvent que, par des conjonctures qu'on n a pu prévoir, il n est pas si aisé d exécuter un traité, que de le signer. Plusieurs Français, pour s épargner de payer leur p^rt de la contribution ddnt on étoit convenu, au lieu de se rendre à Venise , s etoient embarqués à Marseille et en difierens ports d'Italie, en sorte que ce qui se trouva à Venise de piûnces et de seigneurs a la tête de l'armée , aprj» avoir vendu leurs vaisselles d'argent^ leurs chaînes d'or, et jusqu a leurs bagues , ne purent fournir que cinquante mille marcs d'argent; et, faute des trente- cinq milk

GBonwoT

Des chevaliers de malte. 299

rrstans , le traité courait risque d'être rompu : mais le xële du doge , sa grandeur d'âme et son "^iur. habileté suppléèrent à tout, et on renoua la partie.

Quand on voit, dans la relation de Geoffroy (lo Villebnrd()uin(i), la conduite de cet illustre do^^o, je lie s(;ais ce qu on y doit estimer le plus, ou «a profonde sagesse dans les conseils, ou son courage et sa capacité dans la conduite des ar* niées, ou son adresse et son habileté infinie à mé- Ddjjer les esprits. Attentif aux intérêts de sa patrie, et encore plus à sa gloire, pour concilier lun et I autre, et de concert avec le grand Conseil de la République , il proposa aux croisés de les déchaîner des trente*cinq mille marcs restans, si, après 9*ètre embarqués , et avant que de quitter Ic5 mers de l*Europe, ils vouloient, en passant, lui aider à reprendre, en Dalmatie, la ville de 7.ara, qui étoit de lancien domaine de la Répn^ blique, et qui, par un esprit de révolte, s'étoit soumise à la domination de Bela , roi de Honr,^e. Une partie des croisés , et sur-tout les légats rfu Pape , des prêtres et des moines ftiisoient un f[rand scrupule aux soldats , d employer contre tirs Chrétiens, des armes destinées contre les in- Hdèles. Mais , comme le passage étoit impossible *ans la flotte des Vénitiens; que la sédition et la rérolte des habitans de Zara étoit même dun dangereux exemple ; et que d ailleurs les princes

'i; Dr rimprimertc royale, année 16^7.

3oo HISTOIRE DE l'OBDRE •

croisé» pourroient servir à leur obtenir leur grâce lsRat. à des conditions supportables, les propositions du doge furent acceptées. On mit à la voile ; et, après une heureuse navigation y on débarcpia sur les côtes de la Dalmatie, et on fit le siège de Zara. "o^* Devant une armée aussi considérable, la place ne

10 nov. , * .

put pas tenir long-temps; les habitans en ouvri* rent les portes à leurs anciens maîtres; mais cette diversion ayant consommé la saison convenable au passage dans la Palestine, il fallut se résoudre à hyverner dans la Dalmatie.

Les croisés, au retour du printemps, se disposoient à se rembarquer, lorsqu'il leur arriva des ambassadeurs de la part du jeune Alexis Corn* nène, dont Philippe, duc de Souabe, et désigné empereur d'Allemagne, avoit épousé la sœur, appellée Irène. Le prinde Grec avoit envoyé ces députés pour solliciter les croisés, à lexemplede ce qu ils vehoient d'entreprendre en faveur des Vénitiens, de vouloir bien employer leurs armes, pour rétablir sur le trône de Gonstantinopie, l'empereur Isaac Lange, son père, auquel un autre Alexis, frère de cet empereur, avoit enlevé la couronne, et qu'il retenoit enfermé dans un cachot: nouvel incident, qui demande une plus ample explication.

Nous avons dit, en plusieurs endroits de cet ouvrage, et on peut le voir dans les historiens originaux, que l'ambition et la perfidie de la plupart des princes Grecs, avoient fait, du trône de Constantinople, le théâtre <jles plus sanglan-

DES CHEVALIEBS DE MALTE. 3oi

tes tragédies. Lempereur Manuel Comnène, ce prince perfide qui , de concert avec les' infidèles, li Rat. avoit fait périr larmée de lempereur Conrard III, étant mort, après un assez long règne, laissa I empire à son fils , jeune prince , à peine âgé de treize ans, fiancé avec Anne ou Agnès de France, fille de Louis VU, roi de France. Mais, après trois mois de règne , si on peut donner ce nom au gouvernement dun enfiint, gouverné luimèfne par le prince Andronic, son oncle ou son cousin , le perfide Andronic le fit étrangler , et icmpara de lempirc.

Isaac Lange, de la ménie Maison des Comnène, naais seulement du côté des femmes, sous prétexte de venger la mort du jeune empereur , surprit le tyran , se rendit maitre de sa personne ; et, après lavoir fait mourir dans les plus cruels supplices , se fit reconnoltre pour empereur. Il avoit déjà régné pendant près de dix ans , lors* que son frère, appelle Alexis, quil avoit racheté des prisons des infidèles , forma contre lui une (bogereuse conspiration , le fit arrêter, et lui arracha les yeux avec la couronne. Le jeune Alexis, fils d*Isaac, ayant échappé à la cruauté de son onde , s*étoit réfugié , comme nous venons de le dire, auprès de lempereur Philippe de Souabe. Philippe, occupé à résister à Othon de Saxe, son compétiteur à lempirc , n ctoit pas en état de fournir, au jeune Alexis, de puissans secours ; mais ces deux princes , ayant appris avec quelle facilité les croisés avoient remis les Vénitiens en

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les côti >

■— - 11 Oalmatie, le jeune

l"nÔV ï*^^»"'

* aiibassadeurs pour im-

'" "'"■ pul |):l

■[- irmes, contre un tyran

rent 1

- ■ itiffoné son propre frère,

cette

. ..-— ôe chaiaes, et enseveli

Yenn

.. 'vi-.'f. A des motife qui ne

rés.'

-«r par la générosité des priii-

.i.:"^Qt des ofFres de sommes

. 1 nv-me que le jeune Aleiis,

^•u«at de l'empereur, son père,

". » . rt qoà la tête de dix mîHe

, ^,- - inrais et Vénitiens qui corn-

. ^ -««iii:*-. avant fait réfleiion que

, r^'ifuù^ de l'Europe n'aToicnt

i TUT -u pei-fiJie des princes Grecs;

. u K i««il pa& assuré de Coostan-

a x-:r--':t qui joint, en quelque ma-

, r».w i A^e, il seroit presque ini-

c ^i^•r dii» la Palestine , et de s'y

T^ .â>. ^ tle la croisade entrèrent eu

■u M^' k^ amba»»adeuni. Le doge,

V «.-a fcibilelé ordiDaire(i}; et,

fiSi>" ..-.'■

^ .n- . vcL-tîTooes, il convint, avec les

WÊÊt

». JM : "- t».v^

DES CnETALIEIlS DE MALTE. 3o3

listres du prince Grec, que, si les croisés pou-

.<'Dt rëtabUr Tempereur Isaac sur son trône, le lb Rat. re et le fils, pour frais de celte guerre, paye*» •lent aux îiatins deux cent mille marcs darnt; que le jeune prince Alexis se rcndroit i.in« leur armée , et les accompagneroit ensuite rn Orient ; ou que, si les intérêts de Fempereur, >(>n père, le retenoient à Constantinople , ils iduroiroient dix mille hommes de leurs meilleu* rps troupes, payées pour un an; et que, pour /

con:)erver les conquêtes qu on espéroit de faire , v>it en Ég\'pte, ou dans la Palestine^ ils y entrettrndroienty à leurs dépens, en tout temps, cinq f^nts cavaliers. liCs croisés, par un motif de re* liffion , et pour intéresser le Pape même, souve* raÎQ moteur des croisades, à souffrir cette diver* Mon , exigèrent des ambassadeurs, pour dernière rcodition de ce traité , que si Dieu bénissoit icntreprise des croisés, Fempereur Isaac et le prince, son fils, employeroient leur autorité et tout leurs soins pour éteindre le schisme, et pour soumettre Téglise Grecque à leglîse Ro«inaine. Les ambassadeurs , qui n avoient point (i autre ressource^ signèrent tout, et retournérrat en Allemagne, vers le jeune Alexis. Ce prince en partit aussitôt, et se rendit, avec une ^utrème diligence, dans la Dalmatie ; à son ar^ niée, il ratifia le traité fait par ses ambassadeurs avec les princes croisés.

Après la conclusion d'un traité où les Latins trouvoient Tintérét de la religion et leur intérêt

3o4 HISTOIRE DE L*ORDBE

^ particulier, ils mirent à la voile, abordèrent, en

Geoffrot , 1 1 I» . i-» X

LE Rat. peu de temps , sur les terres de 1 empire Grec, et 83 rendirent, parterre, au pied des murailles de Constantinople. Six mille Français et environ huit mille Vénitiens, dans une terre étrangère, et dans un pays ennemi, sans vivres^ et sans d autre secours que leur courage et leurs armes, ne laissèrent pas de former le siège de la capitale d'un grand empire , où Ion prétend quil n y

X avoit pas moins de deux cent mille hommes

armés pour sa défense.

i3o3. Les croisés firent plusieurs attaques , tant par terre que par mer : tous les chefs s y distinguèrent par leur valeur. L'illustre doge de Venise, quoique âgé de plus de quatre-vingts ans, et quil eût la vue presque éteinte, se faisoit conduire à la tète de ses troupes, doù, par son exemple, encore plus que par ses paroles, il aniuioit ses gens , et donnoit les ordres du combat. Les Grecs, de leur côté, bordoient les murailles d archers et de soldats qui , à coups de flèches , de pierres , et avec des feux d artifice , repoussoient les assiégeans ; et il n y avoit pas d'apparence qu une poignée de Latins pût emporter une place défendue par une foule innombrable de peuple. Mais lusurpateur Alexis 111» agité par les remords de sa conscience, et encore plus par la crainte d être livré aux croisés par des ennemis secrets, s enfuit dans tme barque avec sa famille et ses trésors.

Sa fuite fit tomber les armes des mains des

DES CHEVALIEBS DE MALTE. 3o5

(JCD« de gueiTe el des habitans, qui ouvrirent ' <iu\ latins les portes de Constantinople. Le liRat. même jour vit un tyran fugitif, et déserteur de -a propre armée , le prince légitime tiré de pri- ^nn, et rétabli sur le trône, et les courtisans avec le:^ principaux citoyens , applaudir à un succès auquel , la veille , ils s etoient opposés de toutes leurs forces.

I..e8 premiers soins du vieil empereur furent d'assoder à lempire le prince Alexis, son fils; (l'tte cérémonie se fit le premier jour daoùt de TaDnée i3o3. Les chefs de la croisade raccompagnèrent ensuite dans la plupart des provinces tiefempire, où ils firent reconnottre son auto* rite, lls^en furent mal récompensés; Alexis, se u)yant tranquille sur le trône, sous difFérens prétextes, éloignoit le payement des sommes auxquelles il s'étoit engagé par le traité. Ses firir!<8es le perdirent; les Grecs, qui craignoient <te se voir soumis h l'église Romaine, le haïs- «oient; et, par son manque de parole, il étoit (••lieux aux croisés.

Uo prince de la famille de Ducas, appelle 1M4. MnrzulpMe, ( à cause ({u^il avoit les sourcils épais e( (|ui se joignoient ) , forma le dessein de le détmoer. P&r de basses complaisances et une adulation continuelle, il s'empara de son esprit; lui >ct)| gouvcmoit Tempire, et en mème-lemps <|iril exhortoit le prince à rejetter les demandes (l'Vi croisés, ses émissaires publioicnt que Tempe* rrur ne les retcnoit aux portes de Constantino-

3o6 UISTOIUE DE l'ordre

• pie y que pour forcer les habitans à recoonoitre IX, RâT, 1 autorité au Pape.

Le peuple s émeut , prend les armes , et crie qui] faut détrôner Alexis. L empereur Isaac, son père, accablé de vieillesse, mourut alors de douleur de voir renouveller ses malheurs. Alexis, étonné, a recours à ses bienfaiteurs, et les conjure de faire entrer dans la ville quelques troupes pour sa sûreté. Le marquis de MouUerrat , sans faire attention à son ingratitude, promet de venir à son secours; et ils conviennent qu'on lui tiendra, la nuit prochaine, une des portes de la ville ouverte. Le perfide Murzulphle en fait avertir secrettement les mutins ; cette nouvelle au(;mente la rumeur; toute la ville prend les armes, et on se dispose à élire un autre empereur.

Murzulphle, le chef muet de la révolte, et qui se défioit de linconstance du peuple, voulant, pour ainsi dire, essayer le péril, fait élire pour empereur, un jeune homme de grande naissance, mais sans crédit et de peu desprit, appelle Kicolas Ganabe.

Le traître, voyant que tout le peuple, par aversion pour Alexis, se disposoit à faire cou* ronner son idole , s'assure secrettement de la personne de ce fantôme d'empereur, et, la nuit, va au Palais^ fait éveiller le prince, et l'exhorte à se soustraire à la fureur d'une populace mutinée qui le cherchoit , disoit-il , pour le mettre à mort. Le jeune empereur s'abandonne à ses perfides conseils ^ le suit; et Murzulphle, sous ;

prétexte de le cacher, le oonduit dans un endroit 7 '•

reciré du PalaU , où ce malheureux prince n*e$t u iUxs ' pa« plutôt entré > qu il «e voit arrêté et chargé ie kn. Le tyran lui arrache les brodequin^ "fRiés d'aigles, et les autres marques de la diimité impériale, et sen revêt. Alors, accompa^ ]?H* de ses parens et de ses complices, il ^ [menle au peuple, lexborte à rompre tout com** mcroe avec les I^atios, et propose de leur faire I4 ;uen^^ Ce discours, qui flattoit lanimosité de 'tiîe multitttcle effrénée, est reçu avec de grands applaudissemens. On le proclame empereur suc If champ : et , pour ne pas laisser ralentir lar- (ieurda peuple, il se fait couronner. I/histoire ne dit point ce qu il fit du malheureux Canabe <|ui disparut , et dont on n entendit plus parler. A regard de lempereur Alexis , dont la vie lui JonQoitde Tinquiélude, il fit mêler, deux fois d^ »uiie,do poi«K>n dans ses alîmens; mais le poi- ^'tQ n'agissant pas assez promptement, ce barbare, <lun» rinpatîenoe de se défaire de ce jeune princei <i«'»oendit dans le cachot où il étoit enfermé , et « » tniDgia de ses propres mains.

Qaelqiie juste indignation qu eussent les croi- *<^^ contre ce jeune prince , ils ne laissèrent pas '(* déplorer une destinée si malheureuse ; et ils •^^^olurent de venger sa mort. La guerre fut dé^ àrée au tyran. Il se prépara à la soutenir, et tit prendre les armes aux habitans. Ce fut un nouveau siège que les croisés eutreprirent, pour < seconde fois; ils y portèrent le même courage;

5o8 HISTOIRE DE L*ORDRE

T": et , sans s'arrêter aux formes ordinaires de ]a

ifc Rat; guerre, ils tentèrent Fescalade. Après un combat qui dura presque tout le jour , ils s emparèrent de quelques tours où ils se fortifièrent pendant lâ nuit. Us étoient bien résolus de continuer l'attaque dès le point, du jour; mais ils furent agréablement surpris par quelques habitaofi, qui leur apprirent que le tyran avoit pris la faite. Dès le matin , ils renouvellèrent leur attaque : le peu de résistance qu'ils rencontrèrent, et le désordre et la confusion qui règnoient dans cette grande ville, leur firent bientôt connottre qu'une nouvelle aussi surprenante étoit véritable. Le» Français ef lés Vénitiens entrent dans Constantinople l'épée à la main, se jettent dans le Palai» et dans les maisons des principaux seigneurs , et commettent touâ les désordres qui sont les suites ordinaires de la fureur et de l'avidité du soldat. Il fut question ensuite de choisir un empereur; les croisés remirent ce choix à douze électeurs, six Français et six Vénitiens; et on convint que le patriarche seroit pris de la nation dont l'empereur n'auroit pas été élu. Si le dogo avoit voulu concourir dans l'élection pour iempire, il est certain qu'il y auroit eu la meilleure part. Mais ce sage prince considérant que la dignité impériale, dans un Vénitien, seroit la ruine d'un gouvernement républicain, il y renonça pour lui et pour sa nation : ainsi il ne kit plus question que de faire un bon choix entre les Français et les autres nations qui se trouvoieut

^rmmam

DESCHEYALIERS DE MALTE. So^

dans rarmée. La plupart des suffrages parois-"^ soieot délerminës en faveur du marquis de Montn ^^ ^^j^ ferrai; il sembloit qu'ils ne pouvoient, sans injustice ^ refuser cette place à un prince qu'ils avotent déjà choisi, parmi tant d autres, pour leur général particulier , et qui , par sa valeur et •a conduite, les a voit rendus maîtres de Constan* tinople. Mais Fhabile doge, redoutant ses grandes qualités, et dans la crainte de voir l'empire rétini aux États que ce prince possédoit déjà en Italie, (letemiina la plus grande partie des électeurs en laveur de Baudouin, comte de Flandres^ dont il Il y avott rien de semblable à appréhender. Ce prince fut couronné solemnellement dans Téglise Je Satnte^Sophie. Thomas Morosini fut élu pa* triarche de Constantinople : le marquis de Mont* ferrât eut, depuis, pour son partage, le royaume de Thessaionique , et les Vénitiens, la plupart de» lies de TArchipel.

Baudouin ne pouvoit pas ignorer laversion que ses nouveaux sujets avoient pour la domination d*an prince soumis à Féglise Romaine. Pour les faire revenir de cette prévention, et pour les réunir dans une uniformité de créance, *>l nécessaire à la tranquillité de FÉtat , il obtint du Pape Innocent, des ecclésiastiques et des religieux recommandables par leur science et par leur vertu, qui travaillèrent à lextinction du ^liisme, et à la réunion des deux églises, (i). Il

' t ; Voy. les Épures d'Innoc. III, lib. XIII, XIV, XV et XVI.

3lÔ MrstOlKE Dfe L*Ôf(llKË

""' appelle en rdéme-temps dans ses États tes Ho«-

uRat. pitaliers de Saint-Jean, auxqtiels il donna clei ëtabiiBseniens considérables dans les provinces qui relevoientde Tempire; et ii les remit en possession des deux maisons qu^ils aToient dans ia ville même de Constantinople , dont lusurpatenr Ândronic les a Voit cliassés. Geoffroy de Villefaardouin , maréchal de ftomanie, nous apprend, dans son histoire , que Matthieu de Montmorency, un des principaux chefs de la croisade, étant mot*t dans cette fameuse expédition , ht enterré à Constantinople, dans leplise de l'hôpital de Saint- Jean de Jérusalem (i).

Il n y a voit point de prince Chrétien, èôit dans TÂsie, s6it dans TEurope, qui ne Toulût ftvoir des Hospitaliers dans ses Etats. On leur bâtit, en ee temps-là, des hôpitaux et des églises magniGques à Florence, à Pise et à Vérone. Outre ces fondations pour des chevaliers,^ les religieuses Hospitalières du même Ordre, a voient des maisons considérables dans ces trois villes, où ce? pieuses filles faisoient fleurir la piété, 1« charité et toutes les vertus Chrétiennes.

Nous ne pouvons nous dispenser de faire ici

• CO ï^»^ lo'' «▼int itne mult gradt itiégaTàtiture tu r<»'< que Mahius de Montmorency ^ue ero «ti des meiUor chc* yalier del royaume de France, ei des plus . pri»ie» p* ^^* plus amcz» fii mors, ci ce fû grant diels et grant doma ces, On des {preiçnors qui avint en Tost d'un seul hoin^. et fû enterrez en une yglisc de monseignor Saîot Jt'han de ni(Vt)itâl de lérusalem. f^itt? ^atrtvuin, paf. 8ô.

DEA chevaliers de MALTE. 3ll

fnentioD de la bienheureuse ^ur Ubaldiue^ dont ia mémoire est en ainfjulière vénération à Pise l« Rat. et dans tout FOrdre. Cette sainte religieuse étoit née vers le milieu du douzième siècle, au châtfaa de Galcinaya dans le comté de Pise. Sitôt quVIle fut en âge de faire un choix, elle prit l'habit, et fit profession dans là maison de Sainte Jean de Pise. La nature lavoit fait naître générrosè et bienfaisante ; la grâce la rendit charktaMe : e'étoit la mère des pauvres ; les malades trouvoient , dans ses soins assidns, un secours tou^ jours présent; nulle espèce de misère à laquelle elle n apportât du remède ou de la consolation ; et quand ses devoirs lui lais^oient quelques ma* rocns lU>res , elle les passoit au pied de la croix , et dans une méditation continuelle de la passion et de la mort de notre divin Sauveur.

Pour se rendre digne de participer aux fruits <le ce grand mystère, elle cmcifioit son corps par des austérités surprenantes. Depuis son entrée en religion , elle ne quitta jamais le cilice : une planche lui servoit de lit; son jeune étoit continuel; sa nourriture, du pain et de Teau avec quelques racines. Ingénieuse sur-tout dans »es pénitences, elle recherchoit avec avidité toutes les occasions de pratiquer quelques mortifications secrettes: goût, penchant, inclinatinn ou répugnance naturelle, sitôt quelle s'en dppercevoit, tout étoit sacrifié: c'êtoit, pour ^iasi dire, un martyre continuel; et si son sexe ^ sa profession ne lui permettoient pas de par«

3l2 HISTOIRE DE L'ORDEE

',^ tacer avec les chevaliers, ses frères , lestourmens

j^ Rat. auxquels ils étoient exposés quand ils tomboieot entre les mains des infidèles, on peut dire que, par de pieuses cruautés dont elle affligeoit son corps, elle s'associoit à leurs souffrances: et la croix, quelle portoit à Fextérieur^ étoit moins un ornement, que la< marque et le caractère de celle quelle avoit si profondément gravée dans le cœur. Ce fut dans Fexercice continuel de ces vertus, que mourut la bienheureuse Ubaldine, vers Tan 120& Les auteurs de sa vie rapportent différens miracles qu il plut à Dieu d opérer par son intercession; mais le premier et le.plus grand fut une foi vive, une charité sans bornes, lesprit de pénitence, et cet assemblage des vertus dont, à Thonneur de TOrdre de Saint-J,ean, on peut dire qu en ce temps-la il y avoit encore de grand» exemples.

Oq vient de voir que le Grand-Maitre , à la prière d'Amaulry de Lusignan, roi de Chypre, et à la recommandation du Pape, avoit envoyé dans cette ile un oorps de chevaliers, pour en contenir les sujets dans Tobéissance quils dévoient à leur souverain. Ce prince, roi de fîle de Chypre et de Jérusalem, du chef de la reine Isabelle, sa femme ^ étant mort, cette année, sans en avoir eu denfans, et la reine ne lui ayant survécu que de quelques jours, les deux cpuronnes, qjui, par leur mariage, avoientété réunies sur leurs tètes, se trouvèrent séparées par leur mort.

DES CflEVALIERS DE MALTE. 3l3

Marie, fille atnée de la reine IsabeHe et de

Coarard de Montferrat , prince de Tyr, son se* le Rat. rond mari , fut reconnue pour héritière de la rouroone de Jérusalem ; et Hugues de Lusignan, né d'un premier mariage d*Amaulry, succéda au roi, son père, à la couronne de Chypre. Ce jeune prince épousa la princesse Alix , sœur uté* rme de Marie, et fille dlsabelle et de Henri, rointe de Champagne , son troisième mari. IjCS Chrétiens de la Palestine, se trouvant destitués d'un souverain , aussi nécessaire pour contenir ^ians leur devoir les grands de TÉtat, que pour 'opposer aux armes des infidèles, députèrent it'vëque d'Acre et Airoar, seigneur de Césarée, rfu chef de sa femme , au roi Philippe* Auguste , <^rin de lui demander, pour la jeune reine de Jérusalem , un mari qui iiit capable de défendre MN États.

I^e roi leur nomma Jean de Brienne , jeune ^i(;neur plein de valeur, sage, capable de gou- >f*rner un État, et de commander des armées, ^i tel qu exigeoicnt les conjonctures si pressantes <!<* la Terre-Sainte, et un trône mal affermi. Le l<*Qnc comte, sans considérer le grand nombre fl ennemis dont ce petit royaume étoit environné, se laissa éblouir par le seul titre de roi, •|uil ne devoit qua son mérite et à sa rép^|^tton. U re<;ut avec la reconnoissance qu il devoit, '3 proposition du roi; et, après avoir pris les iQesures quil crut nécessaires, avec les ambas- 'odeurs de la Palestine , il les fit partir devant

3l4 HISTOIRE Dfe l'ordre

~ lui, et 1« chargea dassurer la jeune reine et

LE Rat. tous Ics gra&ds de l'État, qu'il se rendrait à Acre, à la tète d'une Armée redoutable, et en état, après l'expiration de la trêve, de fecommcDcer la guerre avec succès.

L«3 ambassadeurs, de retour eu Orient, publièrent que le comte de Brienne devoit arriver incessadanaent à la tète d'une puissante croisade, Composée de nations les plus aguerries de l'Europe, et la plupart commandées par lenrs propres souverains. On nommoit les princes qui bvoîent pris la croix, le nombre de leurs troupes, et les flottes qui dévoient tenir la mer. U hruit de cet armement, quon grossissoit (ou» )es jours, comme on fait quand on parle des choses éloignées et qu'on espère, haussa le courage desChrétieng , et allarma les inKdèles. SafadÏD proposa, au Conseil de la régence, de prolonger la trêve, et il offroit pour cela, de rendre dix places ou châteaux à la bienséance drs Chrétiens.

Le Grand-Maître des Hospitaliers qui, parla connoissance qu'il avoit des aft'aires de l'Europf . ne prévoyoit pas qu'il en pût sortir un aui>i puissant secours que celui que faisoient cspcrcr les ambassadeurs, étoit d'avis qu'on se prévalùi îtaKa peur des infidèles, et qu'on acceptât la trêve qu'il proposoit. Le maître de l'Ordre Teiilonique, et la plupart des seigneurs et des hn- Tons du pays étoieat du même setitiment; ni''»* le Grand-Maltte des Tertplicrs , et les prélats s y

DES CHEVALIERS DE MALTE. 3l5

oppMëretit, quoique, (i) «lit Sâtiut, Favis du ' ' ' Grand-MaUre des Hospitaliers fût bien plus uBut» uciic. Mais il soffisoit qu*il eût été ottV«rl par lf:i4lospitaliers^ pbur y trouver les Templiers contraires. Ce Orand-Mâttre des Hospicaiiers mourut vers Fan iao6. Les historiens de ces t^mps-là ne nous otit point iûstràit de son ori-^ {^ne; mais on trouve, dans la Tôuraine, um noble et très-ancienne Maisoti qui porte ht nom de Rat, et dont apparemment oe Grand^Mattre Hoit sorti. L'Ordre fit remplir sa plaœ par frère tsoS. GrÉatN DE MoifTAiGU, Français de nation, et JjîîÎ!^*' de la lan{;ne d'Auvergne, qui, peu de temps ,

après son élection, rendit des services considé^ 1307. râbles aux chrétiens Grecs de T Arménie Mineure* Le Pape Innocent III, écrivant aux étàques rie France , leur représente , dans une de ses let*^ très, le malheureux état des chrétiens latins de rOrteot, suivant les avis qu^il en avoit reçus (a). liT sonverain pontife ajoute, que, pour combla de malheur, Raymond, comte de Tripoli, se*« cond 6k de Boèmond III , prince d'Antiocbe , et liéoD, roi d'Arménie, se disputoient la succès^ «ion de cette principauté avant même la mort du souverain; que les habitans d'Antioche, sou<^

(1) Mftgticri quoqoe hotpiulM «c AHamniiaruni, coac* l^iie barooes irugas prcHongnre ▼ellenl; mugîsier innea impli ac praelaû , licet essef utiliiu, oienimè asseoserunu Màr, SanuL cap, 3 , pag, ao6.

\i) £pisu i^t, vide epist. 170, cjiisdcm qtiœ exiatapiid Itogenuoi de Uovc<Ipd, fol. 454» — ^H. Loiid. atin. i598«.

3l6 AlSTOIRE DE CORDRE -

•^' tenus des Templiers , s etoient déclarés pour le

MoiiTAiot; comte , et que les Hospitaliers avoient pris le parti du roi ; que les infidèles même étoient entrés dans cette querelle pour en profiter ; qu^ le sultan d'Alep armoit en faveur du comte de Tripoli; que Dennequin, autre prince Turc, conduisoit un secours considérable au roi d'Arménie; et, ce qui est de plus déplorable, conti* nue le souverain pontife , Safadin , sultan d'£« g[ypte et de Damas , le plus puissant des infidèles, a mis sur pied des armées nombreuses , sans se déclarer encore en faveur d aucun parti , et apparemment^ pour se prévaloir des événemens, r et établir son empire sur la ruine des uns et des autres.

Nous avons dit que du mariage contracté entre le jeune Boëmond, fils atnc du prince d'Antioche, et Alix, fille de Rupin de la Montagne, il étoit sorti un fils nommé aussi Rupin, qui, après la mort du jeune Boëmond , son père, et conformément au traité de paix fait avec Léon , roi d'Arménie , son grand oncle , avoit été reconnu par Je vieux Boëmond, son ayeul , pour héritier présomptif de ses États. Mais Raymond, comte de Tripoli, second fils du vieux Boëmond , prétendoit que la représentation ne devoit point avoir lieu , et que le droit de succéder immédiatement après la mort du prince, son père, lui apparCenoit, au préjudice de son neveu: telles étoient les prétentions des deux partis.

Le roi d'Arménie , quoique élevé dans U

DES CHEVALIERS DE IfÀtTE. 3l7

icbisme, Toyaal ses États environnés par ceux des . princes Latins , sembloit s être réuni avec Tégflise Mo^Aiot catholique. Il évoit écrit plusieurs fois, au Pape^ pour déclarer qu*il reconnoissoit son autorité ; et il avoit même obligé son patriarche , que les Ar* méniens appellent le Catholique^ de faire de pa-» reilles démarches. Mais, pour dire la vérité, ces réunions n'étoient que passagères ; et la soumis-^ sion apparente de ces Arméniens, ne duroit pas plus que le besoin qulls avoient de la protection du Saint-Siège.

liivron, dans cette conjoncture, renouvella sa protestation , et il fit en méme*temps de vives instances auprès dlnnocent, pour le prier dor* donner aux Templiers de ne s opposer pas davantage aux droits de son neveu , et qulls eus-* sent à se conformer à la conduite des Hospi* 4aliers, qui, disoit-il, après avoir reconnu la justice des prétentions du jeune Rupin , s etoient déclarés en sa faveur. Ce prince, par une autre lettre, prie le Pape dlnterposer son autorité pour terminer u lamiable cette grande affaire, et de vouloir bien lui-même nommer des juges !ians partialité, parmi lesquels il le supplie de rlioisir particulièrement le Grand -Maître des Hospitaliers.

Pendant que ce diflérend s agi toit à la Cour laog. de Rome, Soliman de Roveniddin, sultan d'Ico* niuro, de la race des Turcomans Selgeucides, k la sollicitation du comte de Tripoli, étoit entré dans TArménic, où il mettoit tout à feu et à

3l8 II9T0IBE DB l'OHPRB

*7~; «ans (i). Livron eo donna w^ilot avi» à Idqo«

UoKTAioii cent; et ce ponlife, a sa prtèrei engagea le» Ho$pitaliero à pr^idre la défense de aes État&. Le Grand-Maitre de Montaîgu arma puissamment , et le joignit ; ils marchèrent ensuite contre 1^ fiakan. Après difFérens comliats, et une bataille sanglante qui fat long^temps disputée , le prÎDce Turcoman fut défait, son armée taillée en pièces ; et ce qui échappa à i epée du victorieux , 0ttt bien de la peine à regagner la Bythynie avec le sultan qui les commandoit.

Le prince Arménien, soit par reconnoissance, ou pour engager encore plus étroitement les Hospitaliers dans ses intérêts, leur donna en propre la ville de Saieph avec les forteresses du cbà"^ teau neuf et de Camard. Il adressa lacté de cetts donation au Pape Innocent III, qui la confirma par sa bulle en date de Tan treize de son poûti* ficat. Le souverain pontife engagea , depuis, k comte de Tripoli, à convenir dune trêve avec le roi d'Arménie; et il ordonna à deux l^ts, qu il tenoit en Orient, dy contraindre la partie rebelle partoutes les voyes spirituelles, et même d employer le secours et les armes des Hospitaliers, pour maintenir la paix dans cette partie de la chrétienté. Le prince Rupin, neveu de Livron, deux ans après, eut pareillement recours au Pape Honoré III , pour obtenir le se-^ cours des armes des Hospitaliers , comme oo

(i) Ex Rr{;. Innoc. III, ion. 4 ? pag* ^S.

DBS CaSVALIERS DE MAINTE. 3l9

peu! k voir dans le bref de ce Pape. Gç n etoit TT

\)as la première fois que le$ Papes s^étoient scr- Mohtaioo \\Sy eu Orient, des arraes des Hospitaliers, cou* tre les princes qui ne se croyoient pas en prisq aux foudres du Vatican.

Ces pontifes ne les employèrent pas moins utilement dans le même temps , contre les Maures et les Sarrasins d Espagne; et Mahomet Énaœr Miraraolin, roi de Maroc, étant entré dans h Castille à la tûte dune armée formidable^ tivre Guttière d'Ermegilde, prieur des Hospitaliers de Castille, sur les ordres quil en reçut de Kome et du Grand-Maftrc^ vint se présenter au roi Alphonse VII, à la tète dun bon nombre d<; chevaliers et des vassaux de TOrdre.

Buderic (i), archevêque de Tolède, parlant dans son histoire de ces soldats de Jésus^Christ ,

• 1^^ frères militaires et Hospitaliers, dit ce pré> •lat, tout brùlans de zèle, ont pris en cf pays

• les armes pour maintenir notre sainte reli^^n ,

• et chasser les infidèles des Espagnes. »

Un fameux Hospitalier Français , appelle hère Guérin, ministre de Philippe-Auguste, e( général de ses arihécs, dans le même temps, ne rendit pas des services moins importans à Téglise

' t) Fratres etîam inilitiœ honpitalis, qui fratemiiaib c^riiaii inststcntes devotè, icio fuleî, et terrs sanciœ ne- .r^niurte accenst defensionU, gladium assumpseniDl ; lii i>ib uno prïurp Gutierio £rme;*ildi, etc. Roderic Toieut" K*4t , iom. %f Ubê^ Vlll, cap, 3 , pof^. i3o de rekus Hispa"

tlCU,

^20 HISTOIRE DE l'oRDRE

" et à sa patrie. Il setoit élevé, dans ce royaume,

MoHTAiGu i^ne hérésie aan{][ereuse, qui, sous prétexte d une spiritualité plus parfaite , sappoit les fondemens de la' religion. Un clerc du diocèse de Chartres, appelle Amaulry, subtil logicien , en étoit Tauteur^Du moins Rigord, historien contemporain, prétend que les disciples de ce docteur publioient que, comme les lois de Tancien Testament données, disoient-ils , par le Père Éternel, avoient été abolies par TÉvangile et par la nouvelle loi de Jésus-Christ, celle-ci devoit être supprimée, à son tour, par la loi de charité, qui étoit louvf'age du Saint-Esprit ; que , sous cette loi de pur amour, la pratique des sacremens étoit aussi peu nécessaire que celle des cérémonies légales de lancienne loi. Il ajoutoit que le paradis et Tenfer nexisi oient que dans Fimagination des hommes; que le plaisir de faire de bonnes oeuvres étoit le véritable paradis, et que le crime et Tignorance faisoient tout notre enfer. Il n exigeoit de ses sectateurs, pour toute pratique de religion , que Famour seul de Dieu , dont le feu, disoit-ii, étoit capable de puriBer Fadul tère même. Ces erreurs, répandues par des gens desprit et éloquens, séduisirent un grand nombre de personnes, et sur-tout beaucoup de femmes, toujours avides.de la nouveauté. Le frère Gucrin (i), de l'Ordre des Hospitaliers de Saint Jean

(i) Hauk consors aviez ou bon vesque Garin , Par Deu et par sou sens eucrtes moalt d'aoïis,

de JénjMalem , et qui, sous le rècne de Philippe- Z

•tu^re et de Louis VIII, sou nis, eut beaucoup Mu.xtaico de part dans le gouvernement de TÉtat, employa sesr soins et son autorité pour arrêter les progrès de cette nouvelle secte (i). Cetoit un des plus sçavans hommes de son siècle, et en même tfmps le plus grand Capitaine de sa nation: et, il o étoit pas aisé de décider si , dans la conduite (le l*État, sa valeur lemportoit sur sa piété et ^u^ sa sagesse. Pendant la vacance de la dignité (ie chancelier, le roi lavoit nommé pour en taire les fonctions. I^a chancellerie vacante, dit 1 historien du temps, ce sage ministre fit punir les principaux chefs de ces fanatiques ; il y en eut plusieurs qui reconnurent leur erreur; et les plus opiniâtres allèrent se joindre aux Albigeois,

Proodom fu, et l'Ajax scachîés cenainemenC, Bien le sçeut ▼oU'e pcre*, qui Tama durement, Moult fu Je haut conseil , et de tous biens fu plains. Et ère bien entechiez de loyal cuer certains^ Puis le tens Charleinaine qui fu un arcevesques, Qu'en a pela Turpin, ne fu si bon evesques Volontiers CMauçoit Ponor de sainte église, Sire y et les vos droits çardoit-il sans faîntise. Moult l'ama H bons rois qui Felipesot non, Et après votre pères qui Dex face pardon, Et la bone roîne Pamoit et tenoit cliier, Qu'en votre cort n'avoit nul roetllor conseiller.

JoinyilU^ pag, i65 , dans le sermon de Robert de Sainceriaux.

\i) Rigordus, de gestis Philippi Augusti Fran. i*cgis, pag. aoë,aDD. laog.

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